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Avec son lanceur lourd, SpaceX voit grand... trop peut-être ?

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SpaceX, qui vise tous les créneaux du marché des lancements institutionnels et commerciaux, vient de dévoiler le lanceur lourd qui lui manquait : Falcon Heavy, qui pourrait voir le jour en 2013. Si cette initiative est à saluer, il faut garder à l'esprit que le succès n'est pas garanti. SpaceX est loin d'avoir démontré sa capacité à autofinancer ses futurs développements après avoir bénéficié de la manne financière de la Nasa.

D'une hauteur de 69,2 mètres pour un poids total de 1.400 tonnes au lancement, le Falcon Heavy est un lanceur en ligne à deux étages doté d'une coiffe de 5,2 mètres de diamètre. Au décollage, il développera une poussée totale de 1.700 tonnes. © SpaceX

En devenant la première société privée à lancer un satellite et une capsule récupérable (Dragon), SpaceX a acquis une certaine renommée qui lui a permis d'engranger quelques contrats de lancements significatifs. En course pour remporter des contrats de lancement de fret vers l'ISS, SpaceX vise également les vols habités pour le compte de la Nasa.

Alors que la Nasa réfléchit à l'architecture de son futur lanceur lourd, la firme américaine SpaceX vient de dévoiler la version lourde du Falcon 9. Annoncée comme la fusée la plus puissante dans le monde, Falcon Heavy doit réaliser un premier vol d'essai au début de l'année 2013. « Falcon Heavy pourra transporter plus de charge utile sur orbite que n'importe quel autre véhicule spatial dans l'Histoire, à l'exception de la fusée Saturn V des missions sur la Lune, mise hors service à la fin du programme Apollo », a précisé Elon Musk, le P-DG de SpaceX, lors de sa conférence de presse à Washington.

Ce futur lanceur, s'il voit le jour, sera lancé depuis Cap Canaveral. © SpaceX

Avec une capacité d'emport de 53 tonnes, ce lanceur offre bien évidemment de remarquables perspectives tant pour des missions institutionnelles, scientifiques, que commerciales. Sa capacité sera plus de deux fois plus importante que celle de la navette ou d'une fusée Delta IV, et le double de la version d'Ariane 5 utilisée pour lancer l'ATV en orbite basse.

Si le Falcon 9 sera utilisé pour lancer des Hommes vers l'ISS, cette nouvelle fusée pourra également l'être pour des vols habités en raison de la redondance de nombreux systèmes, donc certains (comme l'avionique) le seront trois fois. Sur le papier, elle semble suffisamment dimensionnée pour des missions lunaires, voire martiennes.

Des subventions pour une politique commerciale agressive

Comme à son habitude, Elon Musk a affirmé que ce nouveau lanceur lourd permettrait de faire baisser considérablement les coûts de lancement du fret sur orbite qu'il a fixé à quelque « 2.200 dollars le kilo », dix fois moins qu'avec la navette. Il a également annoncé pouvoir maintenir un tel prix avec seulement quatre lancements par an ! Le prix d'un lancement de satellite sur un Falcon Heavy sera de 100 millions de dollars, un coût inférieur à ce que propose Arianespace. Mais il faut noter qu'Arianespace peut lancer deux satellites et reste ce qui se fait de mieux sur le marché, pour la fiabilité, la disponibilité, la performance et la précision.

Fortement subventionnée par le gouvernement des États-Unis qui finance en partie le développement de ses lanceurs à travers les partenariats public-privé Cots et CCDev, SpaceX peut également utiliser certaines des installations de la Nasa pour réaliser des essais et mettre au point certains éléments de ces lanceurs. Enfin, on peut se demander si les vols gouvernementaux, facturés au prix fort, ne vont pas permettre à SpaceX de se positionner en bonne place sur le marché commercial du lancement de satellites, en proposant des prix très attractifs.

À ce jour, SpaceX compte déjà plus de 2,5 milliards de dollars de commandes de lancements pour les prochaines années sur ce dernier lanceur. La firme a d'ores et déjà capté de beaux contrats, comme celui du lancement d'une partie de la constellation Irridium Next ou du satellite SES-8 à lancer sur une orbite de transfert géostationnaire.