Les traces de pas d'australopithèques permettent d'estimer la taille et l'efficacité de la bipédie. Ils éclairent aussi, indirectement, sur la structure sociale. © Dawid A Iurino

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Les pas du plus grand australopithèque connu découverts

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Des traces de pas d'australopithèques, de la même espèce que Lucy, montrent qu'un individu atteignait 1,65 m. Une taille de géant pour ces homininés, en comparaison des estimations actuelles. Autour de lui, des pas plus modestes seraient ceux de femelles, ce qui indiquerait pour la première fois un dimorphisme sexuel important. De quoi supposer une organisation sociale proche de celle des nombreux primates actuels, comme les gorilles.

Dans le nord de la Tanzanie, des anthropologues italiens et tanzaniens ont découvert plusieurs séries de traces de pas fossilisés et datées de 3,66 millions d'années. Ils appartiennent à des australopithèques, et plus précisément à Australopithecus afarensis, la même espèce d'homininés que la célébrissime Lucy, que l'on ne présente plus. Deux individus ont marché là, sobrement baptisés S1 et S2, parce que l'observation a été faite sur le « site S », près de Lateoli.

En 1978, tout près de là, à seulement 150 m, des traces semblables avaient déjà été trouvées par Mary Leakey sur le « site G » et attribuées à la même espèce. Cette découverte importante avait permis de comprendre que ces bipèdes, qui se déplaçaient aussi sur les branches des arbres, savaient marcher et courir sur deux jambes.

Quelques traces de pas de l'individu S1. Un australopithèque de grande taille, probablement mâle, a marché un jour, ici, sur un sol boueux, il y a 3,66 millions d'années. © Fidelis Masao et al., eLife

La taille des australopithèques était variable

Les pas, dont la découverte vient d'être relatée dans eLife, présentent une différence... de taille. S1 était grand. Nettement plus grand que les australopithèques étudiés jusqu'ici et qui donnaient à l'espèce une hauteur moyenne d'environ 1,35 m.

Avec la taille de ses pieds et la longueur de ses enjambées de 55 à 66 cm, les auteurs de l'étude estiment sa taille à 1,65 m. S2 semble avoir été 20 cm plus petit, avec une hauteur de 1,45 m. Lucy, elle, ne mesurait pas plus de 1,20 m. Voilà qui montre une variété de tailles bien plus grande que soupçonnée chez cette espèce d'homininés.

Mesures quantitatives sur les traces de S1. Ses enjambées étaient bien plus grandes que celles retrouvées ailleurs. © Fidelis Masao et al., eLife

Une organisation sociale peut-être semblable à celle des gorilles

Pour les auteurs, la meilleure hypothèse est celle d'un dimorphisme sexuel prononcé, ressemblant à celui des gorilles actuels. S1 était un mâle et S2 une femelle. Le détail peut sembler accessoire mais pour les paléoanthropologues, l'hypothèse incite à revisiter toutes les études concernant des australopithèques en groupes. Avec cette distinction entre mâles et femelles, il devrait être possible de mieux comprendre l'organisation sociale de ces primates.

Les auteurs ont repris les observations de Mary Leakey sur les traces de trois individus du site G. À cette aune, S1 était un mâle, S2 et G2 des femelles tandis que G1 et G3 étaient des « petites femelles ou des jeunes ». Voilà de quoi émettre l'hypothèse que cette espèce d'australopithèque était adepte de la polygynie, c'est-à-dire qu'un mâle se reproduisait avec plusieurs femelles, comme chez les espèces de primates actuelles où le dimorphisme sexuel est prononcé, ce qui est le cas notamment des gorilles. Très rares, ce genre de traces de pas ou d'activités communes éclairent un peu sur l'histoire des hominidés.

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