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NEO : mieux comprendre les astéroïdes tueurs

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En raison des conséquences potentiellement dévastatrices d'une collision entre la Terre, les NEO (Near-Earth Objects) et autres géocroiseurs, des actions ont été entreprises ces dernières années afin de détecter et répertorier ces corps célestes de grande taille susceptibles de menacer notre planète.

Don Quichotte : l'impact de Hidalgo observé par Sancho

Pas d'observatoires spatiaux

On aurait pu penser que la NASA, l'ESA ou encore l'ONU s'investiraient pour lancer des observatoires spatiaux dédiés à cette traque. Peine perdue, les scientifiques aujourd'hui n'en voient plus l'utilité. S'il ne fait aucun doute que seuls des observatoires spatiaux sont en mesure de déceler des corps célestes que l'éclat du Soleil nous empêcherait de voir depuis le sol, les télescopes terrestres - avec différents moyens informatiques de traitement des données - sont tout à fait capables de détecter les plus gros d'entre eux, dont la chute pourrait nous ramener à l'âge de pierre en quelques mois. Il n'en reste pas moins que les télescopes terrestres ne pourront jamais cataloguer 100 % des NEO.

L'accès à l'espace pourrait se révéler un élément déterminant pour la prévention de telles catastrophes.

Mission de rendez-vous

Découvrir un astéroïde ou une comète éteinte se dirigeant contre nous est en effet prioritaire. Il est probable que lorsqu'une menace de ce type se précisera, on soit en mesure d'essayer au mieux de dévier l'objet de sa trajectoire de collision avec la Terre, ou, au pire, de le fragmenter en plusieurs morceaux. Avec autant de chances que ces morceaux puissent se détruire lors de leur entrée dans l'atmosphère terrestre...

Dans cette optique, il est évident que nos connaissances sur la nature même de ces objets doivent s'améliorer grandement. Aujourd'hui, elles ne sont que superficielles. De ce fait, personne ne peut dire avec certitude si un astéroïde fonçant sur la Terre, peut être dévié de sa trajectoire, fragmenté en gros blocs, voire pulvérisé en une multitude de petits morceaux. Pourquoi ? Tout simplement parce que nous manquons d'informations sur leur composition, leur densité ou encore la façon dont ils sont amalgamés.

Peu d'astéroïdes ont été observés à courte distance. On citera les astéroïdes Gaspra et Ida survolés par Galileo ou encore Mathilde et Eros survolés par la sonde Near-Shoemaker. Notez que cette sonde, bien qu'elle n'ait pas été conçue à l'origine pour se poser à la surface de l'astéroïde Eros, s'est finalement posée dessus en février 2001 fournissant des informations inédites et très précieuses. Tout récemment s'est déroulée la mission particulièrement mouvementée de la JAXA, Hayabusa, qui a volé de concert avec l'astéroïde Itokawa et dont l'on ne sait pas trop si la sonde a réussi à capturer des échantillons de l'astéroïde, son objectif principal ! La JAXA est dans l'expectative, n'étant pas en mesure de confirmer que la sonde a bien capturé de tels échantillons. Pire, il n'est pas sûr que la sonde soit capable de revenir sur Terre en raison de problèmes affectant son système de propulsion.

La sonde Hayabusa près de l'astéroïde Itokawa Crédits : JAXA

Enfin, les deux satellites de Mars, Phobos et Deimos, qui sont certainement des astéroïdes capturés, ont également été observés par des sondes martiennes de la NASA et de l'Ex-URSS. On notera également que le télescope spatial Hubble a observé l'astéroïde Vesta et un objet de la famille Centaure. Signalons aussi que plusieurs sondes ont observé des astéroïdes mais à des distances lointaines (Deep Space 1, Cassini-Huygens ou encore Stardust). Dans quelques années, plusieurs sondes survoleront des astéroïdes dont Rosetta. La mission Dawn de la NASA, dont le lancement est prévu en 2006 vise à se satelliser autour de Vesta puis Cérès.

L'Europe dans tout ça

Si on peut regretter que l'engagment de l'ESA soit encore timide, elle prend malgré tout la problématique des NEO très au sérieux. En 2004, un Comité de consultation sur les NEO (Near-Earth Object Mission Advisory Panel ou NEOMAP) a recommandé à l'ESA de développer une mission à destination d'un astéroïde. Toujours en cours de définition, la mission Don Quichotte qui prévoit l'utilisation de 2 vaisseaux en route pour étudier un astéroïde in situ et analyser son comportement après le violent impact d'un des deux engins, devrait être effectivement lancée, un jour...

Don Quichotte

Cette mission, véritable scénario de science-fiction, vise à nous aider à mieux comprendre comment dévier de sa trajectoire un astéroïde menaçant la Terre.

Don Quichotte se compose de deux vaisseaux, Sancho et Hidalgo. Tous les deux seront lancés en même temps, mais Sancho aura une trajectoire plus rapide à destination de l'astéroïde cible. Quand il sera proche de l'objet, il débutera une campagne d'observation et d'étude de sept mois. Pour cela il utilisera des pénétrateurs et des sismomètres pour mieux comprendre sa structure interne. Quant à Hidalgo, il s'écrasera contre sa surface à très grande vitesse, ce qui fournira des informations sur le comportement et la structure interne de l'astéroïde après un tel impact. Mesures qui seront comparées aux données précédemment acquises par Sancho. L'impact d'Hidalgo creusera une partie de l'astéroïde et la région mise à nu ainsi que ses éjectas seront étudiés par Sancho. Après l'impact, Sancho et quelques télescopes terrestres surveilleront l'orbite et la rotation de l'astéroïde pour voir si elles ont été affectées.

Objectifs scientifiques de Don Quichotte

Bien qu'il s'agisse avant tout d'une mission scientifique, Don Quichotte sera utilisée comme banc de test pour éprouver et valider de nouvelles technologies pour de futures missions de déviation. Il est actuellement prévu de :

- mesurer la masse de l'astéroïde ;
- déterminer la structure interne de l'astéroïde, en particulier la taille des morceaux principaux, et celle des autres particules ;
- mesurer la déviation orbitale de l'astéroïde consécutif à l'impact d'Hidalgo ;
- mesurer la rotation de l'astéroïde avant et immédiatement après l'impact ;
- détecter la dissipation de l'axe de rotation secondaire après l'impact ;
- déterminer la composition minéralogique de l'astéroïde.