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Il y a 100 ans, Marie Curie recevait le prix Nobel de chimie

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2011 est l'Année internationale de la chimie, c'est aussi le centenaire de l'attribution du prix Nobel de chimie à Marie Curie. L'occasion de se souvenir de la première femme lauréate d'un prix Nobel de physique ayant contribué à la physique et à la médecine nucléaire grâce à la découverte du radium.

Maria Sklodowska Curie (7 novembre 1867 à Varsovie, Pologne - 4 juillet 1934 à Sancellemoz, France) était une physicienne polonaise naturalisée française. © The Nobel Foundation 1911

La future Marie Curie naît Maria Sklodowska le 7 novembre 1867, rue Freta, dans un vieux quartier de Varsovie. Son père est professeur de mathématiques et de physique. Sa mère, institutrice, décédera de la tuberculose quand Marie avait 12 ans. La jeune surdouée réagira en se réfugiant dans la lecture et les études. La découverte de la philosophie d'Auguste Comte, le fondateur du positivisme et de la sociologie, renforcera sa passion pour la physique et les mathématiques.

Sa famille étant devenue désargentée et l'accès aux études scientifiques étant peu commun pour une femme à cette époque, sa décision de poursuivre une carrière scientifique va la confronter à de multiples difficultés. Elle acceptera un poste de gouvernante pendant quelques années en Pologne pour financer les études de médecine de sa sœur Bronisława à Paris. Une fois installée en France, cette dernière devait à son tour permettre à Marie de venir suivre des études de physique et de mathématiques à la Sorbonne. Marie Curie retardera un temps ce projet, espérant que les parents du futur grand mathématicien polonais Kazimierz Żorawski (fils d'une des familles qui l'avaient embauchée comme gouvernante) finissent par accepter leur volonté de mariage.

Gabriel Lippmann, le mentor de Marie Curie

Mais le jeune couple ne peut s'opposer au refus des parents de Kazimierz et Marie partira donc finalement pour la France en 1891. Là-bas, elle étudiera les mathématiques en suivant les cours de deux mathématiciens de renom, Paul Painlevé et Paul Appell, ainsi que des physiciens Léon Brillouin et Gabriel Lippmann. Ce dernier, qui décrochera le prix Nobel de physique en 1908 pour sa méthode de reproduction des couleurs en photographie, accueille la jeune fille dans son laboratoire en 1893 après sa licence en physique (elle a été reçue première) et c'est lui qui présentera sa première note scientifique. Il obtient pour elle une bourse pour la Société de l'encouragement.

En 1894, c'est toujours Gabriel Lippmann, très impressionné par les qualités de Marie, qui obtient pour elle la commande d'une étude sur l'aimantation de différents types d'acier. Mais la chercheuse, qui a aussi obtenu une licence de mathématique, manque de connaissances sur le magnétisme de la matière, ce qui va la conduire à se renseigner auprès d'un des plus grands spécialistes de l'époque : Pierre Curie.

Elle hésitera à accepter la demande en mariage de Pierre Curie, pensant un temps avoir un poste à l'Université en Pologne où elle était retournée. Elle reviendra sur sa décision et le couple se mariera le 26 juillet 1895, à Sceaux. De cette union naîtra en 1897 Irène Curie qui, tout comme sa mère, décrochera un prix Nobel de chimie.



Une vidéo sur la vie et l'œuvre de Marie Curie. © mariecurie-tpe, Dailymotion

Un nouveau phénomène, la radioactivité

La même année, elle entreprend des recherches sur un nouveau phénomène que venait de mettre en évidence Henri Becquerel, ayant choisi ce sujet pour sa thèse de doctorat. Ce nouveau phénomène sera baptisé par Marie du nom de radio-activité (avec un tiret à l'époque).

Elle est rejointe en 1898 par Pierre Curie qui abandonne ses recherches sur la piézo-électricité et les deux physiciens vont effectuer pendant des mois un dur labeur dans un laboratoire de fortune où ils étudient la pechblende, un minerai contenant de l'uranium. Ils annonceront la même année qu'ils ont réussi à extraire des tonnes de ce minerai deux nouveaux éléments radioactifs, le radium et le polonium. Cette découverte leur vaudra l'attribution du prix Nobel de physique 1903 avec Becquerel.

Malheureusement, Pierre Curie meurt d'un accident de rue en 1906. Marie Curie remplacera Pierre à son poste de professeur à la Sorbonne, une grande première pour l'époque. En 1909, elle est nommée professeur titulaire dans sa chaire de physique générale, puis de physique générale et radioactivité. Elle rédigera à ce moment-là un des premiers traités de radioactivité.

Sa réputation n'est plus à faire dans le monde scientifique. En 1911 elle décrochera le prix Nobel de chimie et sera la seule femme présente au mythique congrès Solvay de cette même année. Là-bas, elle discutera avec Ernst Rutherford et une jeune étoile montante de la physique théorique, Albert Einstein, avec qui elle restera liée. L'attribution du prix Nobel de chimie se fait dans des conditions houleuses car la presse se déchaînait alors sur la révélation de sa liaison avec Paul Langevin, toujours marié à l'époque.

La conférence Solvay de 1911. Assis de gauche à droite : Walther Nernst, Marcel Brillouin, Ernest Solvay, Hendrik Lorentz, Emil Warburg, Jean Baptiste Perrin, Wilhelm Wien, Marie Curie, et Henri Poincaré. Debout de gauche à droite : Robert Goldschmidt, Max Planck, Heinrich Rubens, Arnold Sommerfeld, Frederick Lindemann, Maurice de Broglie, Martin Knudsen, Friedrich Hasenöhrl, Georges Hostelet, Edouard Herzen, James Hopwood Jeans, Ernest Rutherford, Heike Kamerlingh Onnes, Albert Einstein et Paul Langevin. © Domaine public

Les années d'après-guerre

Pendant la première guerre mondiale, Marie Curie va beaucoup s'impliquer pour que la nouvelle technique de la radiographie soit disponible sur le front, afin d'aider les chirurgiens à localiser puis extraire les fragments métalliques dans le corps des blessés. Sa fille Irène, âgée seulement de 18 ans, l'assistera.

Après la guerre, son exemple constituera une aide précieuse dans les différentes luttes pour la cause des femmes, en particulier bien sûr dans le domaine des sciences. Elle deviendra une figure médiatique aux États-Unis, où elle fera campagne pour récolter des fonds pour la recherche scientifique sur le radium.

Malheureusement, les longues heures d'expositions à des substances radioactives avant qu'on n'en connaisse vraiment la dangerosité vont conduire à détériorer sa santé. Elle développe une leucémie. Elle se rend au sanatorium de Sancellemoz en Haute-Savoie en 1934 où elle décède le 4 juillet. Elle aura eu le temps de voir sa fille faire la découverte, avec son époux Frédéric Joliot, de la radioactivité artificielle, phénomène qui consiste à transformer un élément stable en élément radioactif.

D'abord inhumée à Sceaux dans le caveau de la famille Curie, les cendres de Marie Curie ont étés transférées avec celles de son mari Pierre Curie au Panthéon à Paris le 20 avril 1995, sur décision du président François Mitterrand et en présence du président polonais Lech Walesa. Elle est aujourd'hui encore la seule femme honorée au Panthéon pour son mérite propre. Elle reste aussi la seule femme à avoir reçu deux prix Nobel. Chez les hommes, il n'y a que deux exemples, Linus Pauling et John Bardeen.