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Huit planètes : une bonne décision ?

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« Une clarification » d'après Francis Rocard, tandis qu'André Brahic se dit « absolument ravi » : la décision de l'UAI sur le terme « planète » satisfait les astronomes.

Après la nouvelle définition du mot planète, fixée par l'assemblée générale de l'Union astronomique internationale (UAI), réunie à Prague en août dernier, le Soleil n'en compte plus que huit, Pluton et les autres corps ronds devenant des « planètes naines ». Aux Etats-Unis, le choix de l'UAI soulève beaucoup de réticences. L'association American Astronomical Society (qui compte 1.300 membres) recommande toujours de revenir à la précédente proposition, qui ajoutait Cérès (un astéroïde), Charon (satellite de Pluton) et 2003 UB 313, à la liste des planètes, sans en faire sortir Pluton. A la Nasa, Alan Stern, de la mission New Horizons (partie le 19 janvier 2006 vers Pluton), est amer et parle d'une position "scientifiquement indéfendable".

Futura Sciences a demandé à André Brahic et Francis Rocard ce qu'ils pensaient de cette décision. De ce côté-ci, on est bien plus satisfait.

2003 UB 313, avec son satellite. Plus grosse que Pluton, elle a imposé de préciser la notion de planète.

FS : La décision de l'UAI vous paraît-elle bonne ?

Francis Rocard, astrophysicien au Commissariat à l'énergie atomique et responsable des programmes d'exploration du système solaire du Centre national d'exploration spatiale (CNES) : C'est une clarification. Nous étions dans la même situation qu'au dix-neuvième siècle. En 1801, on découvre Cérès, qui obtient le statut de planète, mais on repère ensuite d'autres corps sur des orbites très voisines, Pallas, Junon, Vesta, ce qui amène les astronomes à parler d'« astéroïdes » groupés en une « ceinture ». Pluton est découvert en 1930 et, à la fin du vingtième siècle, on repère de nombreux astéroïdes formant ce que l'on appelle la ceinture de Kuiper. Récemment, l'Américain Mike Brown découvre Quaoar (1.200 km de diamètre), Sedna (1.800 km) et surtout 2003 UB 313, officieusement appelée Xena, qui mesure 2.800 km de diamètre et est donc plus grosse que Pluton (2.390 km). Pluton est un objet de Kuiper, cela ne fait aucun doute.

André Brahic, directeur du laboratoire gamma-gravitation au CEA et professeur à l'université Paris VII : Je suis absolument ravi ! Le problème est résolu pour plusieurs années et la plupart de nos collègues sont d'accord avec cette décision. On avait surestimé la taille de Pluton, rendue faussement responsable des altérations de l'orbite de Neptune, avant de découvrir Charon en 1978, un satellite de Pluton si gros que les deux corps tournent autour d'un centre de gravité qui n'est pas à l'intérieur de Pluton. Si on avait découvert Pluton hier, on l'aurait baptisé astéroïde ! Maintenant, nous avons trois catégories de corps orbitant autour du Soleil : les planètes (rondes et qui ont fait le ménage sur leur orbite), les planètes naines (rondes mais qui n'ont pas fait le ménage) et les petits corps (qui ne sont pas ronds). Le diamètre n'est pas pris en compte dans la définition mais cela revient au même : la forme sphérique et l'accrétion des autres corps de la même orbite imposent une taille importante, de l'ordre de 800 km.

FS : La discussion a-t-elle été difficile ?

André Brahic : Elle a commencé depuis longtemps. Catherine Cesarsky, présidente de l'UAI et directrice générale de l'ESO, European Southern Observatory , NDLR a réuni fin juin 2006 un petit comité, à Paris. Le Pomerol et le Nuit-Saint-Georges ont adouci les caractères et après 48 heures, juste avant le match France-Brésil, nous sommes tombés d'accord : faire de Pluton autre chose qu'une planète. Il ne faut pas dire que cette planète a été « rétrogradée » ou « déchue ». C'est une promotion : Pluton devient la première des planètes naines. Comme disait Jules César, il vaut mieux être numéro un de son village que numéro deux à Rome. Le mot « naine » est déjà utilisé en astronomie : on parle de galaxies naines et même d'étoiles naines. Mais pendant la réunion de Prague, je me suis rallié à une autre proposition, qui avait le mérite de proposer un compromis et selon laquelle Pluton était toujours une planète. Des journalistes l'ont appris et conclu qu'il y avait maintenant douze planètes. Toute la presse l'a annoncé, ce qui a beaucoup agacé les responsables de l'assemblée... Finalement, nous nous sommes mis d'accord, de façon bien plus sereine que la version popularisée par beaucoup de journalistes. Les astronomes ont donné un exemple de sagesse !

FS : Reste-t-il des questions en suspens ?

André Brahic : La définition ne concerne pas les planètes extrasolaires ni celles qui errent entre les étoiles. Mais on a maintenant un bon accord sur la limite supérieure de taille : 13 fois la masse de Jupiter. Au-delà, l'astre allume des réactions thermonucléaires et c'est au moins une naine brune. Pour la limite inférieure, c'est l'équilibre isostatique, c'est-à-dire la forme à peu près sphérique.

Francis Rocard : A l'observation, il n'est pas facile de savoir si un corps est sphérique ou pas. De plus, le diamètre limite de 800 km, au-delà duquel le corps est sphérique, reste assez théorique. Par ailleurs, je mettrais un bémol personnel à la définition : le cas de Mercure. Sa taille est petite (4880 km de diamètre) et son orbite très proche du Soleil. Il pourrait très bien exister de nombreux petits corps tournant avec lui et qui ne sont pas visibles du fait de la proximité du Soleil. Cela restera une inconnue pour longtemps encore. La mission Bepi Colombo, qui partira en 2013 et arrivera en 2019, n'embarquera pas de télescope pour observer l'espace proche de Mercure mais pourrait néanmoins découvrir des petits corps proches du Soleil.