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L'énigme de l'origine des étrusques résolue par la génétique ?

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C'est peut être la fin d'une longue controverse entre archéologues, historiens, linguistes et plus récemment généticiens. Le professeur Alberto Piazza de l'Université de Turin vient de rendre public les résultats de ses analyses, faites à partir de l'ADN d'hommes de vieilles familles Toscanes vivant dans des villes comme Volterra, Murlo et Casentino. Les étrusques, cette mystérieuse civilisation déjà présente en Italie à l'âge du Fer, et qui a fortement influencé culturellement la civilisation romaine avant d'être conquise par elle, seraient bien d'origine Anatolienne comme l'affirmait déjà en son temps le grand historien grec, Hérodote.

Danseurs étrusques (Crédit : Maja Sprenger et Gilda Bartoloni, The Etrusca).
Fresque étrusque en Toscane.

Le peuple étrusque occupait l'actuelle Toscane depuis 3 200 ans au moins et se singularisait des autres peuplades de l'Italie par son degré de civilisation plus avancé et par sa langue et son écriture encore aujourd'hui énigmatiques, même si des progrès importants ont été faits dans leur compréhension. L'histoire romaine fait écho de combats entre les deux puissances mais nombre de caractéristiques de cette civilisation se retrouveront par la suite assimilées par Rome qui annexa définitivement l'Étrurie vers la fin de la république Romaine.

L'origine exacte de ce peuple faisait débat depuis longtemps, mais trois théories avaient fini par être à peu près acceptées.

La première remonte à Hérodote, pour qui à la suite d'une longue famine, une population localisée dans le sud de la Turquie, en Lydie, avait massivement émigré à la recherche de meilleures conditions de vie à partir de Smyrne, l'actuelle île d'Izmir.

La seconde remonte à un autre historien grec, Denys d'Halicarnasse, pour qui l'origine des étrusques devait se trouver en Europe du nord.

Enfin, une dernière théorie penchait pour une population indigène qui se serait développée initialement de façon autonome, mais précoce, avant de subir l'influence culturelle de l'expansion grecque en Méditerranée.

Les Archéologues et les linguistes étaient seulement d'accords sur une chose. La langue des étrusques s'était développée indépendamment  pendant une certaine période, avant que les grecs ne leur apportent l'écriture et bien avant que les premiers documents historiques ne mentionnent l'existence des étrusques.

Pour tirer les choses au clair, et parce que des études d'ADN mitochondriales chez des Toscanes avaient déjà pointé en direction d'une origine Anatolienne, le professeur Piazza a sélectionné une population de Toscans dont les familles étaient originaires depuis trois générations au moins de villes et de localités historiquement fortement liées aux métropoles les plus importantes d'Étrurie. Des comparaisons furent alors faites avec de l'ADN  de populations du nord de l'Italie, des Balkans, de la Sicile, de la Sardaigne et enfin de la Turquie, de l'île de Lemnos et même du moyen Orient.

L'analyse génétique indique maintenant clairement une origine Turque. A Murlo, en particulier, certains gènes ne se retrouvent clairement qu'en Anatolie. De plus, une certaine proximité avec la population de Lemnos a bien été établie, confirmant ce dont on se doutait depuis le XIX siècle à la suite de la découverte d'une stèle portant une inscription en grec archaïque clairement apparentée aux écrits étrusques.

La thèse du père de l'histoire, Hérodote, fortement critiquée par ses successeurs, en sort très renforcée même si tout n'est pas encore dit. Le professeur Piazza attend en effet,  pour être totalement convaincu, les résultats d'études sur d'autres populations Toscanes, et surtout, la comparaison avec de l'ADN fossile d'étrusques. Mais comme ces derniers pratiquaient la crémation, c'est loin d'être évident !