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L'étude de la couleur des mers par satellite, une discipline méconnue

ActualitéClassé sous :Astronautique , climatologie , océanographie

Pourquoi s'intéresser à la couleur des océans ? Parce qu'elle renseigne sur des domaines variés, comme la chaîne alimentaire ou le climat, et que son suivi peut être utile à des activités économiques dépendant du milieu marin. La discipline est nouvelle et vient de connaître sa première conférence internationale. Au menu : l'océanographie opérationnelle, pour mieux comprendre et mieux prédire. 

La mesure de la couleur de l’eau aide à mieux comprendre le rôle de l’océan dans le cycle du carbone, et sa capacité à absorber le CO2 dans l’atmosphère. À l'image, une partie de l'Italie photographiée par l'instrument Meris d’Envisat, en 2003. © Esa

La semaine dernière s'est tenu le premier Symposium international sur la couleur des océans. Organisé par le Groupe international de coordination sur la couleur des océans, en partenariat avec Eumetsat et la Nasa, l'événement a réuni près de 270 participants venus de 36 pays, dont plusieurs experts. L'étude de la couleur des océans, discipline encore discrète, est intéressante à plus d'un titre : ses données sont exploitées dans des secteurs aussi variés que la compréhension de la chaîne alimentaire, le climat et certaines activités économiques liées à la mer.

L'étude de la couleur de l'eau est le seul moyen scientifique permettant d'obtenir, depuis l'espace, des informations sur ce qui se passe sous la surface des océans. C'est essentiel, car là se trouve le phytoplancton, ces microscopiques végétaux marins à la base de la chaîne alimentaire océanique. Les mesures de couleur permettent d'en estimer la concentration et de la suivre dans le temps et l'espace.

Carte globale de la concentration en chlorophylle dans les océans, obtenue à partir de données fournies par l'instrument Meris (spectromètre imageur à moyenne résolution) à bord d'Envisat, en décembre 2011. © Esa

Pourquoi suivre le phytoplancton et les algues par la couleur ?

L'intérêt de la surveillance du phytoplancton est double, par son rôle dans la chaîne alimentaire d'abord, mais aussi pour l'activité de photosynthèse. En créant de la matière organique à partir du CO2 dissous venu de l'atmosphère, et ce en quantité significative, il est l'une des clés de la machine climatique.

On comprend donc tout l'intérêt écologique de mesurer la couleur des océans par satellite, par exemple pour l'étude du cycle du carbone. En outre, cette technique est utilisée pour la gestion des ressources halieutiques. Elle permet aussi d'évaluer l'expansion d’algues toxiques, susceptibles de se produire dans des estuaires ou sur des plages, provoquant des impacts significatifs sur des activités humaines comme la pisciculture ou le tourisme.

Valeurs moyennes des radiations efficaces pour la photosynthèse, obtenues par compilation de données des instruments Meris et SeaWifs (Sea-viewing Wide Field-of-view Sensor). © Esa

Les satellites et l’océanographie opérationnelle

Du point de vue technique, la mesure de la couleur des océans est très délicate à réaliser, car dans une image, on doit restituer toutes les nuances des couleurs avec la précision la plus grande possible. Or, les données reçues par les capteurs sont dominées par les aérosols et l'atmosphère, de sorte que seulement 10 % de ce qui est capté est utile à l'analyse de la couleur de l'eau ! À l'avenir, l'un des grands défis est donc d'éliminer ces 90 % de données parasites par des corrections atmosphériques. Toutefois, pour limiter cette dégradation des données, les caméras ne fonctionnent pas seulement dans le visible : les images sont également acquises dans le proche infrarouge, pour éliminer les aérosols des informations recueillies.

Le satellite Sentinelle-3 est développé par l’Esa et réalisé par Thales Alenia Space. Son lancement est prévu en 2013, et il aura pour mission d’observer les océans ainsi que la végétation sur les terres émergées. © J. Huart, Esa

Face au très grand intérêt que suscite cette discipline, les scientifiques comptent beaucoup sur l'océanographie opérationnelle qu'Eumetsat veut développer et mettre en place en Europe. Actuellement, l'Organisation européenne pour l'exploitation des satellites météorologiques produit et fournit des données d'observation de la couleur de l'eau acquises par ses satellites Metop, Meteosat et Jason. À terme, l'ambition d'Eumetsat est d'avoir un flux de données en temps réel, qui serait mis à disposition des utilisateurs une à trois heures après l'observation.

Pour cela, Eumetsat s'appuiera sur Sentinelle-3, un satellite qui sera dédié à l'observation de la surface des océans et des terres émergées. Il sera doté d'instruments optiques à moyenne résolution fonctionnant dans le visible (couleur), le proche infrarouge et l'infrarouge lointain (température). Il disposera aussi d'instruments radar opérationnels par tout temps, permettant notamment de déterminer les profondeurs et altitudes des océans et des principaux lacs.