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En vidéo : le voyage fatal de la comète Ison

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Même si elle n'a pas survécu au passage à son périhélie, la comète Ison a offert aux scientifiques de précieux renseignements sur ces objets de glace et de roches âgés de 4,5 milliards d'années. Retour sur le long voyage périlleux d'Ison.

La comète Ison détruite par le Soleil  Venue du nuage de Oort, la comète Ison est passée trop près du Soleil fin novembre 2013. Sous l'effet de l'échauffement, son noyau s'est disloqué, et c'est sous la forme d'un nuage diffus de poussières qu'elle poursuit sa route. © Nasa, Goddard Space Flight Center 

À l'instar de toutes les comètes de notre Système solaire, Ison (C/2012 S1) est née voilà 4,5 milliards d'années au sein du disque de gaz et de poussières qui entourait notre jeune Soleil. Comme le rappelle Karl Battams, astrophysicien au Naval Research Laboratory (NRL, Washington DC) qui a suivi son évolution depuis sa découverte, Ison a survécu aux collisions fréquentes qui faisaient rage en ces temps immémoriaux, de celles qui ont participé à la formation des planètes et de leurs corollaires, satellites et astéroïdes.

Après ce chaos qui dura plusieurs millions d'années, Ison fut repoussée dans les marges du Système solaire, à plusieurs centaines de milliards de kilomètres. Reclus, dans ce vaste territoire reculé plus connu sous le nom de nuage de Oort, l'agrégat de poussières, de roches et de glace a ensuite sombré dans un long et profond sommeil... Cela aurait pu durer pour l'éternité si une étoile, qui passait dans les parages il y a environ trois millions d'années, n'avait pas légèrement perturbé gravitationnellement sa zone d'habitation. Un petit rien qui sera suffisant pour changer son destin à jamais.

Découverte récente d’Ison

Voilà environ 10.000 ans, à une époque où, sur Terre, l'Homme se sédentarise puis s'initie à l'agriculture, la comète entame son périple vers notre étoile. Et ce ne sera qu'à la fin de l'été de l'an 2012 après J.-C. qu'elle sera repérée sur les photographies prises avec un télescope de l'Ison (International Scientific Optical Network) par les astronomes amateurs russes Vitaly Nevski et Artyom Novichonok. Elle était alors à près d'un milliard de kilomètres de nous et sa luminosité, trop faible, empêchait de l'observer dans un petit instrument.

Sur ces images de la sonde Stereo A, la comète Ison s'approche du Soleil (dont la position est indiquée par le cercle blanc dessiné sur le disque central du coronographe COR2). L'éclat apparaissant ensuite en haut à droite est très différent, indiquant que la comète a mal vécu son passage à guère plus d’un million de kilomètres du Soleil. © Nasa

Les calculs de sa trajectoire ont révélé que la comète Ison devait avoir son premier et unique rendez-vous avec le Soleil le 28 novembre 2013 ; selon les plus enthousiastes, elle a vocation à marquer l'Histoire comme possible « comète du siècle » visible dans le ciel boréal de décembre (en fin de nuit). En effet, l'astre chevelu est passé à seulement 1,1 million de kilomètres de la surface du Soleil et a enduré les tourments dans la couronne solaire. Mais à présent, on connaît tous la suite : hélas, endommagé et mis en pièce par les puissantes forces de marée, son noyau (de taille inconnue) n'a survécu que partiellement.

Une comète-phénix

Filant sur son orbite parabolique, elle entre enfin dans le champ du coronographe Lasco C3 puis, dans l'après-midi du 28 novembre, dans celui de Lasco C2 de Soho. La Terre entière suit en direct, sur ses écrans d'ordinateur, l'arrivée d'Ison. Mais c'est le début de la fin. La queue s'allonge et s'estompe sur les images de Soho. D'abord plus lumineuse que feue Lovejoy en son temps (décembre 2011), elle est ensuite devenue plus pâle. C'est un désastre (voir Les mots du ciel de Daniel Kunth). D'ailleurs, il n'y aura aucune trace de ce petit corps sur les images de SDO (Solar Dynamics Observatory), redirigé pour l'occasion. Pour beaucoup, elle a été vaporisée et il ne subsiste plus rien. Vaincue par la violence du Soleil. La nouvelle se répand très vite dans les médias.

Mais c'est sans compter sur sa résurrection partielle et plutôt inattendue ! Entre le 28 et le 29 novembre, deux queues de poussières font leur apparition sur les séquences enregistrées par Soho. Sa luminosité augmente progressivement au point de dépasser celle de l'étoile Antarès (magnitude 1). Les espoirs renaissent aussitôt. Mais aux premières heures du 30 novembre, il est devenu très clair qu'elle ne serait jamais la comète tant espérée. C'est en réalité son fantôme que nous distinguons dans le champ de Lasco C3, un dernier coup d'éclat.

Les astronomes se penchent actuellement sur toutes les données collectées par les satellites. Même si la comète est détruite, la moisson est, pour eux, considérable. Jamais une comète n'avait été observée par autant de télescopes et satellites dans le monde auparavant. Pour parachever leur étude, ils auraient bien aimé profiter d'une dernière observation de ce qui reste du ou des noyaux par les télescopes spatiaux Hubble ou Spitzer, mais il était encore trop tôt (la comète était trop proche du Soleil).

C/2013 R1 (Lovejoy) pour se consoler de la perte d’Ison

Maintenant, à mesure qu'elle s'éloigne de l'étoile, les poussières se dispersent dans l'espace interplanétaire. La fenêtre de visibilité des résidus se réduit considérablement. Ce n'est plus qu'une énième comète brisée et asséchée.

À défaut d'un spectacle visible à l'œil nu par nous tous, Ison a sans aucun doute partagé avec brio plusieurs de ses secrets avec la communauté scientifique. On peut aussi se consoler en observant la comète C/2013 R1 (Lovejoy) pérégrinant, début décembre, près de la tête du Bouvier, en direction de la Couronne boréale. Actuellement visible à l'œil nu, elle est à distinguer de son homonyme C/2011 W3 (Lovejoy) également découvert par l'astronome Terry Lovejoy.

Autre morceau de choix qui devrait susciter l'intérêt des amateurs et des scientifiques à l'automne 2014, la comète C/2013 A1 (Siding Spring) frôlera Mars à moins de 140.000 kilomètres.

Positions de la comète Ison dans le champ du coronographe Lasco C3 de Soho avant et après le périhélie du 28 novembre. Ison n’est dorénavant plus visible à l’œil nu. © Soho, Esa, Nasa, montage photo de Martin Gembec