Un photomontage montrant, sur la vidéo, l'image de la météorite au moment du passage près du parachutiste. La vitesse serait d'environ 300 km/h et sa masse d'à peu près 5 kg. © NRK

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En vidéo : une météorite frôle un parachutiste

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En visionnant la vidéo d'un saut, un parachutiste norvégien a repéré le passage d'un corps sombre à très faible distance. Vérifications faites, c'était une pierre, autrement dit une météorite durant sa phase de « vol sombre ». Ces images seraient une première...

La vidéo, diffusée par la chaîne de télévision norvégienne NRK et publiée sur YouTube, a beaucoup de succès et il semble justifié. Anders Helstrup, parachutiste amateur, et une journaliste de la chaîne y présentent les images d'une pierre frôlant cet homme en plein vol.

L'événement a eu lieu en juin 2012, et il a fallu du temps pour le reportage et sa diffusion. Anders Helstrup participait à un saut collectif en « wingsuit », combinaison permettant un vol plané et un contrôle de la direction pendant la chute libre. Tout s'est bien passé pour lui et il ne s'est en fait rendu compte de rien. C'est au visionnage de la vidéo enregistrée par la caméra qu'il portait sur son casque qu'est apparu fugitivement un objet sombre.

Le reportage de NRK. Les commentaires sont en norvégien et sous-titrés en anglais. Les images montrent le parachutiste présenter sa « wingsuit » puis les premières minutes du vol, en chute libre. C’est après l’ouverture du parachute que la pierre l’a frôlé. L’enquête se poursuit auprès d’un géologue qui, au vu des images, estime la masse de la pierre (5 kg), sa vitesse (300 km/h, celle d’un corps de cette taille tombant dans l’atmosphère) et la distance (peut-être 2 m). Selon lui, l’objet est venu de la ceinture d’astéroïdes entre Mars et Jupiter. Les recherches entreprises pour retrouver la pierre n’ont rien donné… © NRK, YouTube

Météorite filmée durant son vol sombre

Pouvait-il s'agir d'une pierre ? Anders Helstrup le croit, car à ce moment, il n'avait rien au-dessus de lui, ses compagnons étant à plus faible altitude et l'avion largueur déjà en train d'atterrir. L'enquête s'est poursuivie en compagnie d'un géologue, Hans Erik Foss Amundsen, de l'université d'Oslo, et de Morten Bilet, spécialiste de météorites. Pour eux, aucun doute : l'objet est bien une météorite. La probabilité de filmer une pareille scène est voisine de zéro, mais tout de même non nulle. Un météroïde, c'est-à-dire un corps tombant dans l'atmosphère terrestre, se consume et devient alors visible. Des bolides — corps laissant une trace dans l'atmosphère — ont été filmés à de nombreuses reprises. Le plus récent est celui de Tcheliabinsk, tombé en Oural le 15 février 2013. La combustion peut cesser avant le contact avec le sol, et il reste alors un ou plusieurs fragments poursuivant leur course bien plus discrètement. C'est la « phase sombre », et l'objet est alors déjà une météorite, c'est-à-dire une pierre tombant du ciel.

D'après Hans Erik Foss Amundsen, l'objet serait une brèche (« breccia » dans le commentaire en anglais du film). Il s'appuie sur l'observation de l'image grossie et très pixellisée qui montre une ou plusieurs traces sombres. Il observe aussi des formes anguleuses. Une brèche est une roche dans laquelle des fragments de petite taille sont inclus dans un ciment. Elle se forme par fusion et refroidissement et peut avoir différentes origines. Venant de l'espace, les brèches ne peuvent qu'avoir été formées dans un corps différencié, donc pas une comète ou un petit astéroïde, dont certains ressemblent plutôt à un tas de graviers agglomérés. Suffisamment massif, le corps a connu un jour une température élevée qui a fusionné la roche et structuré l'ensemble en plusieurs couches. Certains grands astéroïdes de la ceinture entre Mars et Jupiter sont ainsi. C'est l'origine que conjecture le géologue norvégien.

En soi, la chute d'un tel objet n'a rien de surprenant. Mais la proximité avec une caméra l'est bien davantage. La multiplication des humains et même, plus récemment, d'Homo sapiens filmeurs, équipés d'un enregistreur sur la tête, voire de Google Glass, rend la rencontre plus facile. Attendons-nous à avoir d'autres surprises dans d'autres domaines...