Dans le futur, pour s'amarrer à des modules orbitaux, le véhicule Orion, de la Nasa, pourrait utiliser le mécanisme d'amarrage IBDM, de l'ESA. © Nasa

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La capsule spatiale Orion, de la Nasa, aura-t-elle un système d'amarrage européen ?

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La Nasa veut envoyer des astronautes dans l'espace dès 2018 grâce à son vaisseau spatial Orion. Celui-ci pourrait bien être équipé du mécanisme d'amarrage IBDM, développé par l'Agence spatiale européenne (Esa). Il s'agit d'un système conçu selon des standards communs à toutes les agences spatiales partenaires du programme de la Station spatiale internationale (ISS).

Le mécanisme IBDM (International Berthing and Docking Mechanism), réalisé par la société belge QinetiQ Space nv, est un système d'amarrage européen un peu particulier : il est conçu selon des standards communs à toutes les agences spatiales partenaires du programme de la Station spatiale internationale (ISS). Le but ? Avoir une interface d'amarrage commune, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.

L'IBDM a initialement été développé pour le X-38, un démonstrateur qui devait préfigurer le véhicule de secours des équipages de la Station spatiale internationale, le CRV (Crew Return Vehicle). Il a aussi été envisagé pour une évolution de l'ATV en véhicule de retour de charge utile (ARV). Cependant, ces deux programmes sont aujourd'hui abandonnés.

Le système devrait toutefois équiper la mini-navette Dream Chaser, de Sierra Nevada, et pas seulement... En effet, l'agence spatiale européenne (Esa) a également proposé à la Nasa de fournir ce système au véhicule spatial Orion, qui devrait envoyer des astronautes dans l'espace d'ici quelques années.

Un IBDM en cours de développement dans les locaux de QinetiQ Space nv, la société belge qui développe et construit ce système. © Qinetiq

L'ESA, un partenaire majeur pour le vaisseau Orion

Ainsi, malgré l'abandon des programmes CRV et ARV, l'IBDM est toujours en développement. En octobre 2016, il a reçu les financements nécessaires à la construction de la première unité de vol. Il sera donc utilisé sur le véhicule habité Dream Chaser, de Sierra Nevada, et sur la version cargo autonome dérivée du véhicule de transport d'équipage. En janvier 2016, Sierra Nevada, SpaceX et Orbital ATK ont remporté le deuxième contrat de ravitaillement en fret de la Station spatiale pour la période 2019-2024, c'est-à-dire jusqu'à l'arrêt définitif de l'utilisation de l'ISS. Les trois sociétés effectueront un minimum de six vols, voire dix en fonction des besoins et des imprévus.

À la demande de la Nasa, pour ses deux ou trois premiers vols, le Dream Chaser, n'utilisera pas le mécanisme fourni par l'ESA mais un port d'amarrage berthing, comme ceux utilisés par la capsule Dragon, de SpaceX, et le véhicule Cygnus, d'orbital ATK. Une décision qui s'explique par la nécessité d'envoyer à bord de l'ISS des charges utiles de grandes dimensions. D'une taille d'environ 120 centimètres de large, les ports d'amarrage en service aujourd'hui sur l'ISS ont été conçus pour permettre le passage de racks complets d'expériences. Or, avec un diamètre de 80 centimètres, l'IBDM, s'il est suffisant pour faire passer des astronautes, est trop petit pour ces racks.

Le port d'amarrage berthing, du Cygnus, est similaire à celui que le Dream Chaser utilisera lors de ses deux ou trois premiers vols à destination de l'ISS. © Rémy Decourt

Ce report de quelques années de la mise en service de l'IBDM sur le Dream Chaser (2022) a poussé l'ESA à se tourner vers la Nasa pour lui proposer d'équiper le véhicule Orion avec ce mécanisme d'amarrage. Des études sont en cours avec Lockheed Martin, le constructeur de la mini-navette, pour voir si l'utilisation de ce système pour des missions d'exploration diffère d'une utilisation en orbite basse. Si c'est le cas, des modifications seront alors nécessaires pour adapter l'IBDM au véhicule Orion. Toutefois, du fait de ses caractéristiques (masse et taille), ce mécanisme d'amarrage apparaît très bien adapté à Orion. Il pourrait être utilisé dès la troisième mission, voire la deuxième si la Nasa décide de faire un voler un équipage dès le premier vol d'essai.

Si l'ESA fournit le module de service d’Orion dans le cadre du barter element (un système mis en place par les partenaires de la Station spatiale internationale où chacun finance sa part de l'utilisation par la fourniture d'un service du même montant que sa contribution), pour l'IBDM, cela se fera dans le cadre d'une tractation commerciale.