Vue d'artiste d'une planète habitable comme il en existe peut-être autour de Proxima du Centaure, une naine rouge. On peut voir deux étoiles au loin car cette naine rouge fait partie d'un système triple d'étoiles. © ESO/L. Calçada

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Y a-t-il une exoplanète habitable près du Soleil ?

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Par Laurent Sacco, Futura

A-t-on découvert une exoplanète rocheuse potentiellement habitable autour de Proxima du Centaure, l'étoile la plus proche du Soleil ? C'est ce qu'affirme le journal allemand Der Spiegel mais l'ESO (Observatoire européen austral) se refuse à tout commentaire à ce sujet.

En 2012, une équipe d'astronomes travaillant avec le fameux High Accuracy Radial velocity Planet Searcher (Harps), un spectrographe équipant le télescope de 3,6 mètres de l'ESO, à l'observatoire de La Silla, au Chili, avait annoncé la découverte d'une exoplanète autour d'Alpha du Centaure, plus précisément en orbite autour d'Alpha Centauri B (il s'agit d'un des membres d'une étoile binaire).

Révélée grâce à la méthode des vitesses radiales, l'existence d'Alpha Centauri Bb, une exoplanète rocheuse d'une taille comparable à celle de la Terre était fascinante car le système d'Alpha du Centaure est situé à seulement 4,37 années-lumière du Soleil. Or, Alpha Centauri B et Alpha Centauri A sont des étoiles similaires à la nôtre ; d'ailleurs, les auteurs de science-fiction en font souvent les lieux de la découverte des plus proches civilisations extraterrestres. Hélas, en 2015, d'autres observations ont sérieusement mis en doute l'existence d'Alpha Centauri Bb qui, de toute façon, orbitait trop proche de son soleil pour être habitable.

Les espoirs des exobiologistes et des fans du livre mythique Vaisseaux de l'espace de l'an 2000 à l'an 2100, de Stewart Cowley, semblent être relancés suite à la parution d'un article dans le célèbre journal allemand Der Spiegel. Il y aurait eu une fuite de la part d'un astronome souhaitant garder l'anonymat et qui serait au courant d'une publication imminente par des chercheurs de l'ESO faisant l'annonce de la découverte d'une exoplanète potentiellement habitable autour de Proxima du Centaure cette fois-ci.

L'étoile la plus proche du Soleil, Proxima Centauri, aussi appelée Proxima du Centaure, photographiée avec le Wide Field and Planetary Camera 2 (WFPC2). © Nasa, Esa

Les naines rouges, des zones de choix pour l'exobiologie

Encore appelée Proxima Centauri, il s'agit d'une naine rouge de type M située à seulement 4,25 années-lumière du Soleil : elle serait donc l'étoile la plus proche de lui dans la Voie lactée. Paradoxalement, elle n'a été découverte qu'en 1915 par l'astronome britannique Robert T. A. Innes, alors qu'il était le directeur de l'observatoire de Johannesburg, en Afrique du Sud. Son orbite est mal connue mais on a de bonnes raisons de penser qu'elle constitue en fait un système stellaire triple avec Alpha du Centaure et c'est pourquoi on l'appelle aussi Alpha Centauri C.

Il faut savoir que les naines rouges de types M représentent environ 70 % des étoiles de notre galaxie, qui en contient plusieurs centaines de milliards. Peu massives, avec une gamme de masse de 0,08 à 0,5 masses solaires, ces étoiles sur la séquence principale sont également peu lumineuses, ce qui fait qu'elles peuvent devenir âgées car elles brûlent lentement leur carburant nucléaire. Ces caractéristiques en font des cibles prioritaires pour la recherche d'exoplanètes et pour l'exobiologie.

Elles sont plus facilement perturbées par des planètes proches et celles qui se trouvent dans la zone d'habitabilité sont également à une faible distance de leur étoile hôte. Ainsi, la période de leur orbite est courte (de quelques semaines à quelques mois en moyenne), ce qui fait qu'aussi bien la méthode des vitesses radiales que celle des transits planétaires peuvent plus facilement, et plus rapidement, y être mises en œuvre. Même l'imagerie planétaire directe semble prometteuse car leur faible luminosité rend plus aisée l'obtention d'une image.

Une vidéo au sujet de Proxima Centauri et de la campagne d'observations menée cette année à son sujet. On peut la suivre grâce au site intitulé Pale Red Dot. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle blanc en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître. Cliquez ensuite sur l'écrou à droite du rectangle, puis sur « Sous-titres » et enfin sur « Traduire automatiquement ». Choisissez « Français ». © European Southern Observatory (ESO)

Proxima du Centaure, une cible pour une sonde interstellaire ?

On ne sera donc pas surpris qu'une campagne d'observations ait finalement été menée pendant quelques mois en 2016, avec le spectrographe Harps, spécifiquement dédiée à la détection d'une exoplanète autour de Proxima du Centaure. Elle a été accompagnée d'un site Web et d'une page Facebook intitulés Pale Red Dot (« un point rouge pâle »), comme Futura-Sciences vous l'avait expliqué dans un précédent article intitulé Une exoplanète habitable autour de Proxima du Centaure ? Cherchez-la… Une vidéo accompagnait également cette campagne. Plusieurs autres télescopes que celui de La Silla ont été utilisés car l'activité magnétique de l'étoile pouvait produire un faux signal dans Harps, se masquant sous l'effet de la présence d'une exoplanète.

La campagne s'est déroulée de janvier à avril 2016 et, le 23 mai de cette année, les chercheurs annonçaient sur le site de Pale Red Dot qu'un article avait été envoyé pour subir le questionnement de leurs collègues afin d'autoriser une publication. On peut donc suspecter fortement que la fuite dont parle Der Spiegel concerne cet article et qu'elle proviendrait même d'un membre de l'équipe de chercheurs.

Toutefois, l'ESO a fait part de sa surprise en ce qui concerne la publication du journal allemand, refusant de commenter dans un sens ou un autre son contenu. La prudence s'impose donc et il convient de garder la tête froide. De toute façon, nous ne devrions pas tarder à être fixés. Nul doute que les membres du projet Breakthrough Starshot sont également impatients d'en savoir plus, eux qui voulaient envoyer une sonde interstellaire miniature équipée d'une nanovoile photonique propulsée par des faisceaux laser à destination du système d'Alpha du Centaure.

Esocast : comment les exoplanètes sont-elles détectées ?  Les découvertes d'exoplanètes, qui tournent autour d'autres étoiles, se multiplient. Les scientifiques de l’Eso (European southern observatory ou Observatoire européen austral) utilisent diverses techniques afin de les mettre en évidence. Les explications dans cet épisode d’Esocast.