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Le rover Mars Science Laboratory s'envolera bien en 2009

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Malgré quelques dépassements de budget et quelques problèmes techniques, la Nasa a confirmé que le robot autonome Mars Science Laboratory, quatre fois plus gros que Spirit ou Opportunity, serait bien envoyé sur la Planète rouge en octobre 2009.

Représentation comparée de Mars Science Laboratory et d'un des robots jumeaux Spirit ou Opportunity. Crédit Nasa

Le nouveau robot actuellement en cours d'assemblage à la Nasa ressemble à ses prédécesseurs Spirit et Opportunity, mais sur une toute autre échelle. Alors que les deux premiers accusaient 185 kg sur la balance (terrestre), la masse de Mars Science Laboratory (MSL) atteint les 750 kg, soit le poids d'une petite voiture.

Les performances de MSL sont à l'avenant. Alors qu'une durée de vie de trois mois était prévue pour les deux premiers rovers autonomes (même si elle a en fait allègrement dépassé les quatre années !), la Nasa vise au minimum une année entière pour son nouvel explorateur, et au moins 50 kilomètres parcourus au sol.

Position des sondes américaines actuellement en opération sur le sol de Mars. Le lieu d'atterrissage de MSL n'a pas encore été déterminé. Crédit Nasa

Les panneaux solaires enfin abandonnés

De telles ambitions exigeant un approvisionnement en énergie incompatibles avec l'usage de simples panneaux solaires, la Nasa semble avoir renoué avec la raison et décidé d'équiper MSL d'un générateur radio-isotopique au plutonium, à l'instar des missions Viking des années 1970. Celui-ci autorisera une autonomie de plusieurs années, sans craindre les effets du gel lors du long hiver martien ou de la poussière se déposant sur les surfaces collectrices des sondes actuelles.

Deux zones d'ombre subsistent actuellement au tableau, que la Nasa assure pouvoir contourner. Le dépassement budgétaire est le premier souci. Le Jet Propulsion Laboratory, responsable de la fabrication de la sonde, l'estime à 100 millions de dollars et vient s'ajouter aux 1,5 milliard de dollars déjà engagés, appelant une décision du Bureau du Budget du Congrès américain. Ensuite, certains retards de livraison du matériel à embarquer ont déjà provoqué plusieurs remaniements du planning d'assemblage et fait craindre un report de la mission qui, si elle n'est pas lancée fin 2009, devra attendre 2011 pour des raisons de configuration planétaire.

« Des progrès techniques incroyables ont été accomplis et beaucoup de matériel a déjà été livré mais certains équipements sont toujours en souffrance », confie Doug McCuistion, directeur du programme d'exploration martienne.

Les principaux instruments de MSL

MSL emporte dix instruments scientifiques pour une masse de 65 kg, ce qui constitue aussi un record en la matière. Six d'entre eux sont considérés comme "hautement prioritaires". Aucun n'est destiné à détecter directement une forme de vie, mais ils représentent des versions plus élaborées d'appareils scientifiques ayant déjà atteint la Planète rouge. On trouve parmi eux le GC-MS, un chromatographe en phase gazeuse couplé à un spectromètre de masse, rappelant un des instruments principaux des sondes Viking, qui avait parfaitement fonctionné mais dont l'étalonnage ne tenait pas compte de toute l'étendue des possibilités d'adaptation de la vie telle qu'on la connaît aujourd'hui sur Terre, notamment depuis la découverte d'extrêmophiles.

La France à l'honneur

Un autre instrument extrêmement important a été réalisé en France par le Cnes, qui finance le projet. Il s'agit d'un laser capable de pulvériser jusqu'à 9 mètres de distance de petits rochers, dont l'analyse spectrométrique des gaz émis à 10.000°C permettra d'en déterminer précisément la composition chimique au moyen de l'instrument ChemCam.

Le laser de MSL en action (vue d'artiste). Crédit Nasa

L'avantage du procédé est de pouvoir travailler à distance, sans perdre de temps ni prendre le risque de hasardeux déplacements latéraux. Les scientifiques espèrent ainsi entreprendre jusqu'à 200 analyses par jour. L'émetteur laser lui-même est un modèle mis au point en collaboration entre la société Thales Laser, un laboratoire public de recherches (CNRS/Université de Toulouse), et le Cnes. Le principal obstacle rencontré lors de cette réalisation a été de réduire le poids d'origine du laser existant, qui est ainsi passé de 8 kg à 530 grammes. L'appareil ne mesure plus que 20 cm de long sur 5 cm de diamètre.

Selon Doug McCuistion, cette mission est cruciale pour faire avancer le programme d'exploration de Mars dans la prochaine décennie ainsi que pour la découverte de formes de vie potentielles sur d'autres planètes.