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Quand la moutarde indienne fait le ménage

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Débarrasser les sols des éléments chimiques indésirables à l'aide de plantes est une solution intéressante puisque moins coûteuse et moins violente pour l'environnement que les techniques de nettoyage par traitement chimique. Son point faible réside en la lenteur du processus qui se déroule au rythme de la croissance des végétaux utilisés. C'est pour palier à ce problème qu'une équipe de chercheurs américains s'est intéressée à la moutarde indienne, qui possède naturellement la capacité de résister au sélénium et de l'absorber.

plants de moutarde indienne

Une capacité pouvant s'avérer très intéressante lorsque l'on sait que certaines parties des terres cultivées de Californie renferment de hautes concentrations de cet élément chimique toxique pour les plantes. Ce phénomène s'explique par la forte irrigation de ces terres. L'eau dissout le sélénium contenu dans les sols, puis en s'évaporant, le concentre dans la terre de surface.

C'est donc tout naturellement que Norman Terry et son équipe, basés à l'Université de Californie à Berkeley, se sont penchés de plus près sur le cas de la moutarde indienne. En ajoutant des gènes codant pour des enzymes appropriés, ils sont parvenus à faire absorber aux plants ainsi modifiés une quantité de sélénium jusqu'à 4,3 fois supérieure à celle des plants sauvages, c'est-à-dire non modifiés génétiquement. Les scientifiques, qui ont créé 3 souches de moutarde indienne transgénique différentes, ont estimé que la plus efficace d'entre elles a absorbé 4,4 % du sélénium présent dans les 25 premiers centimètres de sol.

Pour éviter tous problèmes de croisements, les essais, réalisés en champs, ont été soigneusement planifiés et surveillés. Les chercheurs se sont assurés de l'absence totale d'espèces proches de celle de la moutarde indienne sur les lieux d'expérimentation. De plus, les fleurs des plants transgéniques ont été systématiquement cueillies dès leur apparition, empêchant ainsi le pollen de se disséminer dans la nature. Après 45 jours de culture, les plants ont tous été récoltés, ce qui laisse espérer aux chercheurs des résultats meilleurs encore pour de plus longues périodes de culture. Mais pour cela, « des travaux d'ingénierie génétique seront nécessaires afin de s'assurer que le pollen ne contienne pas le transgène», dit Norman Terry.

Il ajoute qu'un débouché est possible pour les plants de moutarde indienne résultants de ces « cultures nettoyantes ». Ils pourraient servir d'alimentation pour du bétail dont le régime comporterait insuffisamment de sélénium. Idée qui devrait être acceptée facilement aux Etats-Unis, mais qui devrait rencontrer de l'opposition dans nos contrées...

Mais pour Terry et son équipe, cela n'est que le début de recherches passionnantes. Ils espèrent bien augmenter encore la capacité d'absorption de la moutarde indienne pour parvenir à un niveau de 10 à 100 fois supérieur à celui que possède naturellement cette plante.