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Maladies mentales : comprendre la souffrance psychique

Dossier - Les mystères du cerveau
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Conscience, intelligence, usage du langage, mémoire, émotions, les facultés donnant à l'Homme sa spécificité, unique dans la biosphère, dépendent d'un singulier système, le cerveau sans aucun doute le plus complexe produit par l'évolution du vivant.

  
DossiersLes mystères du cerveau
 

Responsabilité des gènes ou du milieu de vie ? Traitement par la voie psychothérapique ou médicamenteuse ? L'approche scientifique des causes des maladies mentales reste marquée du sceau de l'incertitude. Des recherches européennes multidisciplinaires s'efforcent de dresser un état des lieux des facteurs qui sont à leur source.

Dépression, schizophrénie... quelles sont les causes des maladies mentales ? © alles-schlumpf, Flickr CC by nc-sa 2.0

Maladie mentale : que se passe-t-il dans le cerveau ?

Que se passe-t-il dans le cerveau d'un patient atteint d'une maladie psychiatrique ? Il n'y a, aujourd'hui, que bien peu de réponses à cette question. On ne sait pas précisément quelle région du cerveau d'un patient dépressif, paranoïaque ou schizophrène, peut être affectée, ni de quelle manière, ni pour quelle raison. Les scientifiques ne baissent cependant pas les bras devant la complexité des maladies de la psyché. En travaillant actuellement sur des populations importantes, vivant dans des conditions très différentes, les psychiatres, les épidémiologistes et les biologistes s'efforcent de dresser un état des lieux des observations réalisées sur certains facteurs significatifs, susceptibles de déterminer divers troubles de l'esprit et de la personnalité.

État des lieux de la santé mentale 

L'étude coordonnée par le professeur Jordi Alonso (Institut Municipal d'Investigacio Medica, Barcelone) entend ainsi dresser le premier panorama de la santé mentale à l'échelle de plusieurs pays. « Nous voulons, explique-t-il, rassembler des données permettant d'estimer la prévalence et les facteurs de risque des troubles mentaux, évaluer les handicaps qui en résultent et enfin connaître mieux les approches thérapeutiques pratiquées en Europe face aux troubles mentaux. » Vingt-quatre mille personnes vont être sélectionnées, au hasard, en Allemagne, Espagne, Italie et aux Pays-Bas. Des entretiens standardisés serviront à une évaluation systématisée de la fréquence des problèmes mentaux et des réponses qui y sont apportées. Grâce à cet état des lieux de la santé mentale en Europe, les chercheurs comptent « mieux cerner les besoins des patients et fournir des pistes pour la réforme de l'organisation des soins en psychiatrie ».

La dépression, entre nature et culture

Deux autres études financées par l'Union, depuis 1996, ont appliqué une même démarche aux troubles de l'humeur. Les symptômes caractérisant cette appellation peuvent prendre une forme tantôt monopolaire - celle désignée par le terme générique de dépression - tantôt bipolaire, avec une alternance de phases dépressives et de phase d'excitation euphorique. Un réseau coordonné par Julien Mendlewicz (Hôpital Erasme, Bruxelles) s'est fixé comme objectif de traquer les gènes de susceptibilité à ces maladies. L'ADN de 3081 patients, vivant dans cinq pays de l'Union ainsi qu'en Bulgarie et en Israël, a été collecté et les chercheurs s'efforcent de cerner des configurations de polymorphisme génétique grâce à l'identification de quelques gènes candidats dont on soupçonne l'implication dans ces troubles de l'humeur.

Cependant, même au sein d'une population donnée, la dépression frappe différemment selon le milieu de vie et l'environnement affectif. L'étude Odin (Outcome of Depression in Europe), coordonnée par Christopher Dowrick (Université de Liverpool), s'est attachée à préciser ce phénomène. En analysant les dossiers de 16.500 dépressifs, à travers cinq pays, les chercheurs se sont rendu compte que la prévalence de la dépression est remarquablement stable en milieu rural, entre 7 % et 9 %, alors que sa prévalence en milieu urbain peut varier fortement selon les pays, allant par exemple de 3 % à Santander en Espagne à 18 % à Liverpool. Comment interpréter ces résultats ? Pour les chercheurs d'Odin, ils montrent l'importance de l'existence d'interactions sociales denses dans la prévention de la dépression. Une hypothèse qu'ils ont confirmée en analysant, dans la même étude, l'efficacité des protocoles d'interventions psychologiques mises en œuvre dans la prise en charge des patients dépressifs.