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Doute sur l’exoplanète Gliese 581 d : l’astronome Xavier Delfosse répond

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Voici deux ans l'astrophysicien Xavier Delfosse membre de l'équipe internationale qui venait de découvrir deux superterres potentiellement habitables autour des naines rouges Gliese 581 et Gliese 667 C, nous avait parlé de cette chasse à des exoplanètes un peu particulières. Suite à la récente remise en question de l'existence de Gliese 581 d, nous lui avons demandé ce qu'il en pensait.

Le catalogue Gliese-Jahreiss (du nom des astronomes Wilhelm Gliese et Hartmut Jahreiss) tente de lister toutes les étoiles situées à moins de 25 parsecs du Soleil. Celle portant le nom de Gliese 581 ne se trouve qu’à 20 années-lumière et plusieurs exoplanètes sont connues autour de cette naine rouge, comme le montre cette représentation d'artiste. On vient cependant de remettre en cause l'existence de deux exoplanètes de ce système planétaire. © ESO

Il y a deux ans, une équipe internationale d'astrophysiciens belges, français, portugais et suisses qui comptait parmi ses membres les découvreurs de la première exoplanète autour d'une étoile de la séquence principale en 1995, Michel Mayor et Didier Queloz, faisait une annonce retentissante. Ces chercheurs, parmi lesquels se trouvait Xavier Delfosse de l'Institut de Planétologie et d'Astrophysique de Grenoble, avaient conduit 6 ans durant une enquête minutieuse concernant 102 naines rouges à l'aide du spectrographe Harps qui équipe le télescope de 3,60 mètres à l'Observatoire de La Silla (Eso). Il s'agissait de tenter de détecter la présence éventuelle d'exoplanètes autour de ces étoiles. Rappelons que les naines rouges représentent environ 80 % de toutes les étoiles de la Voie lactée, soit environ 160 milliards de ces astres dans notre Galaxie.

Au cours de cette conférence, Xavier Delfosse aborde la recherche de l’existence d’une vie ailleurs que sur Terre. Pour cela, il faut d’abord trouver des exoplanètes potentiellement habitables. Il travaille à leur détection avec d’autres collègues. © fermedesetoiles, YouTube

Des superterres habitables à foison

Ces étoiles sont plus petites que le Soleil. Techniquement, il s'agit de naines de type M alors que notre étoile est une naine jaune de type G. Elles sont donc plus froides, ce qui déplace la zone d'habitabilité à plus petite distance. Par ailleurs, elles bénéficient d'une durée de vie très grande.

Précédemment, Xavier Delfosse nous avait expliqué au cours de son interview que la découverte de deux superterres potentiellement habitables à seulement 20 années-lumière de nous, respectivement autour de Gliese 581 d et Gliese 667 C c, signifiait qu'il devait en exister des milliards dans la Voie lactée... Bien entendu, les probabilités calculées avec l'équation de Drake d'avoir un jour un E.T. au bout du fil grimpent considérablement.

Xavier Delfosse nous parle dans cette vidéo de son parcours et de son métier de chasseur d’exoplanètes. Il a d’abord travaillé sur les naines brunes avant de se tourner vers les superterres. © fermedesetoiles, YouTube

À propos des doutes sur l’existence de Gliese 581 d

Suite à la récente remise en cause de l'existence de Gliese 581 d, Futura-Sciences a interrogé Xavier Delfosse sur ce qu'il fallait en penser. Faut-il aussi mettre en doute d'autres superterres potentiellement habitables ? Si tel était le cas, doit-on alors revoir les estimations du nombre de ces astres dans notre Galaxie ? Voici ce qu'il nous a répondu :

« En ce qui concerne l'annonce de l'équipe qui remet en cause la détection de Gliese 581 d, je trouve une de leur courbe assez convaincante, en tout cas suffisamment pour me faire aussi douter de l'existence de cette planète. Je ne dis pas que l'histoire est terminée mais que le doute est permis pour l'instant. De notre côté, nous avons également souvent rejeté des candidats au titre d'exoplanète pour les mêmes motifs, à savoir que l'activité stellaire pouvait être la cause de la variation de vitesse radiale.

Pour Gliese 581 la situation est tout de même complexe car les signes permettant de suspecter que son activité est à l'origine des variations observées n'existent qu'à certains moments, et ils n'étaient notamment pas visibles lorsque nous avons publié des résultats portant sur la découverte de cette exoplanète. Il va falloir continuer à chercher à comprendre ce qu'il se passe autour de cette étoile en ayant des données sur des durées plus longues.

Par contre, je considère que cela ne remet pas en cause l'évaluation du nombre de superterres habitables dans la Voie lactée. Nous avons maintenant détecté suffisamment de planètes de ce type pour que l'estimation de leur nombre ne dépende pas de l'existence d'une d'entre elles. De plus, les chiffres viennent maintenant de deux méthodes différentes et complémentaires, à savoir celle des vitesses radiales et celle des transits planétaires, cette dernière ne souffrant pas des mêmes biais. Ils sont en accord avec nos premières estimations. Donc, probablement, il y aurait bien une centaine de superterres dans la zone habitable d'étoiles situées à une distance inférieure à environ 30 années-lumière du Système solaire. »