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Iter : Fission diplomatique dans la fusion thermonucléaire

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Six pays, dont la France, sont lancés dans une foire d'empoigne planétaire pour la construction d'Iter, prototype de centrale thermonucléaire dont personne ne sait s'il fonctionnera un jour. Il vient surtout de produire... un gros coup de froid entre l'Europe et le Japon.

Confiné dans un puissant champ électromagnétique, sans contact avec la paroi du tube circulaire, le plasma, mélange de deutérium et de tritium, sera porté à 200 millions de degrés pendant de longues minutes, le temps que s'amorcent les réactions de fusion

Alors qu'ils auraient dû se mettre d'accord le mercredi 1er décembre, le ton est encore monté d'un cran... D'un côté, l'Union européenne, la Chine et la Russie, de l'autre, le Japon, les États-Unis et la Corée du Sud : voilà les forces en lice qui se livrent à un combat diplomatique acharné. L'enjeu ? Le lieu de construction d'Iter, un coûteux projet à dix milliards d'euros sur trente ans qui, un jour peut-être, deviendra la première centrale produisant de l'électricité grâce l'énergie de la fusion thermonucléaire, celle du Soleil et de la bombe H.

Acronyme de International Thermonuclear Experimental Reactor, Iter est aussi un mot latin signifiant trajet ou voyage mais aussi voie ou route. Et la route est longue... Depuis des décennies, les scientifiques s'acharnent sur ce sujet, présenté comme une solution définitive pour l'approvisionnement en énergie et utilisant le deutérium et le tritium, deux isotopes de l'hydrogène que l'on peut extraire de l'eau de mer. Parmi toutes les méthodes explorées, les meilleurs résultats sont venus des tokamaks, où un plasma extrêmement chaud est confiné par des électro-aimants à l'intérieur d'un tore géant.

Un gâteau trop appétissant

Projet international, Iter reprend ce principe avec une taille et une puissance plus importantes. Pour son implantation, la France, suivie par l'Europe, la Chine et la Russie, a proposé Cadarache, lieu historique de recherches sur le nucléaire, tandis que le Japon avançait Rokkasho-Mura, au nord-est de l'archipel nippon, où se trouve déjà une usine de retraitement, équivalente à celle de La Hague.

La décision finale aurait due être arrêtée en octobre 2002 mais chacun a campé sur ses positions et la discussion a été repoussée à début décembre 2004.

Mais aujourd'hui, la situation a empiré. On n'en est pas encore aux noms d'oiseaux mais presque. L'union européenne en vient à menacer de construire Iter sans l'aide des "pro-nippons", une attitude que le ministre japonais des Affaires étrangères, Nobutaka Machimura, juge "regrettable".

C'est donc un retour à la case départ pour ce projet certes coûteux, mais qui rapportera aussi au pays qui l'accueillera prestige, emplois induits et juteux marchés pour les industriels impliqués.

N'oublions pas l'autre sens latin du mot Iter, qui signifie aussi… droit de passage !