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Le prix Crafoord 2008 va aux mathématiques et à l'astronomie

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Depuis 1982, la Royal Swedish Academy of Sciences décerne chaque année le prix Crafoord. Celui-ci vient compléter le prix Nobel dans des domaines divers. Cette année, mathématique et astrophysique sont à l'honneur avec Maxim Kontsevich, Edward Witten et Rashid Alievich Sunyaev.

Royal Swedish Academy of Sciences

Il est notoirement connu que le prix Nobel ne récompense aucun travail en mathématique, astronomie ou géologie. C'est pour remédier à cette anomalie que Holger Crafoord (1908-1982), un économiste et industriel suédois qui fut indirectement à l'origine de l'invention du rein artificiel (1964), décida en 1980 avec  son épouse, Anna-Greta, de créer le prix qui porte son nom et qui, outre une médaille d'or, comporte une somme de 500.000 dollars.

Par roulement, le prix est attribué chaque année à des chercheurs s'étant illustrés en géosciences, biosciences, mathématique, astronomie ainsi que pour des travaux sur la polyarthrite.

Les Français Alain Connes et Claude Allègre l'ont par exemple reçu, respectivement en 2001 et 1986, mais on peut aussi citer un des lauréats 2002, le géophysicien Dan Mackenzie, l'un des grands contributeurs à la théorie de la tectonique des plaques, ainsi que l’astrophysicien Lyman Spitzer, à qui l'on doit le télescope Hubble.

Cette année le prix va à un mathématicien, un physicien théoricien et un astrophysicien.

Maxim Kontsevitch, le géomètre

C'est un brillant mathématicien d'origine russe et né en 1964 à Kmimki. Actuellement professeur à l'Institut des Hautes Études Scientifiques (IHES), à Bures-sur-Yvette (près de Paris), il avait déjà reçu la médaille Fields en mathématique. Ses travaux portent sur les aspects géométriques de la théorie quantique des champs et de la théorie des cordes. Il a ainsi établi de profonds résultats en liaison avec les groupes quantiques, la théorie de l'intégrale de Feynman et la théorie topologique des champs.

 

Maxim Kontsevitch. Cliquez pour agrandir. Crédit : Fields Institut

Edward Witten, l'extraterrestre

Edward Witten (né le 26 juillet 1951, à Baltimore aux Etats-Unis) a la réputation légendaire d'être un extraterrestre dont l'intelligence surpasserait celle d'Einstein et le poserait en égal de Newton. Bien qu'il soit l'un des physiciens théoriciens les plus influents des vingt dernières années, ses travaux sur la théorie quantique des champs supersymétriques et la théorie des cordes lui ont valu la médaille Fields en mathématique, en raison des nouveaux outils mathématiques qu'il a découverts dans ces disciplines et qu'il a appliqués avec succès dans le domaine de la topologie.  

Edward Witten, jeune, à l'Institut d'Abdus Salam à Trieste en Italie. Crédit : ICTP

Ces accomplissements sont d'autant plus ahurissants que Witten voulait initialement devenir un journaliste politique et que ce n'est qu'après avoir obtenu un diplôme universitaire d'histoire, et avoir suivi pendant un semestre une filière d'économie avec une forte composante mathématique, qu'il s'orienta définitivement vers la physique théorique.

Sidérant ses condisciples à Princeton, il maîtrisa rapidement la théorie quantique des champs alors qu'il n'avait pas vraiment suivi de cursus préalable en physique. Il décrocha finalement un doctorat en 1976 sous la direction du futur prix Nobel David Gross, décontenancé par sa capacité à résoudre presque sans calculs des problèmes avancés en théorie quantique des champs et des particules élémentaires.

Rashid Alievich Sunyaev, le spécialiste des trous noirs

Rashid Sunyaev, né en 1943 à Tashkent (Ouzbékistan), est actuellement le directeur du Max Planck Institute for Astrophysics à Garching, en Allemagne.

De gauche à droite, Rashid Sunyaev, Jerry Ostriker et Sir Martin Rees. Crédit : Université de Princeton

Il fut l'élève et le collaborateur du grand astrophysicien et cosmologiste russe Yakov B. Zeldovich. Il est surtout célèbre pour sa découverte de l’effet Sunyaev-Zeldovich d'une importance considérable en cosmologie moderne. Celui-ci fait intervenir un effet Compton inverse, dû aux électrons du plasma baignant les amas de galaxies, et se manifeste par une déformation du spectre de corps noir du rayonnement fossile.

Une autre contribution importante de Sunyaev concerne la façon dont se forme un disque d'accrétion autour d'un trou noir dans un système binaire. Le gaz arraché à son étoile compagne par des effets de marée tombe en spiralant vers le trou noir, s'échauffe et se mets à émettre des rayons X. Avec N. Shakura, Sunyaev a été le premier à calculer la signature précise de ce processus qui a permis par la suite de repérer et d'étudier des candidats trous noirs grâce à des télescopes spatiaux en rayons X.