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Paul Davies veut chercher un monolithe noir E.T. sur la Lune

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Par Laurent Sacco, Futura

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Le physicien théoricien et exobiologiste Paul Davies, usant de son poids médiatique,veut donner une nouvelle impulsion à une vieille idée : rechercher d'anciennes traces de civilisations E.T. sur la Lune. Et ce, propose-t-il, grâce à la science citoyenne, les internautes scrutant les données de la sonde lunaire LRO.

Sur la gauche, le cratère Shorty, vu par LRO, a été visité par les astronautes d'Apollo 17. La photo de droite a été prise du point marqué Color Pan sur l'image de gauche, dans laquelle le rover lunaire (LRV) est représenté par une flèche blanche unique. Les doubles flèches blanches de cette image et, sur celle de droite, le mot trench désignent l'endroit où le fameux sol orange a été découvert. Ce cratère d'impact a environ 19 millions d'années. © Nasa

Paul Davies est très connu dans le monde anglo-saxon, et pas seulement parce qu'il a été, comme Bernard d’Espagnat, le récipiendaire du prix Templeton. Spécialiste de l'effet Hawking, il a écrit de nombreux livres de vulgarisation, allant des fondements de la mécanique quantique à la théorie des supercordes en passant par la cosmologie et l'exobiologie. Il fait partie de ceux qui s'interrogent sur une possible biologie quantique et il a été un des coauteurs de l'article controversé sur les bactéries à l’arsenic.

Depuis longtemps, Davies s'occupe d'exobiologie, ou encore d'astrobiologie comme on le dit dans les pays anglo-saxons. Avec un étudiant, il vient de publier un article qui va certainement faire beaucoup parler de lui sur le Net : Searching for alien artifacts on the moon.

En clair, en complément du programme Seti, des tentatives pour détecter des traces de civilisations extraterrestres en train de construire des stations spatiales ou qui se signaleraient par l'éclairage de leurs villes, Davies et Robert Wagner renouvèlent un concept déjà exploré par un radioastronome ukrainien membre de Seti, Alexey Arkhipov.

Il s'agit de chercher sur la Lune des restes de civilisations extraterrestres, comme des édifices et des mines, laissés il y a peut-être des millions d'années par une mission d'exploration de notre planète.


Sur l'air de Also sprach Zarathustra, un évident clin d'œil au film 2001, l'odyssée de l'espace de Clarke et Kubrick, une vidéo du survol de la surface de la Lune par Kaguya à 100 km d'altitude. © Jaxa-NHK

La découverte d'un monolithe noir ?

En effet, il est assez improbable que le développement de l'humanité coïncide à seulement quelques milliers d'années près avec celui d'une civilisation E.T. avancée. On peut tenter de se convaincre que le voyage interstellaire est beaucoup plus facile que ce que l'on imagine, par exemple en empruntant des trous de ver ou en dépassant sans vergogne la limite d'Einstein, comme le montrent peut-être les neutrinos transluminiques. Cependant, si une mission d'exploration extraterrestre a effectivement visité notre Système solaire, il est probable que l'événement ait eu lieu il y a des millions voire des centaines de millions d'années.

Pour une telle mission exploratoire, qui serait venue étudier de plus près la biosphère terrestre, le plus logique et le plus commode serait l'installation d'une base lunaire. Or, l'environnement tectoniquement stable et sans érosion de la Lune est bien plus propice que celui de la Terre à la conservation d'artefacts.

Davies propose donc, par exemple, d'utiliser les images à haute résolution de LRO, qui montrent notamment des grottes, pour détecter ces anciennes constructions.


Une bande annonce de 2001, l'odyssée de l'espace de Clarke et Kubrick mettant en scène le célèbre monolithe noir extraterrestre. © thecultbox-YouTube 

Gare aux interprétations hasardeuses

La résolution des images de la sonde LRO est en effet inférieure au mètre et la base de données des photos prises donnera à terme une cartographie précise de la Lune. Nul doute que sa mise à disposition sur la toile, avec pour objectif de permettre aux internautes de partir à la chasse à des artefacts E.T., aurait un grand succès. En témoigne la réussite de l'opération lancée lors du projet Stardust. Il s'agissait de permettre aux internautes de travailler comme de vrais chercheurs de la Nasa en repérant des poussières cométaires ou interstellaires capturées par l'aérogel de la sonde.

Malheureusement, il n'y a guère de doute qu'on verrait aussi proliférer des fausses interprétations d'images. Les discussions à propos des images des missions Apollo, la fameuse affaire du visage martien ou celle du vaisseau géant en orbite autour de Mercure illustrent toute l'ampleur des dérives possibles. Peut-être vaudrait-il mieux que ce travail soit effectué par des méthodes informatiques automatisées.

Plus généralement, d'autres techniques d'exploration de la Lune, avec bien sûr une présence humaine permanente, pourraient révéler des surprises.

En tout état de cause, le concept est électrisant et pourrait contribuer à faire comprendre à l'humanité sa vraie place dans le cosmos, indépendamment de son succès. Et, qui sait, peut-être finira-t-on par effectivement découvrir une anomalie magnétique pointant du doigt l'existence d'un monolithe noir enterré dans le sol lunaire, comme dans le roman d'Arthur Clarke, 2001, l'Odyssée de l'espace...

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