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Echec d'un lancement de satellite par la Corée du Nord

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Talonnée par la Corée du Sud, la Corée du Nord vient d'échouer dans sa tentative de devenir la onzième puissance spatiale et recueille un concert de protestations.

Taepo Dong-2 avant son érection sur la rampe de lancement. Photo Digital Globe

On ne s’improvise pas lanceur de satellites, nous l'avions déjà écrit en d'autres circonstances... De plus, en cette matière, la précipitation est la pire ennemie de la fiabilité, quelles que soient les circonstances ou les motivations. C'est peut-être pour cette raison que la Corée du Nord vient d'échouer dans sa troisième tentative de satellisation.

Car il y avait eu des précédents. La première fois le 31 août 1998, lorsqu'une fusée Taepo Dong-1 (également connue sous le nom de Paektusan-1) avait été mise à feu depuis la base de Musudan-Ri, dans la province de Hamgyong Pukdo (comté de Hwadae), dans le nord-est du pays. Ce lanceur est basé sur un premier étage de type Nodong dérivé d'un Scud construit en série à Votkinsk (république russe d'Oudmourtie, à l'ouest de l'Oural) et exporté dans le monde entier. Utilisé comme missile à portée intermédiaire, il est capable d'emporter une charge d'une tonne à 2.000 kilomètres. Mais en 1998, après avoir survolé le Japon, la fusée n'était pas parvenue à placer son satellite Kwangmyongsong-1 en orbite.

D'emblée, un nouveau lanceur

Après un moratoire sur les essais de missiles décidé face aux très nombreuses protestations du Japon, la Corée du Nord s'était décidée à préparer un Taepo Dong-2 à partir de 2005. Celui-ci comporte deux étages, le premier, de 60 tonnes pour 18 mètres de long et 2,20 mètres de diamètre, étant surmonté d'un Nodong de 25,6 tonnes pour 12 mètres de long et 1,30 mètre de diamètre. Celui-ci est lancé pour la première fois le 4 juillet 2006, mais échouait à nouveau dans une tentative de satellisation en n'atteignant qu'une altitude de 40 km.

Les préparatifs du troisième lancement ont débuté en février 2009 sur une nouvelle base signalée par les satellites de renseignement américains à Pongdong-ni, à proximité de la frontière chinoise. Les Coréens ont aussitôt annoncé la tentative, avertissant navires et aéronefs susceptibles de se trouver dans la zone, sans toutefois préciser de date. Le gouvernement japonais, irrité par ce nouveau passage considéré comme hostile au-dessus du territoire, a aussitôt réagi en menaçant d'abattre la fusée au moyen d'un missile antimissile. Effectivement, quatre unités de Patriot basées dans les préfectures nipponnes d'Akita et d'Iwate, ainsi qu'autour de Tokyo ont reçu l'ordre de se préparer à une riposte et deux destroyers Aegis ont été déployés en Mer du Japon.

L'échec

Ces précautions furent inutiles, si l'on ose dire... Dimanche 5 avril 2009 vers 2 h 30 TU, une fusée Taepo Dong-2 décollait de Pongdong-Ni, probablement augmentée d'un troisième étage de fabrication chinoise. Immédiatement repérée par les radars japonais, sa trace était pourtant perdue alors qu'elle passait à 2100 kilomètres à l'est de la capitale. Pourtant, peu de temps après, les autorités nord-coréennes annonçaient que la fusée (baptisée Unha-2) avait réussi à placer en orbite un satellite Kwangmyongsong-2 destiné à... diffuser des chants révolutionnaires.

Las, ce satellite fantôme ne put jamais être repéré par les réseaux de poursuite et il apparut bientôt que si le premier étage avait bien accompli sa fonction avant de retomber en mer du Japon et le deuxième de s'abîmer dans l'océan Pacifique, aucun satellite n'avait été mis en orbite. A noter que dès sa première orbite, sa trajectoire l'aurait amené à survoler la frontière franco-belge.

Le Japon a aussitôt provoqué une réunion d'urgence du Conseil de sécurité des Nations-Unies, qui se tiendra ce lundi 6 avril à 19 heures TU, tandis qu'à Prague, le Président américain Barack Obama déclarait qu'un message fort devait être adressé aux Nord-Coréens en raison du tir de ce missile, qui viole la résolution 1718 interdisant ce type d'essais et justifie une fois de plus (dixit Washington) le développement des systèmes de missiles antimissiles. La Chine, qui (selon toutes réserves) aurait fourni le troisième étage de la fusée, s'est contentée d'un appel au calme.

L’utilité d’un lanceur de satellites

Les observateurs sont d'accord sur au moins un point : la mise au point d'un lanceur de satellites est la meilleure manière de développer un missile intercontinental à longue portée. La remarque vaut pour la Corée du Nord mais aussi pour l'Iran, qui après un premier échec, a placé son premier satellite en orbite le 2 février dernier. Ces deux pays affirment aussi préparer leur bombe atomique, et la Corée du Nord affirme avoir déjà effectué un essai le 9 octobre 2006. En version ICBM, le Taepo Dong-2 possède la capacité d'envoyer une charge à une distance de 6000 à 8000 km. L'Iran envisage d'importer ce missile dès que les essais en seront terminés, où il serait utilisé sous l'appellation Shahab-5.

La Corée du Sud, quant à elle, tentera en juin prochain de lancer le microsatellite Stsat-2 au moyen de son propre lanceur KSLV-1 de 127 tonnes depuis le Naro Space Center.