Le lanceur Bloostar et ses trois étages totalisant neuf moteurs identiques. © Zero2infinity

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Bloostar, le ballon pour lancer des petits satellites, a réussi son premier vol

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Par Rémy Decourt, Futura

Bloostar, de la société espagnole Zero2infinity, a réussi son premier vol d'essai. Conçu pour lancer des petits satellites en orbite basse, cet engin original réinvente l'accès à l'espace, en gagnant la stratosphère sous un ballon.

Zero2infinity qui veut, comme d'autres sociétés du secteur privé, démocratiser l'accès à l'espace pour les petits satellites, a testé avec succès un prototype de son lanceur Bloostar. Il a réalisé ce premier vol d'essai le premier mars mais la société espagnole n'a rendu la nouvelle publique que ce lundi.

Pour ce vol d'essai, Bloostar a été amené à plus de 25 kilomètres d'altitude au-dessus de l'Atlantique par un ballon, au large de la côte espagnole. Largué, il a allumé son moteur et s'est éloigné, atteignant une vitesse d'environ 62 m/s d'après la vidéo que l'entreprise a diffusée. Le but de ce vol n'était pas de mettre en orbite une charge utile factice mais de vérifier la maturité de certains choix technologiques. Tous les objectifs de démonstration ont été atteints :

  • validation des systèmes de télémétrie dans un environnement spatial ;
  • allumage du moteur par commande ;
  • stabilisation du Bloostar ;
  • déploiement du parachute ;
  • récupération en mer du lanceur.

Après avoir été amené à 26 kilomètres d'altitude, le petit lanceur Bloostar allume un de ses moteurs et s'élance en direction de l'espace. © Zero2infinity

Un ballon stratosphérique en guise de premier étage

Ce petit lanceur à trois étages, totalisant 9 moteurs identiques, a la particularité inédite de s'élancer dans l'espace depuis un ballon à environ trente kilomètres d'altitude. C'est la technique de lancement la moins risquée car plus on s'éloigne de la surface de la Terre moins l'atmosphère est dense et moins la résistance de l'air est forte. Cela dit, les 75 kg de performance de Bloostar sont sans commune mesure avec une Ariane 5 et ses 21 tonnes en orbite basse ou plus de 10 tonnes en orbite de transfert géostationnaire.

Cette méthode par ballon permet de lancer des satellites avec une grande flexibilité. Un préavis de seulement deux semaines suffit à préparer l'engin, et pour un coût très inférieur aux prix pratiqués sur ce marché du lancement de petits satellites. Preuve de l'intérêt du Bloostar, Zero2infinity annonce avoir recueilli plus de 250 millions d'euros en lettres d'intention pour de futurs lancements. Le plus dur est à faire. Convertir ses lettres en contrats fermes...

Pour en savoir plus

Zero2infinity propose l'accès à l'espace depuis un ballon

Article de Rémy Decourt publié le 23 octobre 2014

Avec la miniaturisation des technologies spatiales, le nombre de satellites à lancer ces prochaines années va croître fortement. Dans ce marché en pleine effervescence, Zero2infinity, connu pour son projet de balades stratosphériques, développe Bloostar, un lanceur dont le départ ne se ferait pas du sol mais depuis un ballon à une trentaine de kilomètres d'altitude.

Depuis 2009, Zero2infinity exploite des ballons de haute altitude et fait voler des charges techniques, scientifiques et commerciales à plus de 30 km au-dessus du sol. Cette société espagnole développe aussi une structure gonflable pressurisée faisant office de nacelle pour envoyer des humains se promener dans la stratosphère en ballon, à quelque 36 km d'altitude. Un premier vol d'essai est prévu en 2015 et une mise en service possible dès 2017.

À ce projet s'ajoute celui, tout aussi ambitieux, d'un système de lancement de petits satellites à partir d'un ballon. L'idée est de l'utiliser pour amener le lanceur jusqu'à une trentaine de kilomètres d'altitude d'où il s'en séparera pour rejoindre l'espace. Démarrant son voyage au-dessus de 99 % de la masse de l'atmosphère, l'engin subira une traînée plus faible et consommera donc moins de propergol pour la satellisation.

Mission type du lanceur Bloostar depuis la stratosphère. © Zero2infinity

Le lancement stratosphérique convient aux petits satellites

Ce système sera composé de trois étages et neuf moteurs identiques, fonctionnant avec un mélange de méthane et d'oxygène, capables d'emporter des petits satellites jusqu'à 75 kg sur des orbites polaires à 600 km d'altitude. Sous certaines conditions, c'est-à-dire des orbites plus basses ou différentes, des charges utiles plus lourdes sont possibles. Quant au choix d'un nombre élevé de moteurs, il participe à la fiabilité du lanceur. En effet, si l'un d'entre eux devait tomber en panne, la mission s'accomplirait malgré tout. À cela s'ajoute qu'ils sont tous identiques, ce qui contribue à réduire les coûts et les délais de développement.

Pour justifier l'investissement sur ce créneau très convoité du marché du lancement de satellites, Zero2infinity part du postulat que cet accès à l'espace pour de petites charges utiles est très mal desservi. De nombreux projets de petits satellites n'ont pas de lanceur dédié et d'autres sont handicapés par le coût élevé de l'accès à l'espace et la rareté des opportunités de lancement. Aujourd'hui, ces satellites sont souvent lancés comme « piggy back » à l'occasion de tirs plus importants ou par grappes à bord de missiles russes reconvertis. D'où le besoin d'offrir à ces petites charges utiles la possibilité de choisir leurs propres orbites et dates de lancement.

Cela étant, la concurrence sera vive. Certes, ce marché est en plein essor et encore mal desservi mais un peu partout dans le monde des projets privés, s'appuyant également sur des systèmes aéroportés, sont annoncés. On citera par exemple Virgin Galactic et son LauncherOne ou encore le véhicule suborbital Soar, doté d'un étage supérieur de Swiss Space Systems.

Les tests préliminaires du système ont d'ores et déjà débuté. En septembre 2013, un prototype de réservoir gonflable a volé à une altitude de 27 km et une version d'essai d'un moteur a été testée avec succès en septembre 2014. Ce fut le premier allumage d'un moteur-fusée liquide privé, développé et financé en Espagne.

À ce jour, Zero2infinity annonce que seules des lettres d'intention (pré-ventes) pour un total de 200 millions d'euros ont été signées. Ce système de lancement pourrait être opérationnel dès 2017 et serait rentable avec un objectif de cinq tirs par an.

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