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Exploration lunaire : bientôt le premier musée extraterrestre ?

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La Lune attire à nouveau ! À l'Ouest, il reste peu d'argent public pour l'espace mais ce n'est pas le cas dans le secteur privé ou chez les pays émergents. Pour éviter une dégradation des sites historiques et des matériels laissés par les missions Apollo, la Nasa prend les devants en proposant - fermement - une charte de bonne conduite aux nouveaux acteurs de l'exploration spatiale.

Neil Armstrong aux pieds du module lunaire Eagle en 1969. Un tel site historique doit être protégé. © Nasa/Apollo 11, Flickr, CC by 2.0

Plus de quarante ans après le premier pas d’un Homme sur la Lune, il reste là-haut du matériel qui n'a pu être ramené. Mais ces vestiges historiques qui témoignent d'une technologie et d'un moment important de l'histoire de l'humanité, pourraient bien être menacés. Après vingt-cinq ans d'expérimentations en orbite basse, les séjours dans des boîtes de conserve de type Mir ou ISS ont perdu de leur intérêt scientifique. Mars, quant à elle, reste un rêve trop lointain et trop coûteux pour les budgets en berne des agences spatiales occidentales. La Lune en revanche, dans notre proche banlieue, semble redevenir une destination à la mode.

Les pays émergents comme l'Inde ou la Chine veulent à leur tour décrocher la Lune. Mais les risques viennent également des douzaines d'entreprises privées qui tentent de relever le défi lancé par la X Prize Foundation et Google : renouant avec l'esprit des débuts de l’aviation, ce concours dote de 30 M $ (20 M €) le premier privé qui arrivera à envoyer sur notre satellite un robot capable de parcourir 500 m et de transmettre des images.

La « jeep lunaire » en arrière plan, utilisée lors de la mission Apollo 16, a été, comme beaucoup d'équipements, abandonnée sur place. Un musée lunaire rassemblant ces témoignages de l'aventure spatiale verra-t-il le jour ? © Nasa, Flickr, CC by-sa 2.0

Face à ce risque de débarquement en masse, la Nasa ne compte pas laisser la nouvelle génération d'explorateurs dégrader les presque quarante sites historiques de l'aventure Apollo (dont font partie aussi les endroits où se sont crashés les modules de retour en orbite lunaire des vaisseaux d'atterrissage LM). Sans aller (pour l'instant) jusqu'à la création d'un musée, la vénérable institution commence la bataille sur le plan administratif avec une série de recommandations qui seront publiées en septembre.

Une charte de bonne conduite

Mi-juillet, le journal Science a pu se procurer des extraits des premières directives : elles conseillent par exemple d'adopter des approches tangentielles pour éviter les crashs sur les zones historiques et proposent de créer des zones interdites afin ne pas endommager les vestiges avec la poussière soulevée par les gaz des moteurs lors d'un atterrissage ou d'un survol trop rapproché.

À cela s'ajoute toute une liste de souhaits, un véritable programme de recherche rédigé par les chercheurs américains : ils demandent à l'équipe qui atteindra la Lune, quelle qu'elle soit (privée ou nationale, américaine ou étrangère), d'étudier les restes des missions Apollo. Les objectifs vont du plus scientifique au plus trivial, depuis les réflecteurs laser qui permettent encore de mesurer la distance avec notre satellite, jusqu'aux restes de nourriture et autres déchets, abandonnés par les astronautes après leur passage...

En raison du traité de l'espace, ratifié en 1967, ces directives n'ont aucune valeur juridique : la Lune n'appartient à personne et nul n'y a une quelconque autorité. Mais la Nasa espère bien que les concurrents sur le chemin de la Lune, eux-mêmes demandeurs de règles et de conseils, signeront la version définitive de cette sorte de charte de bonne conduite. C'est peut-être là la première pierre du tourisme spatial des siècles à venir...