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La théorie de la panspermie victime d'un coup de chaud

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C'est une douche froide, ou peut-être plutôt un coup de chaud, que vient de subir la théorie de la panspermie. Des expériences de rentrée dans l'atmosphère d'échantillons fixés sur un bouclier thermique montrent que d'éventuels micro-organismes extraterrestres présents dans une météorite ne survivraient pas à leur arrivée sur Terre.

ALH84001 à droite et, en bas à gauche, les mystérieuses structures qui sont peut-être des nanofossiles de bactéries. Crédit : Nasa-Caltech

Depuis les énigmatiques traces découvertes dans la météorite martienne ALH84001 qui pouvaient s'interpréter comme des fossiles de micro-organismes martiens, la théorie de la panspermie a été remise au goût du jour.

En effet, les archives géologiques terrestres indiquaient un démarrage rapide de la vie, trop rapide pour que cela soit vraiment compatible avec ce que l'on s'imaginait de la date de l'apparition de l'eau liquide sur Terre. Toutefois, Mars ayant dû se refroidir plus tôt que la Terre, il n'était pas impossible de penser que la vie y soit apparue avant. Il était alors tentant d'imaginer une origine martienne à la vie terrestre. Les premiers micro-organismes seraient alors arrivés sur Terre à l'intérieur d'une météorite d'origine martienne, un bloc rocheux arraché d'un lac de Mars par l'impact d'une grosse météorite par exemple.

Bien sûr, l'espace interplanétaire est une zone particulièrement inhospitalière, avec le vent solaire, des rayons ultraviolets et même des rayons cosmiques capables d'endommager sans problème le précieux ADN des cellules. Pourtant, une récente expérience menée sur des tardigrades, cousins des arthropodes, emportés dans une capsule, Foton M3, avait montré que ces organismes sont capables de supporter ces conditions extrêmes dans le vide interplanétaire.

La capsule Foton-M3 avec les échantillons de roche Stone-6 fixés dans les cercles à gauche de la capsule. Crédit : Europlanet

Malheureusement pour la panspermie, la capsule Foton M3, entre autres expériences, en embarquait une baptisée Stone-6 dont les résultats viennent d'être présentés par Frances Westall lors du dernier Congrès Européen des Sciences Planétaires ce 25 septembre.

La capsule emportait des échantillons de roches sédimentaires fixés sur son bouclier thermique, et donc exposés à des températures de l'ordre de 1.700° C lors de la rentrée dans l'atmosphère. Les chercheurs ont observé l'effet de la chaleur sur cette météorite artificielle en y installant deux échantillons, du sable volcanique âgé de 3,5 milliards d'années et un sédiment lacustre des îles Orcades, daté de 370 millions d'années.

Dans le premier cas, des microfossiles présents dans le sable volcanique de la région de Pilbara en Australie étaient encore clairement visibles. En revanche, dans le second cas, des bactéries, des Chroococcidiopsis, insérées avant le départ dans l'échantillon et pourtant protégées par deux centimètres de roches, n'ont pu survivre à la chaleur de la rentrée dans l'atmosphère.

Si donc il est possible que des traces fossiles d'une vie ayant existé sur Mars puissent bien être retrouvées dans une météorite sur Terre, il semble maintenant peu probable que nous soyons des martiens avec pour ancêtres des micro-organismes émigrés malgré eux...