L'exploration robotique de Mars va de pair avec un système de communication suffisamment dimensionné. Dans le contexte actuel, il montre des signes d'essoufflement. © Nasa, JPL-Caltech, MSSS

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La Nasa veut privatiser les télécommunications autour de Mars

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Plutôt que d'investir temps et argent dans le développement, la construction et le lancement d'un système de communication à un ou plusieurs satellites pour la prochaine décennie, la Nasa pourrait faire appel au privé et se contenter de devenir un simple consommateur des liaisons entre la Terre et Mars.

La Nasa souhaite la libéralisation des télécommunications autour de la planète Mars et l'ouvrir au secteur privé ! L'agence spatiale a émis une demande d'information (Request for Information ou RFI) pour savoir si des organismes privés, voire universitaires, seraient intéressés par la fourniture de services de communications entre Mars et la Terre par des satellites en orbite autour de la Planète rouge. Son idée est d'amener le secteur privé à investir dans un satellite essentiellement de relais commercialisant ses services.

Toutefois, cette RFI n'est pas un appel d'offres. La Nasa ne garantit pas qu'elle octroiera un contrat à l'issue de la procédure. Elle recherche plutôt des informations sur la meilleure façon de garantir le transfert de données entre les deux planètes au cours de la décennie 2020. Actuellement, ces services sont exclusivement fournis par les sondes spatiales Mars Odyssey et Mars Reconnaissance Orbiter (MRO). Lancées en 2001 et 2005, elles sont malheureusement en fin de vie. Pour prendre le relais, il y a Maven (arrivée prévue en septembre 2014) et le Trace Gaz Orbiter de la mission ExoMars 2016 (Esa) dont le lancement est prévu en janvier 2016. Après ces deux missions, plus aucun orbiteur n'est prévu, occasionnant ainsi un réel risque de rupture de service à partir de 2025. Or, au sol, plusieurs missions vont se succéder à un rythme soutenu telle ExoMars 2018, Curiosity 2, Insight et bien d'autres en projet.

L’orbiteur Mars Telecommunications que la Nasa voulait lancer en 2009. Hélas, faute de budget suffisant, l’agence spatiale a été contrainte de l’abandonner. © Nasa, JPL

Des besoins de communication exponentiels

Au pays du capitalisme roi, cette idée n'est pas aussi incongrue qu'il y paraît. En s'engageant à acheter, en effet, des minutes de communications sur toute la durée de vie d'un service commercial, la Nasa souhaite pousser le secteur privé — ou des laboratoires universitaires — à investir ce créneau. Dans le même esprit que celui qui a permis à SpaceX et Orbital Sciences de développer leur propre cargo spatial dans le cadre du partenariat public-privé COTS, l'agence spatiale fait le pari que de nouvelles technologies et des services à valeur plus ou moins ajoutée sont susceptibles d'émerger. L'objectif de cette RFI est d'explorer de nouveaux modèles économiques basés sur le principe du PPE. Autrement dit, la Nasa fournirait de nouvelles technologies et céderait un certain nombre de brevets, favoriserait le transfert des technologies les plus critiques. En échange, l'autre partie financerait l'achat, la construction et le lancement de ce satellite.

À cela s'ajoute que la Nasa donnerait carte blanche à l'opérateur pour y intégrer d'autres charges utiles. Ce satellite devra utiliser les dernières innovations en matière de télécommunications pour augmenter les taux de transfert qui, aujourd'hui, ont atteint un plancher. Les ondes radio, utilisées pour communiquer entre Mars et la Terre seraient remplacées par des systèmes optiques utilisant le laser que la Nasa est en train de développer. Le problème est réel : actuellement, les missions collectent tant de données que les débits à transmettre dépassent les capacités des systèmes de communications. Un engorgement qui ralentit les programmes spatiaux. À terme, la Nasa souhaite des liaisons vidéo quasiment directes en très haute définition, voire dans un format qui s'approche de la 4K. Un besoin spécifique auquel seule l'optique peut répondre.