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Saut en parachute depuis la stratosphère : Red Bull entre en lice

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Un parachutiste autrichien, Felix Baumgartner, spécialiste du base jump, va tenter le saut le plus haut du monde en gagnant la stratosphère. Le Français Michel Fournier, après son échec de 2008, tentera à nouveau cette année de s'élancer de 40 kilomètres d'altitude. Le vainqueur de la compétition sera aussi le premier homme à franchir le mur du son en chute libre...

Au sol (à gauche), le ballon stratosphérique culminera à 145 mètres. A 36.500 mètres (à droite de la tour Eiffel), la faible pression extérieure l'aura distendu jusqu'à 80 mètres de diamètre. A droite, une montgolfière classique. © Red Bull Stratos

Deux records tiennent toujours depuis 1960. Cette année-là (le 23 janvier), Jacques Piccard et Don Walsh descendent au plus profond de la planète, à 10.916 mètres dans la fosse des Mariannes, à bord du bathyscaphe Trieste. Le 16 août, Joe Kittinger, un pilote de l'US Air Force, s'élance d'un ballon stratosphérique à 31.333 mètres.

Aujourd'hui, personne n'a fait mieux, ni même aussi bien, ni plus bas dans l'océan (ou sous terre) ni plus haut dans l'atmosphère. Le premier record tiendra sans doute très longtemps encore mais le second pourrait être battu cette année, et même deux fois.

Un célèbre parachutiste autrichien, Felix Baumgartner, s'entraîne depuis plusieurs années avec l'aide financière de Red Bull, marque de boisson à la mode, et avec les conseils de Joe Kittinger lui-même. L'homme est un spécialiste des enjeux risqués et un adepte du base jump, c'est-à-dire du saut en parachute depuis des endroits originaux, ponts, monuments, hautes falaises... Celles et ceux qui ignorent encore cette discipline peuvent s'offrir trois minutes d'adrénaline avec une vidéo en ligne sur un site qui regroupe de nombreuses séquences aéronautiques. Cliquer sur Base Jumpers!.

Felix Baumgartner sera protégé par une tenue pressurisée, qu'il a fallu mettre au point, comme d'autres systèmes cruciaux pour cette mission hors normes. A voir sur le site du projet. © Red Bull Stratos

A son tableau de chasse, Felix Baumgartner a accroché en 1999 les tours jumelles Petronas, à Kuala Lumpur, en Malaisie, culminant à près de 400 mètres (on a fait mieux depuis puisqu'en mai 2008, Robin Schmidt et Jan Bednarz, respectivement britannique et français, se sont élancés de la tour Burj Dubaï, alors en travaux, à 650 mètres du sol). En 2004, l'Autrichien a quitté verticalement le viaduc de Millau. En 2003, c'est sous une aile rigide qu'il a traversé la Manche en vol libre.

Cette année, affirme-t-il sur son blog, sans donner de date précise, le projet Red Bull Stratos arrivera à son terme. Un ballon stratosphérique de très grande taille l'amènera à 140.000 pieds, soit 36.576 mètres si l'on convertit exactement. Avant de sauter, il aura déjà battu le record de l'homme le plus haut du monde (astronautes exceptés bien sûr). En combinaison pressurisée, il s'élancera dans le vide. Il aura alors déjà battu un deuxième record, celui du saut le plus haut. En quelques minutes, il en battra deux autres, celui de la chute libre la plus longue (5 minutes et 35 secondes selon lui) et la plus rapide.


Le saut de Joe Kittinger, « l'homme qui a vu le monde comme aucun autre ne l'avait vu avant lui », avec des images d'époque et le projet Red Bull Stratos. Felix Baumgartner rencontre Joe Kittinger et raconte (en anglais) son idée. « J'ai toujours aimé être en haut » explique-t-il, pour conclure : « Quand vous avez mis les pieds hors de la capsule, vous êtes parti. Si quelque chose va mal, il n'y a rien que vous puissiez faire ». © Red Bull Stratos

Homme supersonique

Felix Baumgartner devrait en effet franchir le mur du son. Dans l'air raréfié de la stratosphère, la résistance aérodynamique est beaucoup plus faible que dans les basses couches et, de plus, la vitesse du son est un peu moins élevée. Le parachutiste devrait atteindre environ 1.100 kilomètres à l'heure avant d'être ralenti progressivement par l'air de plus en plus dense. Joe Kittinger a toujours affirmé avoir lui-même atteint la vitesse du son mais les instruments n'ont pas pu le confirmer.

Le projet n'a pas grand-chose à voir avec les exploits sportifs et spectaculaires des base jumpers. Il faut mettre au point le ballon, la capsule pressurisée, la combinaison et résoudre des milliers de problèmes techniques. Un Français s'y emploie depuis 1992. Michel Fournier, un ancien parachutiste militaire, s'est spécialisé dans les sauts en haute altitude et détient le record de France (12.000 mètres). Son projet baptisé Le Grand Saut est prêt depuis 2000 et consiste à sauter d'encore plus haut, à 40.000 mètres.

Faute d'autorisation dans le ciel français, Michel Fournier a effectué ses essais au Canada (au Saskatchewan) où il a réalisé trois tentatives en 2002, 2003 et 2008. Le dernier essai a été avorté au décollage quand un système de sécurité déclenché intempestivement a coupé le câble reliant la capsule au ballon. Michel Fournier veut bien sûr recommencer mais un tel vol coûte très cher et il rassemble aujourd'hui les fonds pour une quatrième tentative cette année.

Il y a donc désormais compétition dans la stratosphère pour réaliser un exploit qui sera bien plus qu'un défi sportif. Les technologies à mettre au point sont nombreuses. A 36.000 mètres d'altitude, la température est d'au plus -70°C et la pression près de 700 fois moindre qu'au sol. Pour l'organisme humain, cet aller et retour pose les mêmes problèmes de formation de bulles dans les tissus que connaissent les plongeurs sous-marins. Les conditions sont très proches d'une sortie extravéhiculaire (ou EVA) d'un astronaute. Ces projets intéressent d'ailleurs le milieu astronautique, comme les sociétés qui veulent expédier des passagers fortunés en vol suborbital ou le spationaute Jean-François Clervoy, parrain du Grand Saut de Michel Fournier, qui aimerait « revenir de l'espace à pieds ».