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Mnémosyne et l'origine du mot « mémoire »

Dossier - La mémoire humaine au fil de l'histoire
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La connaissance de la mémoire humaine s’est forgée depuis l’Antiquité, des origines mythiques aux zones du cerveau et aux neurones aujourd’hui. Revivez la découverte des différentes formes de mémoire et leur représentation au fil des siècles et des disciplines.

  
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Quelle est l'origine du mot « mémoire » ? Avec le poète Hésiode (VIIIe siècle avant J.-C.), la mémoire est déifiée. Mnémosyne, fille d'Uranus, avait un tel charme que Zeus, maître de l'Olympe, s'unit à elle durant neuf nuits : Zeus « aima encore Mnémosyne aux beaux cheveux, et c'est d'elle que lui naquirent les neuf Muses au bandeau d'or ».

Quelle est l'origine du mot « mémoire » ? Ici, sarcophage des Muses représentant les neuf Muses et leurs attributs. Sarcophage en marbre datant de la première moitié du IIesiècle après J.-C. et découvert sur la Via Ostiense (de gauche à droite : Calliope, Thalia, Terpsichore, Euterpe, Polymnie, Clio, Érato, Uranie et Melpomène). © Jastrow, DP

Mnémosyne restait près de Zeus et lui contait les victoires des Dieux contre les Titans ; elle avait une telle mémoire qu'elle avait la capacité de se souvenir des poèmes et des chansons que lui demandait Zeus, ainsi personnifiait-elle la mémoire. Le culte de Mnémosyne était, dit-on, répandu dans la région d'Olympie et consistait en une sorte de cure avec différentes eaux, des eaux pour la mémoire et des eaux pour l'oubli (Léthé). 

Mnémosyne d'après Dante Gabriel Rossetti, 1875-1881, Delaware Art Museum. Le mot « mémoire » vient de la déesse Mnémosyne. Mystérieuse, elle n’a laissé aucune représentation dans l’Antiquité. Il a fallu le talent de Rossetti pour l’imaginer. © DP

Mythologie : Zeus, Mnémosyne et les neuf Muses

De l'union entre Zeus et Mnémosyne naquirent les neuf Muses. Chacune des Muses présidait à un domaine de la connaissance, la littérature tout d'abord avec Érato pour la poésie légère et Calliope pour la poésie épique, autrement dit le roman d'aventures comme l'Iliade et l'Odyssée. Le théâtre avait une grande importance chez les Grecs, et Melpomène était la Muse de la tragédie, tandis que sa sœur Thalie présidait à la comédie. Les arts musicaux n'étaient pas en reste, avec Euterpe pour la musique, Polymnie pour le chant et, plus connue, Terpsichore était la déesse de la danse. Enfin, la célèbre Clio pour l'histoire et Uranie pour les sciences.

Cette jolie légende nous indique que pour les Grecs, et il en sera ainsi jusqu'à la Renaissance, la mémoire n'a pas le sens d'une mémoire « par cœur », bête ou automatique, mais elle est synonyme de connaissance, sens qui renaît dans les théories modernes de la psychologie cognitive (cognitio, « connaissance »). C'est du nom « Mnémosyne » que sont dérivés les mots relatifs à la mémoire. Le mot « mémoire » lui-même, avec la simplification du « mn » en « m », « mémoriser », « mémorable »... Les qualificatifs scientifiques gardent même la racine grecque d'origine, avec les « mnésique », « mnéstique », et la célèbre mais tragique « amnésie », qui signifie la perte de la mémoire, et « amnésiant » ; à l'inverse, pour aider la mémoire, on a recours aux procédés ou moyens mnémotechniques, et l'art de la mémoire prit pour nom « mnémotechnie » au XIXe siècle, leurs adeptes étant des mnémonistes...