L’histoire du 29 février est aussi celle du calendrier, de l’agriculture et de l’orbite de la Terre… Et elle n’est pas finie. © Lasse Ansaharju, Shuuterstock

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L'étrange aventure du 29 février et des années bissextiles

ActualitéClassé sous :Astronomie , année bissextile , 29 février

Jean-Luc Goudet, Futura-Sciences

L'année bissextile nous vient de loin. Les Égyptiens, déjà, qui devaient savoir quand planter leurs céréales et bien anticiper la vivifiante crue du Nil, étaient ennuyés par le fait que le nombre de jours dans l'année est un nombre non entier.

Pourquoi le mois de février est-il si particulier ? Parce que la Terre est trop éloignée du Soleil. Si elle était du côté de Mercure, ou plus proche encore, sa rotation sur elle-même serait verrouillée sur sa révolution et le nombre de jours dans l'année serait un nombre entier ou l'inverse. Sur Mercure, par exemple, une journée dure exactement deux ans. Mais la Terre, durant son tour de Soleil, tourne sur elle-même 365,24219 fois. Un cauchemar pour les premiers agriculteurs qui avaient bien du mal à prédire le retour des saisons. Les Égyptiens ont commencé par un calendrier avec une année de 360 jours, à laquelle ils ont dû ajouter cinq journées supplémentaires. Les Romains de Jules César ont remarqué que l'année durait 365 jours plus 0,25, soit un quart de journée, et ont résolu le problème avec un jour supplémentaire tous les quatre ans. Le bis-sextilis, « second sixième jour » venait s'ajouter après le sixième jour avant les « calendes de mars », à peu près au moment de notre 29 février.

Du calendrier julien au calendrier grégorien

Las, ce calendrier julien n'était pas juste puisque l'année dure 365,24219 jours, soit 365 plus un quart (jusque-là ça va) moins (à peu près) trois centièmes de quart. Résultat, les saisons ont dérivé doucement dans l'année officielle au fil des millénaires, l'équinoxe de printemps semblant se produire de plus en plus près des mois d'été. À la fin du seizième siècle, la date de Pâques, calculée à partir de cet équinoxe, avait remonté le calendrier jusque vers le 10 mars. En 1582, les savants convoqués par le pape Grégoire XIII ont trouvé un truc pour retrancher ces trois centièmes de quart : retirer trois années bissextiles tous les 400 ans en décidant que les années séculaires (1600, 1700, 1800, etc.) n'auraient un 29 février que si le nombre est divisible par 400. Ainsi, 1600, 2000 et 2400 sont des années bissextiles mais pas 1700, 1900 ou 2100. Les pays catholiques ont tout de suite adopté ce calendrier grégorien, les pays protestants un peu plus tard (d'où un problème de comparaison momentanée de dates entre l'histoire de France et celle de l'Angleterre avec par exemple une question : en quelle année est né Isaac Newton ?).

Calé sur une année de 365,2425 jours, le calendrier grégorien n'est pas juste non plus. La solution actuelle est d'ajouter une seconde de temps à autre, voire d'en retrancher car, pour tout compliquer, la vitesse de rotation de la Terre diminue au fil du temps, à cause de la Lune. La première « seconde intercalaire » a été ajoutée en 1972 et la dernière (en date de ce début 2016) en juin 2015. Ce bricolage ne plaît pas à tout le monde. Une autre solution, soutenue notamment par les États-Unis, serait de découpler l'année officielle de l'orbite de la Terre et de ne plus s'occuper de ces minuscules décalages, quitte à laisser le soin à de lointains descendants de recaler un jour leurs horloges.

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