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De l’ADN fossile dans de vieux chewing-gums datant de 2000 ans

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On a extrait de l'ADN humain datant de 2000 ans dans des chiques mâchées par des Indiens d'Amérique et des tabliers portés par des femmes. Conclusion de cette étrange enquête policière : les fabricants de paniers étaient Mexicains...

Cette boule de feuilles peut nous raconter l’histoire de celle ou celui qui l’a mâchée il y a deux mille ans… © Steven LeBlanc

C'est semble-t-il sur le coup d'une intuition subite que Steven LeBlanc, archéologue au Harvard University's Peabody Museum (Cambridge, Massachusetts), a réalisé que des chiques fossiles devaient sûrement contenir de l'ADN, issu de la salive de ceux qui, un jour, avaient mâché ces ancêtres du chewing-gum.

Or, de nombreux restes de ces boules, faites de différents végétaux, ont été retrouvés et ont été manifestement utilisés. Steven LeBlanc s'est intéressé aux chiques attribuées à une tribu indienne d'Amérique du nord appelée Western Basketmakers (« les fabricants de paniers de l'ouest »), à ne pas confondre avec les Eastern Basketmakers, une autre tribu ayant vécu à l'est du continent nord-américain.

Les Western Basketmakers , eux, habitaient le sud-ouest, dans ce qui est aujourd'hui le sud de l'Utah et le nord de l'Arizona, entre 500 avant Jésus-Christ et l'an 500. Ils figurent parmi les premiers agriculteurs d'Amérique du nord et leur histoire est mal connue. Venaient-ils de loin ou sont-ils les cousins d'autres habitants d'Amérique du Nord, comme les Eastern Basketmakers ?

Agriculteurs mexicains exilés

Avec Thomas Benjamin, un biologiste de la Harvard Medical School de Boston, Steven LeBlanc a extrait de l'ADN mitochondrial de 48 chiques mais aussi de 18 tabliers sur lesquels restaient des traces de sang menstruel. Leur analyse a montré qu'une fraction importante des échantillons - 14 % - contenait l'haplogroupe A, un ensemble de caractéristiques génétiques, très rare à l'époque chez les habitants du sud-ouest de l'Amérique du nord mais plus commun en Amérique centrale. Ce résultat vient conforter l'hypothèse, déjà émise, que les Western Basketmakers sont venus de l'actuel Mexique, apportant avec eux l'agriculture.

Après cette belle réussite, les chercheurs ont envie d'explorer cette nouvelle source de données et de se lancer à la quête de l'ADN dans des restes de tissus voire de cigarettes en roseau, qui attendent dans les musées ces nouvelles techniques d'investigation.