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L'Inde veut aller sur Mars avec les autres

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2030 : c'est l'horizon annoncé par l'Agence spatiale indienne pour participer à une mission habitée vers Mars. Mais les défis techniques sont nombreux et nécessiteront une vaste coopération internationale. Revenons sur ces difficultés, connues mais parfois escamotées.

Un des nombreux concepts de véhicule spatial pour atteindre Mars. Crédit Nasa

Après avoir annoncé l'envoi de deux premiers cosmonautes indiens dans l’espace en 2016, K. Radhakrishnan, président de l'Isro, annonce Mars et précise son point de vue sur la question. Face à la complexité et le coût d'une mission habitée, le responsable indien se dit convaincu qu'un projet de cette dimension ne pourra pas être réalisé en dehors d'une coopération internationale. Toutes les études d'un vol habité vers Mars montrent en effet que l'expédition posera des défis technologiques et scientifiques pour amener à bon port sur Mars plusieurs astronautes et de les ramener en sécurité sur Terre.

Pour l'Isro, l'accord passé en octobre 2009 entre la Nasa et l'Esa pour mettre en œuvre une coopération pragmatique de l'exploration robotique de Mars peut servir de base pour planifier une mission habitée vers Mars. L'Isro compte évidemment prendre part à cet effort, avec ses moyens. Elle propose de développer une partie des expériences scientifiques qui seront réalisées sur Mars.

Chaque année, on annonce une mission habitée vers Mars pour la décennie suivante. Cela dure depuis que la Lune a été conquise à la fin des années 1960… (Ciquer sur l'image pour l'agrandir.) © Nasa / Ren Wicks

A noter qu'il existe d'autres alternatives au débarquement sur Mars. Des études sont menées pour voir s'il n'est pas plus opportun et moins risqué (surtout pour en repartir) de se poser sur Phobos que sur Mars, voire de réaliser un voyage autour de la Planète rouge dans un profil de mission similaire aux missions habitées Apollo qui ont précédé l'alunissage d'Apollo 11 en juillet 1969.

Logistique et vie des équipages : un casse-tête

Aujourd'hui, clairement, l'homme n'est pas capable de partir sur Mars et retourner sur Terre. Si l'abandon du programme Constellation se confirme, d'aucuns à la Nasa et l'Esa se demandent si l'on sera davantage prêt en 2030 qu'aujourd'hui ! Les défis à relever avant d'envoyer des hommes sur Mars sont si nombreux que nous ne détaillerons pas l'ensemble des problèmes qui se dressent... Nous aborderons seulement trois difficultés illustrant l'ampleur de la tâche qui attend les pionniers de l'aventure martienne.

Premièrement, on n'est pas capable de réaliser un système de support vie en boucle fermée, c'est-à-dire avec recyclage. Un voyage vers Mars nécessitera un équipage de 5 à 7 personnes pendant au moins 3 ans. Or, pour les consommables seuls (eau, air, nourriture), il faut compter 5 kg par jour et par personne. Soit plusieurs centaines de tonnes ! La durée de la mission dépendra de nombreux facteurs dont celui de la durée du séjour sur la planète. L'Agence spatiale européenne a étudié en 2004 cet aspect de la mission et proposé trois scénarios possibles. Une mission de 963 jours dont 533 jours sur Mars, une de 376 dont 30 sur la planète et une troisième de 579 jours dont 28 jours sur Mars mais avec un survol de Vénus pour le voyage aller.

En second lieu, l'utilisation in situ des ressources de Mars est loin d'être acquise. Dans ce domaine on attend beaucoup des premières missions lunaires. Un peu trop peut-être. On nous ressasse qu'à partir de la glace martienne on saura en extraire de l'oxygène ou de l'hydrogène pour les besoins de l'équipage et pour la fabrication du carburant. Mais ce que l'on sait moins c'est que, sur Terre, personne n'est pas capable de le faire à une échelle similaire. Pour preuve, les bases situées aux pôles terrestres ne sont toujours pas autonomes en énergie.

Enfin, l'architecture d'une telle mission s'apparente à un véritable casse-tête logistique. En l'état, pour aller sur Mars il sera nécessaire d'acheminer consommables et propergols pour le voyage retour. Cela nécessitera l'envoi d'une petite flottille de vaisseaux cargos avec des solutions propulsives à haut rendement mais pas forcément très rapides, comme la propulsion ionique ou l'utilisation de la mécanique céleste (fly-bys). Bien sûr, l'équipage voyagera de façon plus rapide à bord d'un vaisseau à propulsion chimique qui aura été assemblé en orbite basse terrestre.