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Journées de l’archéologie : visiter les fouilles de l’île de la Cité

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Pour la 4e édition des Journées nationales de l'archéologie, la préfecture de police de Paris ouvrira ses portes afin que tout un chacun puisse, avec l'aide de l'Inrap, découvrir les dernières avancées sur l'histoire de l'île de la Cité. Il semblerait notamment que Jules César se soit trompé en localisant la Lutèce gauloise en ce lieu. L'île n'est devenue le centre de la cité du peuple des Parisii qu'au IVe siècle, bien avant l'occupation mérovingienne.

Vue d'ensemble de la fouille menée par l'Inrap sur le site de la préfecture de police de Paris, sur l'île de la Cité. © Denis Gliksman, Inrap

La préfecture de police (PP) et l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) vous invitent à remonter le temps, et à ouvrir une fenêtre sur l'histoire de Paris, à l'occasion d'une présentation exceptionnelle des 300 m2 de fouilles archéologiques préventives réalisées au centre de l'île de la Cité, au 2 rue de Lutèce, dans l'enceinte de la préfecture de police. Ces recherches, préalables à la construction d'une nouvelle salle d'accueil du public, sont menées par quatre spécialistes de l'archéologie urbaine parisienne et une anthropologue.

Pour la 4e édition des Journées nationales de l'archéologie (JNA), la préfecture de police, avec le concours de l'Inrap, ouvrira gratuitement ses portes au public, le samedi 8 et le dimanche 9 juin, de 10 h à 18 h. Les visiteurs pourront découvrir le métier d'archéologue grâce à une exposition photographique et assister à une présentation commentée des fouilles. Les novices, comme les passionnés, pourront ainsi obtenir des réponses sur l'histoire de la capitale de sa création à nos jours, en dialoguant avec les archéologues.

L'histoire de l'île de la Cité commence avec l'émergence progressive d'un banc de sable dans le lit de la Seine à partir de l'époque néolithique. Les archéologues comptent mieux saisir la formation géologique de l'île et son évolution au cours du temps. Cette investigation sera possible dans les niveaux les plus profonds du site, après avoir mis au jour l'ensemble des vestiges archéologiques.

Pierre tombale gravée au nom de Petrus Graber trouvée dans le cloître du prieuré Saint-Éloi (XIIIe-XIVe siècle), dans l'enceinte de la préfecture de police de Paris. © Denis Gliksman, Inrap

Que découvrir sur l’île de la Cité ?

L'émergence du phénomène urbain à Paris (les origines lointaines de la Lutèce gauloise) est depuis toujours un enjeu historique majeur, et fait l'objet de débats au sein de la communauté archéologique. Ainsi, récemment, des spécialistes ont suggéré que la cité gauloise des Parisii ait en réalité été implantée dans la boucle de la Seine à Nanterre. En effet, si César place Lutèce sur l'île de la Cité, aucun vestige de la période gauloise n'y a encore été découvert.

Dès le début de l'époque gallo-romaine, le centre de Lutèce se développe sur la montagne Sainte-Geneviève. L'île de la Cité abrite alors des activités artisanales et commerciales, liées au port fluvial. Au début du IVe siècle, l'île est fortifiée et entourée de remparts. Elle devient alors le centre de la cité. Des fouilles précédentes, rue de Lutèce, avaient déjà révélé de modestes constructions et une rue reliant la basilique du marché aux fleurs au « Palais », un important bâtiment administratif ou militaire, de nos jours enfoui sous le palais de Justice.

En 635, fut fondée, sous la direction de Saint-Éloi et sous la protection du roi Dagobert Ier, une abbaye de femmes consacrée au saint, surnommé encore Saint-Martial de Limoges. Les fouilles archéologiques actuelles prennent place à l'emplacement de l'église moderne Saint-Éloi, reconstruite en 1632 par l'ordre des Barnabites.

Quelles sont les premières découvertes archéologiques ?

Depuis la mi-avril, les archéologues ont mis au jour l'angle sud-est de la nef de l'église des Barnabites et une partie de son cloître. Leur travail consiste à rechercher tous les éléments relatifs à l'histoire de cet établissement religieux depuis ses origines mérovingiennes. Ses puissantes maçonneries ont largement oblitéré les niveaux antérieurs. Dans cet ensemble, des éléments lapidaires médiévaux ont été réemployés dans les fondations de l'église du XVIIe siècle.

À l'intérieur du cloître, des sépultures médiévales ont été conservées : une dizaine, attribuées aux XIIIe et XIVe siècles, sont actuellement en cours de fouille. Certaines contiennent des vases à encens. Ces sépultures se rattachent à une période durant laquelle les moines de Saint-Maur-des-Fossés ont supplanté les religieuses, chassées sous prétexte d'inconduite en 1107.

Vue d'ensemble de l'église Saint-Éloi et de son cloître, sur l'île de la Cité. © Denis Gliksman, Inrap

L'église des moniales toujours introuvable

À ce jour, aucun élément se rapportant à l'église et au cimetière des moniales n'a été retrouvé. Si cela se confirmait, cette absence d'indices conforterait l'hypothèse selon laquelle l'église originelle fondée par Saint-Éloi se trouverait à l'emplacement de l'oratoire Saint-Martial, aujourd'hui disparu, mais qui s'élevait à quelques dizaines de mètres à l'est du site de fouille actuel.

Les niveaux antiques ne sont pas encore fouillés. Le niveau le plus ancien actuellement repéré se situe à cinq mètres sous le sol. Il s'agit d'un dépôt de crue contenant des céramiques datées des environs du début de notre ère. D'autres horizons plus anciens pourraient donc être présents.