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Quel lien entre la pollution urbaine et l'augmentation des allergies ?

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Depuis quelques années, le nombre de personnes atteintes d'asthme et d'allergies ne cesse d'augmenter. Pas facile de comprendre la cause d'un tel phénomène cependant, pour les médecins, la relation entre allergies et pollution paraissait évidente. Une étude récente apporte de nouveaux éléments à l'enquête...

© Wikipedia Le pollen, responsable de nombreuses allergies !

L'allergie provient de la réponse de l'organisme à la présence d'allergènes, encore appelés antigènes, considérés comme des corps étrangers. Nos anticorps, ou immunoglobulines E (IgE) spécialisées dans la réaction allergiques et fabriquées par les lymphocytes B, les traquent sans relâche. Ces allergènes, de nature protéique, peuvent provenir de toutes parts : les trophallergènes sont issus de l'alimentation, via le tube digestif (œufs, produits laitiers, fruits, légumes, crustacés, etc.), les pneumallergènes sont véhiculés par les voies respiratoires (pollen des plantes, acariens, polluants présents dans l'air, etc.), mais les allergènes sont également présents dans les médicaments, ou les venins.

Allergènes et pollution font bon ménage !

Lors d'un premier contact avec l'allergène (phase dite de sensibilisation), le corps l'identifie et garde en mémoire sa structure (qui d'ailleurs est souvent très proche d'un allergène à l'autre chez les plantes). Une armée d'IgE est déjà sur le pied de guerre, prête à combattre lors d'une invasion future... L'allergène pénètre à nouveau dans l'organisme et son contact avec les IgE déclenche la libération d'une dose massive d'histamine qui file vers les organes exprimant les symptômes de l'allergie (les yeux, le nez, la peau, les poumons, etc.) : voilà comment asthme, urticaire, eczéma, gonflement des yeux et réactions digestives apparaissent aussi soudainement !

Une étude publiée par Ulrich Pöschl, chimiste à l'Université Technique de Munich en Allemagne, dans la revue Environmental Science and Technology reprend le fruit de précédents travaux qui établissaient clairement un lien entre la pollution de l'air par les gaz d'échappement du trafic et la progression des allergies. Pöschl est parvenu, lui, à désigner un suspect : la nitration des allergènes ! Son hypothèse ? Les gaz d'échappement des automobiles rendraient les protéines potentiellement allergènes présentes dans l'air bien plus puissantes, d'où une augmentation du nombre d'allergies dans les zones urbaines !

La tyrosine au banc des accusés

En effet, les gaz d'échappement libèrent du dioxyde d'azote (NO2) dans l'atmosphère. Or, il avait déjà été démontré que les protéines (autrement dit les allergènes), une fois nitrées liaient plus fortement les anticorps. L'équipe de Pöschl a d'abord collecté des échantillons de poussière urbaine, y observant jusqu'à 0.1% de protéines nitrées. Puis, elle s'est penchée sur le cas des protéines allergéniques du pollen de bouleau volontairement placées à une intersection de rue très fréquentée (donc particulièrement polluée par le NO2 des gaz d'échappement) de Munich pendant quelques jours. Le phénomène de nitration y était encore plus important puisque le taux de protéines nitrées montait alors à 10% !

L'air pollué par le NO2 réagit avec la tyrosine -un acide aminé- qui entre dans la composition des protéines présentes dans l'atmosphère, la transformant en nitrotyrosine. La protéine du pollen du bouleau a, par exemple, 7 résidus tyrosines. De ce fait, elle est facilement modifiée par la fumée du trafic. Il se trouve que cette nitrotyrosine de l'allergène, une fois dans l'organisme, serait un puissant signal d'attraction pour les anticorps, d'où une réaction allergique amplifiée. D'après le chimiste allemand, la nitration pourrait stimuler le pouvoir des allergènes présents dans l'air, voire même rendre allergènes des protéines qui ne le sont pas a priori. Evidemment, les citadins sont alors plus exposés au risque de développer des allergies. Seule solution : partir vivre à la campagne... ou réduire enfin, de façon efficace, les émissions de gaz d'échappement !