Réunion à Lucerne (Suisse) des ministres des Affaires spatiales des États membres de l'Agence spatiale européenne. © ESA, S. Corvaja

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En attendant d'aller sur la Lune, l'ESA retournera sur Mars et continuera de vivre dans l'ISS

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La session du Conseil au niveau ministériel de l'ESA, qui vient de se tenir à Lucerne en Suisse, est une étape importante dans la vie de l'Agence spatiale européenne. C'est le lieu où sont votés les futures activités spatiales européennes et leur financement. Le précédent (2014) avait été marqué par la décision de lancer Ariane 6 et Vega-C. Cette année, l'ISS, ExoMars 2020 et la surveillance de l'espace ont été mis à l'honneur.

Le Conseil de l'Agence spatiale européenne (ESA) réuni au niveau ministériel, c'est-à-dire avec les ministres chargés de l'espace des États membres de l'ESA, afin de discuter des futures activités spatiales de l'Europe, s'est vu attribuer un budget de 10,3 milliards d'euros sur les 11 milliards demandés. 


Sept cents millions d'euros manquent donc à l'appel. Cependant, si certains programmes auront une difficulté de financement, on compte une seule annulation. La participation européenne à la mission AIM de déviation d'un astéroïde qui devait être réalisée avec la Nasa a été décommandée. Une décision qui peut surprendre étant donné que l'aspect de la protection planétaire est porteur auprès du grand public mais il faut bien trouver des économies quelque part. Cela dit, l'idée n'est pas abandonnée. 

Avec 10,3 milliards d'euros en poche, l'ESA va pouvoir faire beaucoup de choses. Notamment réaliser toutes les missions sélectionnées dans son programme scientifique comme ExoMars 2020. L'incertitude sur son financement - il manquait tout de même 400 millions d'euros pour boucler son budget -, a été levée. Autre bonne nouvelle attendue, la décision d'utiliser la Station spatiale internationale jusqu'en 2024. Une décision qui implique la fourniture d'un deuxième module de service pour l'Orion de la Nasa en contrepartie du loyer d'utilisation de l'ISS.

Dans le domaine de l'observation de la Terre, l'ESA obtient une mission Earth Explorer et une mission circonstancielle supplémentaire ainsi que des fonds pour préparer trois familles Sentinel de plus (7, 8 et 9). Leurs objectifs seront confirmés en fonction des besoins identifiés par l'Union européenne, dont dépend le programme Copernicus. La surveillance du CO2, des régions polaires ou des activités agricoles sont des objectifs à l'étude.

L'autonomie européenne de l'accès à l'espace repose aujourd'hui sur le Centre spatial guyanais et la gamme des lanceurs d'Arianespace. Demain, elle pourrait également dépendre du Dream Chaser de Sierra Nevada, voire du successeur du démonstrateur de rentrée atmosphérique IXV (2015). Dans un autre article, nous reviendrons avec plus de détails sur l'avenir de ces programmes avec lesquels l'Europe veut travailler pour se doter d'une capacité de retour d'orbite inhabitée (donc pour du matériel ou des échantillons) mais également habitée. On peut d'ores et déjà dire que le successeur du IXV est financé. Space Rider, (initialement Pride) est un véhicule réutilisable avec une soute, mais inhabité, adapté au futur lanceur Vega-C.

Après l'autonomie de l'accès à l'espace, en route vers celle en matière de navigation par satellite (géolocalisation et positionnement), l'Europe ne veut plus dépendre en effet des données américaines pour la surveillance du ciel. En 2021, elle pourrait disposer de ses propres capacités radar. © ESA, P.Carril

L'autonomie de la surveillance de l'espace

Pour amener tous ces projets en orbite, l'argent ne fait pas tout. Les satellites ont besoin d'un espace propre et d'évoluer en sécurité autour de la Terre. C'est pourquoi la surveillance de l'espace et du temps qu'il fait au-dessus de la Terre est un enjeu capital en raison du rôle essentiel des satellites dans notre vie quotidienne, quelque soit le secteur d'activité. Aujourd'hui, cette surveillance se fait à partir de données américaines. Pour s'affranchir de cette dépendance, l'ESA souhaite se doter d'une infrastructure européenne.

Le bureau dédié à cette activité a vu son budget doublé, passant de quelque 50 millions d'euros à un peu moins de 100 millions, preuve s'il en est besoin que cette thématique préoccupe les États membres de l'ESA. De nouveaux pays, dont la France, intègrent ce programme. L'idée est de faire financer par la Commission européenne (CE) la construction d'un radar de surveillance du ciel situé sur le sol occidental de l'Europe lors de la prochaine période budgétaire (2021-2027). La CE, qui finance déjà Copernicus et Galileo, devrait de nouveau mettre la main à la poche et sortir les 300 à 400 millions d'euros estimés du coût de sa construction. En attendant, des études vont se poursuivre afin de choisir quel type de radar sera utilisé (monostatique ou bistatique) dont la performance sera de voir un objet de moins de 5 centimètres à quelque 800 kilomètres d'altitude.

À cela s'ajoute que les ministres chargés de l'espace des États membres de l'ESA ont décidé du renforcement des capacités de surveillance de la météorologie spatiale par la mise en œuvre d'une mission dans ce domaine à destination de l'un des points de Lagrange (L1 ou L5) d'où les prévisions et la précision de différents paramètres sont améliorés. la décision sera prise en 2018. Enfin, le premier des quatre télescopes du réseau NEO de détection des astéroïdes géocroiseurs sera mis en place.

Quant au concept de village lunaire, cher à Johann-Dietrich Wörner, le Président de l'ESA, bien qu'il n'obtient pas de ligne budgétaire, il n'en demeure pas moins qu'il continuera à le promouvoir car « l'ESA a besoin de programmes visionnaires pour l'avenir ».