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Rosetta : les premières images de Philae, l’atterrisseur-baladeur

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Philae s'est offert une vraie promenade au-dessus de la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko. Après deux rebonds et près de deux heures de balade, l'engin s'est immobilisé de travers, sans être arrimé, et avec une patte en l'air. Mais il parle, il travaille et il envoie des images.

Un montage réalisé pour montrer la position, plutôt inconfortable, de Philae, posé sur la comète. Une des trois jambes ne touche pas le sol. © Esa/DLR

Lors de la conférence de l'Esa, à Darmstadt, les responsables de Philae et de ses instruments avaient tous l'air fatigués pour expliquer ce qui s'est passé depuis le largage de Philae, l'atterrisseur de Rosetta, hier, un événement suivi en direct sur Futura-Sciences et à revivre (voir le tchat en bas de cet article). C'est que le petit engin a empêché tout le monde de dormir en jouant les filles de l'air. Comme nous l'expliquions ce matin après les premières analyses de la descente de Philae, les harpons n'ont pas répondu à l'ordre d'éjection, alors que le propulseur dorsal était en panne, un dysfonctionnement détecté avant le largage. Résultat : pas d'arrimage.

En touchant sur un sol très meuble et avec une gravité très faible, l'atterrisseur a rebondi, comme un élève pilote aux commandes d'un petit avion. À Darmstadt, les ingénieurs avaient reçu le signal du toucher et vu s'allumer le signal Touch down (posé). Déjà les bravos, les sourires et les embrassades. Mais dans le fond de la salle de contrôle, certains voyaient bientôt le signal indiquant la puissance reçu epar les panneaux solaires fluctuer.

En rouge, le site visé. En bleu, la zone où Philae a terminé ses pérégrinations. Entre les deux, plus d'un kilomètre. Les ingénieurs et les scientifiques avaient passé beaucoup de temps à déterminer le meilleur site, qui fut baptisé Agilkia, mais Philae en a décidé autrement... © Esa

Plus d'un kilomètre de survol incontrôlé

Philae a atterri mais il bouge encore ? On s'affairait dans les coulisses, étudiant les signaux reçus et transmis par Rosetta à faible débit (environ 20 kilobits/s). Tout le monde attendait des images, mais une seule arriva : celle prise à 3 kilomètres au-dessus du site, montrant d'ailleurs un endroit dégagé et rassurant.

Rosetta tournant autour de la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko, les signaux radio se sont interrompus et les ingénieurs, alors, se sont plongés dans l'analyse des données reçues. Car pendant sa balade, Philae a tout enregistré mais pas encore tout envoyé. Le soir, tout le monde a compris : « Philae n'a pas atterri une fois, mais deux ». Où est-il ? Nul ne le sait.

Une mosaïque d'images formant un panorama autour de Philae. C'est cela une comète... © ESA/Rosetta/Philae/CIVA

Ce jeudi matin, quand Rosetta revient à la verticale de la région, c'est le soulagement : Philae répond à l'appel et continue d'envoyer ses données. Il ne s'est pas posé deux fois, mais trois. Le premier rebond l'a renvoyé pour plus d'une heure d'un survol parcouru à environ 35 cm/s. C'est donc plus d'un kilomètre que l'atterrisseur baladeur a parcouru avant de toucher une deuxième fois. Nouveau rebond et court voyage, cette fois à environ 3 cm/s, pendant plusieurs minutes.

Désormais immobile, Philae répond et travaille. Ses caméras Civa ont photographié le site d'atterrissage. L'instrument Consert a fonctionné : le signal radar émis par Rosetta a traversé la comète et Philae l'a reçu, ce qui permettra une tomographie, c'est-à-dire un sondage de l'intérieur de la comète. Les premières images du site sont arrivées et l'Esa les a d'abord présentées en direct lors de la conférence. Elles permettront bientôt de réaliser des vues en 3D (deux des caméras de Civa le permettent). C'est ce que les scientifiques appelaient la séquence primaire, à effectuer dès l'atterrissage. Et elle a été réalisée.

Une photographie prise par l'un des capteurs de Civa montre, à quelques mètres, une petite falaise. Elle est esthétique mais elle risque de faire de l'ombre à Philae et à ses panneaux solaires. © Esa

Le programme scientifique ne sera conduit qu'en partie

Les ingénieurs en déduisent sa position : de travers, avec une des trois jambes du train d'atterrissage qui ne touche pas le sol. Les piles garantissent une autonomie d'une cinquantaine d'heures mais la position, inclinée et à l'ombre d'un monticule, limitera peut-être l'énergie fournie par les panneaux solaires.

Le forage, lui, est au moins « repoussé » car l'opération est inenvisageable sans arrimage. Apparemment, les responsables de la mission ne désespèrent pas de lancer les harpons si Philae peut être bougé. D'autres instruments seront fonctionnels mais la situation ne permet pas encore un bilan. Nous referons donc un point.