Le rover Curiosity de la Nasa a pris cette image à la base du mont Sharp sur Mars. Hélas, l'engin n'est pas équipé pour découvrir des bactéries sur la surface de la Planète rouge. © Nasa

Sciences

La vie extraterrestre pourrait carburer aux rayons cosmiques

ActualitéClassé sous :exobiologie , astrobiologie , panspermie

Une bactérie extrêmophile vit grâce à l'énergie libérée par la désintégration des noyaux d'uranium. Selon un exobiologiste, des formes de vie analogues pourraient faire de même sur Mars ou Europe en utilisant l'énergie des rayons cosmiques, comme ceux que génèrent les supernovae.

La découverte de formes de vie autour des sources hydrothermales a montré que des écosystèmes peuvent prospérer sans lumière. Et des organismes dits extrêmophiles vivent très bien dans des environnements nettement plus chauds, froids ou acides que ceux ordinairement rencontrés à la surface de la Terre. Les exobiologistes sont donc devenus prudents quant aux conditions nécessaires pour l'apparition et pour le développement de la vie sur d'autres planètes.

Un article publié dans le Journal of the Royal Society Interface, et disponible sur arXiv, écrit par un chercheur du Blue Marble Space Institute of Science, illustre bien ce changement de paradigme, qui remonte au moins aux années 1970. Il permet d'envisager l'existence de formes de vie microscopiques à la surface de Mars ou d'Europe, une lune de Jupiter, malgré l'absence de boucliers contre les rayons cosmiques délétères, tels le champ magnétique puissant et l'atmosphère dense qui protègent la Terre. Les idées avancées permettent aussi de rendre un peu moins invraisemblables certains scénarios de panspermie en montrant que des formes de vie pourraient voyager sur des blocs rocheux éjectés par des impacts malgré les rayons cosmiques galactiques.

Sous le regard d'un microscope électronique, Desulforudis audaxviator se présente sous forme de bâtonnets de quelques microns de longueur. © DP

Desulforudis audaxviator, la bactérie qui se nourrit de radioactivité

Dimitra Atri s'est en effet inspiré d'un micro-organisme qui tire son énergie par chimiosynthèse de la radioactivité des noyaux instables contenus dans certains minéraux. Desulforudis audaxviator est une bactérie sulfatoréductrice anaérobie initialement découverte dans les échantillons d'eau remontés de la mine d'or de Mponeng, en Afrique du Sud. Elle vit à plusieurs kilomètres de profondeur, à partir de l'hydrogène moléculaire produit par la dissociation des molécules d'eau sous l'effet du rayonnement ionisant de la désintégration radioactive d'isotopes de l'uranium, du thorium et du potassium. L'hydrogène permet à D. audaxviator de réduire le soufre en sulfure d'hydrogène H2S afin de produire l'énergie qui lui est nécessaire.

Atri a voulu savoir si l'énergie des rayons cosmiques pouvait se substituer à celle portée par la radioactivité des noyaux et il a pour cela conduit des simulations à partir des modèles décrivant la propagation des flux de rayons cosmiques dans la Voie lactée. Conclusion : des corps célestes, comme Mars ou les lunes de Jupiter et de Saturne, dont les surfaces sont intensément bombardées par les rayons cosmiques, peuvent être accueillantes pour des organismes analogues à D. audaxviator.

Bien sûr, cela ne permet pas d'imaginer des êtres vivants aussi complexes que les métazoaires terrestres, constitués d'un très grand nombre de cellules, et il ne paraît pas possible d'imaginer entrer en contact un jour avec des E. T. qui se nourriraient de rayons cosmiques. Mais si le chercheur a raison, découvrir de la vie sur Mars ou sur Europe pourrait être plus facile que prévu, même si cela représente un défi particulièrement ardu à relever. En attendant, Dimitra Atri envisage d'exposer des populations de D. audaxviator à des flux de radiations comparables à ceux qui bombardent la surface de ces planètes pour tester sa théorie.