Sciences

Non, le cartilage de requin n'est pas un remède contre le cancer !

ActualitéClassé sous :recherche , requins , cancer

Halte aux croyances véhiculées par des individus qui vivent royalement du commerce juteux des requins ! La pseudoscience n'a pas sa place en médecine lorsque la vie et l'espoir des patients sont en jeu : voici le message d'un chercheur qui tire la sonnette d'alarme sur l'importance pour les médias de diffuser des informations justes et honnêtes. Il en va autant de la vie des malades que de la survie des squales...

Non, le cartilage du requin n'est pas la solution contre le cancer !

'Les requins n'attrapent pas le cancer', un livre écrit par I. William Lane dont la sortie a fait grand bruit en 1993, particulièrement sur la grande chaîne américaine CBS News à l'époque qui n'a pas hésité à lui consacrer une émission complète : une publicité aux retombées dramatiques. En plus d'affirmer que les squales étaient épargnés par le cancer, Lane suggérait que la consommation d'extraits de cartilage de requins par voie orale pouvait être un traitement efficace ! Il basait son discours sur des expériences semblant démontrer que des substances, contenues dans le cartilage des requins, inhibaient la formation de tumeurs et empêchaient celle des vaisseaux sanguins qui alimentent les cellules cancéreuses en oxygène et nutriments. Et de là, tout s'est très vite enchaîné...

Quand le marketing surpasse la science

La chasse aux requins et le marché noir se sont encore amplifiés. Tout le monde a surfé sur cette vague pseudo-médicale : la télévision, certains médias, et le web qui s'est beaucoup développé depuis, ont contribué à la diffusion de l'information. Une information aux allures de publicité mensongère inacceptable ! Combien de personnes condamnées par la maladie ont-elles repris espoir (mais vidé une grosse partie de leur portefeuille !) pour tenter ce traitement de la dernière chance sans aucun fondement scientifique ?

« Depuis que l'idée d'utiliser du cartilage de requin dans le traitement contre le cancer a été lancée, non seulement on a observé un déclin mesurable de la population de requins, mais les malades du cancer ont aussi été déroutés de traitements prouvés efficaces ! » s'insurge Gary K. Ostrander, chercheur américain au département de Biologie et Médecine Comparative de l'Université Johns Hopkins. Le biologiste s'exprime sur le sujet dans la revue Cancer Research de décembre : il y publie un papier intitulé 'Cartilage de requin, cancer et menace croissante des pseudosciences'. Dans son étude, Ostrander fournit une quarantaine d'exemples de cas avérés de tumeurs bénignes et malignes chez des requins et des espèces voisines, observés depuis les années 1850 à nos jours !

S'il reconnaît que les squales semblent moins sujets au cancer que les êtres humains, nous devrions en apprendre davantage dans le futur sur les tumeurs que peuvent développer ces animaux. Par ailleurs, le scientifique admet que des composés hautement purifiés à partir de cartilage (des inhibiteurs d'angiogénèse identifiés par des chercheurs) pourraient un jour jouer un rôle dans le traitement des cancers. Mais avant d'en arriver là, d'autres études sont à prévoir : quels sont leur mode d'action, leurs effets potentiels, et la meilleure façon de les acheminer jusqu'aux cellules tumorales ? Car -et c'est bien là tout le problème- le grand public doit comprendre que manger une quelconque poudre de cartilage, même si elle contient une très faible proportion de ces fameuses substances, n'aura absolument aucun effet sur le cancer...

Le rôle des médias dans l'information scientifique

Tant que la médecine n'aura pas réalisé des études solides sur le sujet, aucun médicament, reconnu par des autorités compétentes en la matière, ne pourra être lancé sur le marché pharmaceutique. Et c'est tant mieux, car c'est un gage de sérieux pour les patients qui doivent bénéficier des meilleurs traitements disponibles actuellement ! « Les gens lisent sur internet ou entendent à la télé que prendre de vulgaires extraits de cartilage de requin pourra les soigner du cancer, et ils le croient sans même demander à la science de vérifier ces affirmations ! » s'inquiète Ostrander d'une telle dérive médiatique. Pour lui, la popularité du cartilage de requin comme traitement contre le cancer est une preuve du triomphe du marketing et de la pseudoscience sur la raison.

Le web ne serait pas étranger à tout cela... Le message du chercheur est une leçon d'humilité pour tous les acteurs de l'information, quelque soit le support qu'ils utilisent : « Cela montre comment les médias électroniques ont augmenté le potentiel dangereux de la pseudoscience, tournant ce qui aurait autrement été une curiosité culturelle pittoresque en de sérieux problèmes de société et d'écologie. La seule façon de combattre cela est de s'assurer que les leaders des gouvernements et les professionnels des médias reçoivent une formation scientifique adéquate basée sur la raison, et qu'ils développent leurs facultés de pensée critique ! ». A bon entendeur...