La Station spatiale vue par le dernier équipage d'une navette, en juillet 2011. Longue de 109 mètres pour une masse de 420 tonnes, l'ISS est quatre fois plus grande que l’ancienne station spatiale russe Mir, et environ cinq fois plus grande que le Skylab américain des années 1970. © Nasa

Sciences

ISS : elle survivra jusqu'en 2024

ActualitéClassé sous :Astronautique , ISS , station spatiale internationale

Alors qu'un cargo automatique Cygnus s'apprête à rejoindre la Station spatiale internationale, la Nasa annonce qu'elle sera utilisée au moins jusqu'en 2024. Elle ne sera donc pas désorbitée en 2020, comme cela était prévu. Une bonne nouvelle qui pose la question du financement et du vieillissement de l'installation.

Après le feu vert du Congrès, la Nasa vient d'annoncer la prolongation de la durée de vie de la Station spatiale internationale au moins jusqu'en 2024, voire 2028, comme le sous-entend William Gerstenmaier, l'administrateur adjoint de la Nasa pour l'exploration habitée, qui souligne que l'ISS peut techniquement durer jusqu'à cette date.

Cette annonce ne nous surprend pas. En juillet 2011 déjà, Futura-Sciences expliquait pourquoi l'ISS ne sera pas désorbitée en 2020, comme prévu initialement. Aujourd'hui, la Nasa justifie sa décision par sa volonté de densifier le retour scientifique lié à son utilisation, d'élargir la base de ses utilisateurs institutionnels et privés, de l'utiliser comme banc de test technologique et surtout de préparer certaines des prochaines étapes de l'exploration spatiale. Enfin, il aurait été très surprenant que la Nasa finance le développement d'un système de transport habité privé pour que celui-ci se trouve sans destination à atteindre.

La Station spatiale internationale vue de profil. Elle restera en service jusqu’en 2024 au minimum. © Nasa

Seul bémol à cette décision, l'obsolescence contrôlée de la Station spatiale. Il faut savoir que les premiers modules ont été lancés en 1998 ! Bien que les équipages qui se succèdent ne courent aucun risque, la station commence à montrer des signes manifestes de vieillissement. Les pannes se font plus rapprochées, et certaines sont même très sérieuses. Pendant les fêtes de fin d'année, deux astronautes sont sortis dans l’espace, à deux reprises, pour réparer un des circuits de refroidissement de la station.

La question du financement de l’ISS

En Europe, cette décision de la Nasa est bien accueillie. Le porte-parole de l'Agence spatiale européenne, Franco Bonacina, se « félicite de cette décision », mais se veut prudent. En effet, cette augmentation de la durée de vie de l'ISS n'est pas gratuite. Les partenaires devront trouver quelque trois milliards de dollars, nécessaires à son utilisation et son entretien chaque année. Si l'on se fie aux conditions actuelles, pour la période 2020-2024, l'Agence spatiale européenne devra trouver environ 600 millions de dollars pour financer sa participation au programme.

Pour l'Esa, ce ne sera pas simple. L'agence n'a pas encore obtenu la totalité des fonds nécessaires au financement de sa participation à l'ISS pour la période 2017-2020. « Des décisions sont attendues à ce sujet » lors de la session du conseil de l'Esa au niveau ministériel qui se tiendra au Luxembourg, en fin d'année. Ensuite, et concernant la période 2020-2024, il sera toujours temps de « réfléchir à la forme que prendra notre part à l'exploitation de l'ISS ».

Jusqu'à présent, le financement de l'utilisation de la station se faisait dans le cadre du barter element, un système mis en place par les partenaires de l'ISS où chacun finance sa part de l'utilisation de la station par la fourniture d'un service du même montant que sa contribution. Jusqu'en 2017, l'Esa s'acquittera de ses charges avec les missions de l’ATV, dont le dernier exemplaire, l'ATV-5, sera lancé en juin. Pour la période 2017-2020, l'Esa s'acquittera de son « loyer » auprès de la Nasa en finançant à hauteur de 450 millions d'euros le développement du module de service du futur véhicule d'exploration spatiale de la Nasa.

Mars s’éloigne

Du point de vue d'un astronaute, en l'occurrence Jean-François Clervoy que nous avons contacté, le prolongement de la durée de vie de l'ISS est évidemment « une bonne nouvelle », sachant qu'aucune autre destination d'exploration habitée ne sera atteignable à la date qui était prévue initialement pour la désorbitation de la station, soit 2020. Cela permet ainsi de « maintenir la présence continue de l'Homme dans l'espace dans le cadre d'un partenariat international au service de la connaissance ». Enfin, cette décision n'est pas dénuée d'arrière-pensées politiques. En effet, comme le souligne Jean-François Clervoy, elle augmente « les chances d'assister avant la fin de vie de la station à une mission conjointe entre les partenaires de l'ISS et la Chine », qui pourrait utiliser le module Tiangong-2.

Cela dit, cette décision ne peut que repousser aux calendes grecques le prochain grand projet international d'exploration habitée de la planète Mars. Les budgets étant ce qu'ils sont dans un contexte de réduction généralisée des déficits, les agences spatiales ne peuvent pas se payer le luxe de financer la Station spatiale internationale et de s'engager dans un nouveau grand projet international de plus de 100 milliards de dollars.