Image composite du duo de galaxies NGC 4302 et NGC 4298, prise avec la caméra WFC3 d’Hubble entre le 2 et le 22 janvier 2017. © Nasa, ESA, M. Mutchler (STScI)

Sciences

Hubble nous offre un couple de galaxies spirales pour ses 27 ans

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Hubble a 27 ans aujourd'hui et en cadeau, il nous offre un aperçu, riche de détails, de deux galaxies spirales très proches l'une de l'autre. Leur étude intrigue cependant les astronomes car, en dépit de leur interaction gravitationnelle, aucune déformation n'est visible. Il existe peut-être une explication...

C'est aujourd'hui, lundi 24 avril, qu'Hubble fête le 27e anniversaire de son lancement. Que de chemin parcouru depuis : 148.000 tours de la Terre, à quelque 400 km d'altitude, ce qui fait un total cumulé de 6 milliards de kilomètres ! Autres chiffres impressionnants : depuis qu'il a ouvert son œil de 2,4 m de diamètre, il a totalisé pas moins 1,3 million d'observations (141 To de données) de 42.000 objets célestes différents. Le plus célèbre des télescopes spatiaux a ainsi contribué à la publication de 14.600 articles scientifiques dont certains ont été distingués par des prix prestigieux internationaux comme le Nobel.

Tous les domaines de l'astronomie ont été couverts, des jeunes galaxies aux confins de l'univers (à plus de 13,2 milliards d'années-lumière) jusqu'aux astéroïdes et comètes de notre Système solaire (à seulement quelques minutes ou heures-lumière...). Le moins que loin puisse dire est qu'il a largement influencé notre perception du cosmos au cours du quart de siècle écoulé, quasiment autant pour les astronomes que pour le grand public. Et cela ne semble pas près de s'arrêter, car ses responsables le garderont en fonction après l'arrivée, fin 2018, de celui qui est souvent présenté comme son successeur, le James Webb Space Télescope (JWST).

Image composite du duo de galaxies NGC 4302 et NGC 4298, prise avec la caméra WFC3 d’Hubble entre le 2 et le 22 janvier 2017. Téléchargez l’image en haute résolution ici (16,8 Mo). © Nasa, ESA, M. Mutchler (STScI)

Très proches l’une de l’autre, ces deux galaxies intriguent les astronomes

Preuve, s'il en faut une, des étonnantes capacités du vétéran Hubble, cette vue de la paire de galaxies spirales, NGC 4302 et NGC 4298. C'est son cadeau pour célébrer ses 27 ans (chaque année une image remarquable d’un objet céleste est publiée pour fêter son anniversaire).

À l'échelle cosmique, les deux galaxies ne sont pas très éloignées de la nôtre. Elles sont à environ 55 millions d'années-lumière, en direction de la constellation de la Chevelure de Bérénice, et se sont fait capturer par l'immense amas de galaxies de la Vierge (une collection de près de 2.000 galaxies), le plus influent dans notre voisinage.

Pour la galaxie vue de profil, NGC 4302 (à gauche de l'image), les astronomes estiment sa taille à 87.000 années-lumière (60 % de la Voie lactée). Sa voisine, NGC 4298, distante approximativement de 7.000 années-lumière, serait deux fois plus petite (45.000 années-lumière). En dépit de leur proximité et de leurs interactions gravitationnelles, aucun échange entre les deux n'est visible, ou presque. Les chercheurs sont intrigués. Il n'y a qu'un lien très ténu d'hydrogène neutre tissé entre elles. Or, dans ces circonstances, ils s'attendaient plutôt à voir une longue queue de traîne et des déformations de leurs disques.

Zoom sur la paire de galaxies spirales NGC 4298 et NGC 4302, situées dans la constellation de la Chevelure de Bérénice, à 55 millions d’années-lumière de la Voie lactée. © DSS, Hubble

Les queues de gaz très fines qu'ils sont parvenus à observer témoignent, selon eux, de l'arrivée récente du couple de galaxies dans l'arène de l'amas de la Vierge. Toutes deux semblent foncer vers la galaxie très massive Messier 87 (M87), un ogre qui grossit toujours, régnant au centre du groupe. Il est donc possible, selon les astronomes qui les ont étudiées, que NGC 4302 et NGC 4298 laissent dans leur sillage des courants de gaz de plus en plus importants dans un futur proche, des dizaines de milliers d'années.

Téléchargez l'image en haute résolution ici (16,8 Mo).

Pour en savoir plus

Hubble revisite la galaxie spirale NGC 891

Article de Jean-Baptise Feldmann publié 20/05/2012

Les galaxies spirales vues par la tranche sont parmi les plus photogéniques. Le télescope spatial américain Hubble en apporte la preuve une nouvelle fois avec sa propre vision de NGC 891.

C'est peut-être parce qu'elles ressemblent beaucoup à notre Voie lactée que les galaxies spirales plaisent tant aux astronomes. Les plus photogéniques sont celles que nous voyons presque par la tranche depuis notre observatoire terrestre : leur long fuseau étoilé offre une vision de toute beauté, que ce soit visuellement en les admirant dans un télescope ou photographiquement. Il suffit pour s'en convaincre de regarder par exemple le portrait de NGC 4565 présenté il y a un an par les astrophotographes de notre forum d'astronomie. Sept d'entre eux avaient alors uni leurs compétences pour réaliser une très belle image de cette galaxie située à 40 millions d'années-lumière dans la constellation de la Chevelure de Bérénice.

Les instruments professionnels sont eux aussi régulièrement sollicités, comme le télescope de 2,20 mètres de diamètre MPG/ESO à l'Observatoire de la Silla au Chili qui a immortalisé NGC 4945 dans la constellation du Centaure, ou encore le télescope Vista dont le récepteur infrarouge a permis de dépoussiérer NGC 253 dans la constellation du Sculpteur. C'est au tour du télescope spatial Hubble de scruter NGC 891.

La galaxie NGC 891 photographiée en entier dans la constellation d'Andromède. © Bob Franke

Au royaume de la poussière

La galaxie spirale NGC 891 fut découverte en 1783 par Caroline Herschel, la sœur du célèbre astronome William Herschel. La galaxie se situe à 30 millions d'années-lumière dans la célèbre constellation d'Andromède, à quelques encablures de l'incontournable Messier 31. Vue quasiment par la tranche, NGC 891 présente un fuseau (qui s'étend sur 100.000 années-lumière de long) avec un bulbe central marqués d'une bande de poussière sombre. Sur des centaines d'années-lumière, tout autour, des filaments de poussière se déploient, vestiges de nombreuses naissances stellaires ou d'explosions de supernovae comme celle qu'observèrent les astronomes en 1986. Naissance et mort des étoiles produisent en effet de puissants vents stellaires qui propulsent à de grandes distances la poussière et le gaz. L'image englobe des objets célestes beaucoup plus proches, les étoiles individuelles qui font partie de notre Voie lactée, ainsi que d'autres galaxies beaucoup plus éloignées.

Le champ de l'Advanced Camera for Surveys (ACS) qui équipe le télescope spatial n'a pas permis de photographier la totalité de NGC 891 comme a pu le faire l'astrophotographe Bob Franke. Seule la portion nord du fuseau est visible mais avec un luxe de détails, la haute résolution de l'ACS révélant les étoiles individuellement.