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L’Homme de Néandertal enterrait intentionnellement ses défunts

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L'Homme de Néandertal découvert en 1908 à La Chapelle-aux-Saints a probablement été enterré intentionnellement. Voici une nouvelle observation qui confirme l'existence de pratiques funéraires en Europe de l'Ouest avant l'arrivée des premiers Hommes modernes. Elle nous rappelle également l'importance des capacités cognitives dont faisait preuve cet hominidé. 

La grotte Bouffia Bonneval se trouve dans la vallée de la Sourdoire, près de La Chapelle-aux-Saints. Visible sur la photographie, la tombe a été creusée dans un lit de marne. Elle fait environ 39 cm de profondeur. © Cédric Beauval

La question suscite des controverses depuis plus d'un siècle : l'Homme de Néandertal enterrait-il ses morts ? La question a une première fois été soulevée par Amédée, Jean et Paul Bouyssonie qui, en août 1908, ont découvert les restes parfaitement conservés d'un Homo neanderthalensis dans la grotte Bouffia Bonneval, près de La Chapelle-aux-Saints (Limousin, France). L'indice qui leur a suggéré l'existence de ce comportement : le défunt reposait couché en position fœtale dans une cavité qui semble avoir été creusée à même le sol.

Cette découverte avait plusieurs implications. Premièrement, elle suggérait que des pratiques funéraires avaient cours en Europe de l'Ouest avant l'arrivée des premiers Hommes modernes (Homo sapiens). Deuxièmement, elle sous-entendait que les capacités cognitives et symboliques d'Homo neanderthalensis étaient bien plus importantes qu'on ne l'a cru durant le Pléistocène supérieur (il y a environ 50.000 ans). Bref, voilà de quoi motiver les plus sceptiques. Pourquoi le corps n'aurait-il pas pu tout simplement tomber dans une cavité naturelle ? Ajouter à cela qu'ils peuvent également s'appuyer sur des lacunes observées dans le protocole de fouille de 1908 pour émettre leurs critiques.

En  1999, un programme de recherche a vu le jour afin d'étudier la présence de l'Homme de Néandertal dans plusieurs cavités naturelles de la région de La Chapelle-aux-Saints. Dans ce contexte, la Bouffia Bonneval, mais aussi les ossements qui en ont été extraits, ont été réétudiés en 2011 et 2012. Les résultats obtenus corroborent fortement l'hypothèse des frères Bouyssonie. Ils viennent d'être présentés dans la revue Pnas par William Rendu (Center for International Research in the Humanities and Social Sciences) et 13 de ses collaborateurs.

Voici le crâne d’Homo neanderthalensis extrait de la grotte Bouffia Bonneval en 1908. Il appartenait à un vieillard dont plusieurs éléments ostéologiques suggèrent qu’il avait du mal à se déplacer sans aide. © Luna04, Wikimedia Commons, cc by 3.0

Des os restés intacts au cours du temps

Des restes d'un adulte et de deux enfants ont été mis au jour durant les fouilles archéologiques, en plus d'ossements de bisons et de rennes. La cavité dans laquelle le corps a été trouvé en 1908 ne porte aucune trace de l'utilisation d’outils. Cependant, des analyses géologiques suggèrent qu'elle n'est probablement pas naturelle, et donc qu'elle a été creusée. Ces quelques indices ne suffisent pas pour tirer des conclusions. Passons donc à la suite...

D'autres éléments probants ont été recherchés sur les ossements en la possession des chercheurs. Les restes de bisons et de rennes montrent qu'ils ont été convoités par des charognards et soumis aux intempéries (ils ont été lissés avec le temps). En revanche, les os de La Chapelle-aux-Saints 1, la référence scientifique du squelette découvert en 1908, sont parfaitement conservés. Ils présentent peu de fissures, ne sont pas lisses et n'ont visiblement pas été affectés par des animaux en mal de viande. 

Une explication peut justifier ces points : la dépouille a rapidement et intentionnellement été ensevelie, ce qui traduirait un soin porté aux défunts et donc l'existence de pratiques funéraires. Indirectement, cette conclusion confirme l'importance progressivement reconnue des capacités cognitives de cet hominidé.