Paysage photographié par Curiosity (image mosaïque) le 25 septembre 2015 lors du Sol 1.115. La bande sombre visible dans la partie basse de l’image est une partie des dunes de Bagnold qui s’étendent le long du flanc nord-ouest du mont Sharp. Le 15 novembre, le rover n’était plus qu’à quelques dizaines de mètres de la dune n°1 qui sera la première examinée en détail sur un autre monde que la Terre. © Nasa, JPL-Caltech, University of Arizona

Sciences

Sur Mars, Curiosity va inspecter les dunes de Bagnold... qui avancent

ActualitéClassé sous :Curiosity , Exploration robotique , mars

Après avoir effectué deux prélèvements à 18 jours d'intervalle, les huitième et neuvième depuis son arrivée sur Mars (dont 6 sur le mont Sharp), Curiosity a parcouru plus de 300 mètres ces dernières semaines et se dirige vers les dunes de Bagnold. Des chercheurs profitent en effet de la position du robot géologue pour examiner en détail ces grands édifices de sable et mieux comprendre leur formation.

Arpentant les premiers contreforts du mont Sharp depuis un peu plus d'un an déjà, Curiosity arrive à présent en vue d'une région dominée par de grandes dunes. Elles se nomment « dunes de Bagnold » en hommage à l'ingénieur militaire britannique Ralph Bagnold qui a étudié ces phénomènes sur Terre, surtout les effets du vent sur les déplacements des particules qui les composent. Celles que va examiner au cours des prochaines semaines le rover géologue se situent au nord-ouest de la montagne de 5.500 mètres d'altitude qui domine le vaste cratère Gale. Elles sont dites actives car les observations en orbite montrent qu'elles avancent d'environ un mètre par année terrestre (soit la moitié d'une année martienne).

Avec un robot sur place, c'est bien sûr une magnifique occasion pour les chercheurs d'analyser leurs structures et compositions afin de mieux comprendre les processus physiques qui les animent dans cet environnement qui est, rappelons-le, soumis à une pression atmosphérique 160 fois plus faible que sur Terre. Pour Bethany Ehlmann (du California Institute of Technology et du Jet Propulsion Laboratory) qui dirige cette opération avec Nathan Bridges (du Johns Hopkins University Applied Physics Laboratory) : « Nous avons prévu des enquêtes qui nous renseigneront non seulement sur l'activité moderne des dunes sur Mars mais qui nous aideront aussi à interpréter la composition des couches de grès créées à partir des dunes transformées en roches il y a longtemps ».

Vue aérienne de 380 mètres de large de la dune n°1 dans le champ des « dunes de Bagnold » sur les flancs nord-ouest du mont Sharp. Image en fausses couleurs prise avec la caméra Hirise de la sonde MRO (Mars Reconnaissance Orbiter). © Nasa, JPL-Caltech, University of Arizona

Des dunes extraterrestres observées pour la première fois en détail

Ce sera la première fois qu'un robot sur une autre planète ira visiter de telles dunes. Certes, Opportunity s'était approché il y a quelques années de celles qui se sont formées au fond du cratère Victoria (il y a d'autres exemples) mais ce sont de minuscules vaguelettes en comparaison avec ces édifices de sables martiens aussi hauts que des immeubles de deux étages et aussi vastes qu'un terrain de football... Le sable peut glisser le long de leurs pentes raides. Elles intriguent entre autres par leurs ondulations « plus grandes que celles que l'on peut voir au sommet des dunes terrestres, indique Nathan Bridges. Nous avons des modèles basés sur la basse pression atmosphérique. Cela demande des vents plus rapides pour déplacer les particules ».

Curiosity, qui le 16 novembre était à moins de 200 mètres de la dune n°1, procède chaque jour à des mesures de la vitesse des vents et de leurs directions dominantes dans cette partie des flancs de la montagne. Une fois sur place, il est prévu d'effectuer plusieurs prélèvements pour analyser la composition des grains. Puis, au moyen de l'une de ses roues, le rover dégagera les dépôts superficiels pour sonder les couches sous-jacentes.

En rouge, parcours de Curiosity depuis son site de départ Bradbury (étoile en haut à droite sur l'image). La région sombre est celle des « dunes de Bagnold » sur les contreforts du mont Sharp. Le rover visitera la dune n°1 à l’extrémité gauche de la formation. Les précédents prélèvements ont été réalisés sur le site Marias Pass (en bas à gauche sur l'image). © Nasa, JPL-Caltech, University of Arizona

La sonde MRO (Mars Reconnaissance Orbiter) qui a mis en évidence les mouvements des dunes a révélé au moyen de son spectromètre imageur CRISM (Compact Reconnaissance Imaging Spectrometer) que la distribution minéralogique n'y est pas uniforme. Aussi les chercheurs souhaitent-ils savoir comment les grains de différentes tailles sont transportés par les vents martiens. En outre, leur répartition peut trahir selon eux les conditions passées. Dans son communiqué, la Nasa cite l'exemple de l'olivine, un minéral du groupe des silicates présent dans les roches volcaniques et très sensible à l'altération hydrothermale. Son abondance relative dans les grès, plus ou moins élevée, peut être un indicateur : dépôts éoliens ou altération par l'eau.

La région du cratère Gale explorée par le rover se découpe en plusieurs carrés de 1,5 km de côté. Depuis son arrivée, le 6 août 2012, il en a déjà traversé sept et vient de pénétrer dans le huitième baptisé Windhoek (nommé sur les conseils des géologues de la Geological Society of Namibia), en référence à une région du désert de Namibie qui a beaucoup aidé dans la compréhension de la formation des dunes martiennes (voir aussi à ce sujet, une autre étude relatée dans notre article intitulé « Les dunes de Mars et de Titan mieux comprises grâce au désert du Ténéré »).

Olympus Mons : sur Mars, le plus grand volcan du Système solaire  Le plus haut volcan du Système solaire n’est pas terrien mais martien. Baptisé à l’origine Nix Olympica pour « Neige de l’Olympe », il est visible depuis la Terre avec un bon télescope. Partez à sa découverte grâce à cette vidéo proposée par la chaîne Discovery Science.