Une image extraite d'un direct montrant la culture de patate en environnement martien au Pérou. © International Potato Center

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Des patates martiennes bientôt dans nos assiettes !

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Par Laurent Sacco, Futura

Quelles variétés de patates seraient capables de pousser dans un environnement martien ? Des recherches sont en cours. Le but ? Que ces légumes bénéficient aux futurs colons sur Mars mais aussi, sur Terre, aux populations des pays pauvres, frappés par le réchauffement climatique.

Seul sur Mars : quels enjeux pour les premiers colons martiens ?  L’objectif fondamental d’un vol piloté vers Mars est évidemment l’exploration de la planète par des Hommes. Il faut donc prévoir un grand nombre de situations possibles. Charles Frankel, planétologue, nous parle durant cette interview des futurs enjeux de la vie quotidienne des colons martiens. 

Certains s'opposent aux recherches dans le domaine de l'astronomie ou de l'astronautique estimant que les sommes dépensées devraient d'abord être consacrées à la résolution de problèmes terrestres, plus urgents, comme ceux du réchauffement climatique et de la faim dans le monde.

Ils oublient pourtant, par exemple, que la recherche spatiale nous a fourni les outils pour mieux comprendre notre planète et gérer ses ressources. D'ailleurs, on peut également invoquer les travaux conduits en ce moment même à Lima, au Pérou, par des membres du Centre international de la pomme de terre (CIP). Il s'agit à la base d'un centre de recherche pour développer les applications possibles de la culture de la pomme de terre, laquelle, il est parfois bon de le rappeler, est originaire de la cordillère des Andes, où son utilisation remonte à environ 8.000 ans.

C'est un produit de consommation de base de l'humanité, car il s'agit d'une source importante de glucides, mais également de vitamines et protéines. Il en existe de nombreuses variétés et c'est l'un des buts principaux du Centre international de la pomme de terre que de trouver comment les utiliser pour diminuer la pauvreté et développer la sécurité alimentaire pour les pays en voie de développement.

Comme les pommes de terre peuvent croître dans les sols arides et peu fertiles, qui plus est dans les Andes, où la pression atmosphérique est plus basse et avec un taux d'UV plus élevé, les chercheurs du CIP espèrent développer des variétés qui seront adaptées aux régions terrestres où le climat va devenir encore moins clément du fait du réchauffement climatique.

Des patates martiennes dans un laboratoire péruvien. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle blanc en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître. Cliquez ensuite sur l'écrou à droite du rectangle, puis sur « Sous-titres » et enfin sur « Traduire automatiquement ». Choisissez « Français ». © GeoBeats News

Des patates qui poussent dans une atmosphère et un sol martiens

Les conditions des sols terrestres arides ne sont pas si éloignées de celles régnant dans certaines régions martiennes, où les températures peuvent passer au-dessus de 0 °C en été et où de l'eau liquide pourrait parfois couler. C'est pourquoi, depuis quelques temps, et en collaboration avec des chercheurs de la Nasa, des membres du CIP ont tenté de faire pousser des patates dans des sols similaires à ceux de Mars et dans des conditions qui en sont proches. Pour cela, ils ont reproduit la composition de l'atmosphère martienne, sa pression et l'ensoleillement à la surface de Mars avec la succession de ses jours et de ses nuits dans une sorte de CubeSat.

Les premiers résultats sont très encourageants, comme le montre la vidéo ci-dessus, et même impressionnants car ils semblent démontrer qu'il n'y ait pas besoin de reconstituer des conditions terrestres, comme le fait le héros de Seul sur Mars, pour cultiver des patates sur la Planète rouge. Il faut préciser toutefois que les chercheurs n'ont pas utilisé des variétés communes de patates mais qu'ils ont fabriqué un nouvel hybride, spécifiquement sélectionné pour pouvoir pousser dans des sols arides et salés. Celui utilisé comme analogue du sol martien provient du désert de Pampas de La Joya, dans la région d'Arequipa, au sud du Pérou.

Les déserts des Andes peuvent servir de laboratoires pour coloniser Mars mais aussi pour développer des patates et ainsi relever les défis alimentaires du XXIesiècle. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle blanc en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître. Cliquez ensuite sur l'écrou à droite du rectangle, puis sur « Sous-titres » et enfin sur « Traduire automatiquement ». Choisissez « Français ». © Al Jazeera English

D'ici 2050, on peut penser que les travaux ainsi menés auront bénéficié aussi bien à de futurs colons martiens qu'aux centaines de millions de personnes qui, sur Terre, vont se retrouver dans des régions encore moins hospitalières qu'aujourd'hui du fait du réchauffement climatique et qui auront alors besoin de plantes résistantes pour se nourrir.

Pour en savoir plus

Ils veulent cultiver des pommes de terre sur Mars

Article de Laurent Sacco publié le le 28/06/2016

Depuis quelques années, l'écologiste néerlandais Wieger Wamelink et ses collègues font pousser des plantes dans un sol martien artificiel. Certaines se sont déjà avérées comestibles. Les chercheurs misent aujourd'hui sur un financement participatif pour vérifier que des pommes de terre cultivées pourraient elles aussi être mangées par des humains. Les mécènes pourraient ainsi bientôt déguster des patates martiennes.

Qui peut bien estimer la part d'influence des romans d'Arthur Clarke ou de Ray Bradbury sur les personnalités qui se sont récemment lancées dans des programmes de colonisation martienne ? Elon Musk, le fondateur de SpaceX, ou les promoteurs du projet Mars One ont-ils été inspirés par la fiction ? De même, qui peut dire quelles influences un film comme Seul sur Mars aura dans la décennie à venir ?

En tout cas, pour que ces projets réussissent, il faudrait d'abord que les colons puissent produire leur nourriture sur place, ce qui n'a rien d'évident. Dans l'idéal, pour qu'une base martienne soit vraiment autosuffisante et offre des conditions psychologiques permettant à des colons permanents de vivre sur Mars et de l'explorer, il faudrait probablement construire sur place l'équivalent de Biosphère 2.

Pour tester la faisabilité d'une sorte d'agriculture martienne, l'écologiste Wieger Wamelink, de la Wageningen University, aux Pays-Bas, a tenté de faire pousser plusieurs plantes, dont des tomates et de la salade (notamment du cresson) dans un sol martien reconstitué sur Terre. C'est la Nasa qui en a fourni la recette à partir de ce que l'on sait de la composition du sol de Mars.

Le rover Curiosity a en effet montré de fortes ressemblances entre le sol martien et celui provenant de l'altération des basaltes à Hawaï. Ce dernier a donc servi de base à la fabrication d'un sol martien artificiel. Parallèlement, le chercheur et ses collègues étudient les mêmes plantes dans un sol lunaire reconstitué et font des comparaisons avec les sols terrestres. Les expériences sont en cours depuis quelques années et ont donné des résultats satisfaisants.

L'écologiste Wieger Wamelink conduit des expériences pour comparer la fertilité des sols martiens, lunaires et terrestres. Avec suffisamment de lumière, des plantes terrestres devraient pouvoir se développer sans problème dans les sables martiens. Cette vidéo montre les tests sous serre effectués en 2015 avec des plantes poussant dans l'équivalent du sol martien (martian soil simulant, en anglais dans la vidéo). Des comparaisons ont également été faites avec les plantes poussant dans un sol lunaire (moon soil) artificiel. © Wieger Wamelink, YouTube

Des plantes toxiques à cause des métaux lourds et des alcaloïdes ?

Faire pousser des plantes est une chose mais s'assurer que celles-ci sont bien comestibles en est une autre. En effet, a priori, rien ne prouve que ces plantes ne vont pas se charger en composés chimiques qui, bien que non toxiques pour elles, auraient un effet néfaste sur le métabolisme d'Homo sapiens. Ainsi, de 2013 à 2015, Wieger Wamelink a d'abord réussi à faire pousser notamment, en plus des tomates et des petits pois, des radis et du seigle. Puis, il a répété l'expérience en enrichissant les sols martiens et lunaires synthétiques avec les restes de plantes non consommées ainsi qu'avec des fèces humaines, exactement comme dans le film Seul sur Mars, qui a pour héros un astronaute joué par Matt Damon.

Restait à tester le contenu en métaux lourds de ces plantes. Il faut savoir en effet que les régolithes lunaires et martiens en contiennent qui peuvent être toxiques pour l'Homme en cas d'ingestion en trop grandes quantités, comme le plomb, l'arsenic et le cadmium.

Un communiqué de la Wageningen University vient de faire savoir que les niveaux de métaux lourds ne font peser aucun risque à la consommation humaine, au moins pour les tomates, les petits pois, les radis et le seigle. Parfois, ces niveaux sont même plus bas que ceux mesurés lors d'expériences de contrôle dans des sols terrestres !

Il reste encore dix autres variétés de plantes à tester (épinards, haricots verts, etc.), et pas seulement au niveau des métaux lourds mais aussi en ce qui concerne leur contenu en vitamines, flavonoïdes et alcaloïdes. Les crédits manquant - malheureusement -, les chercheurs ont décidé de lancer une campagne sur la toile pour lever des fonds, comme c'est souvent le cas de nos jours. En cas de succès, certains des donateurs auront le droit de déguster des patates ayant poussé sur le sol martien synthétique, ce qui serait un clin d'œil évident à Seul sur Mars.

Resterait quand même à faire des tests directement sur la Planète rouge (ne serait-ce que parce que la gravité y est faible), avant de savoir si les colons martiens pourront véritablement se transformer en fermiers.

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