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Dossier - Maladie du sommeil : terrible fléau pour l'Afrique
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La Maladie du sommeil ou trypanosomose humaine africaine a été et reste un terrible fléau pour l'Afrique. Associée à la ‘nagana', ou trypanosomose animale africaine, ces deux maladies transmises par les glossines ou mouches tsé tsé ont empêché un développement normal de ce continent.

  
DossiersMaladie du sommeil : terrible fléau pour l'Afrique
 

Les hommes et la plupart des animaux domestiques sont sensibles aux trypanosomes qui entraînent chez eux des infections graves, voire mortelles. Certains animaux domestiques comme le porc, le mouton et des animaux sauvages comme le guib harnaché ou le cob de Buffon (Photo 4) semblent naturellement résistants et constituent des réservoirs de trypanosomes, contribuant ainsi à leur propagation.

Photo : 4 - Cob de Buffon dans le Parc National de la Comoé, Côte d'Ivoire, en parfaite santé au milieu de nombreuses glossines. © Gérard Duvallet

1 - La maladie du sommeil chez l'homme

La maladie du sommeil se présente sous deux formes en fonction du trypanosome infectant :

  • la forme gambienne, due à Trypanosoma brucei gambiense en Afrique occidentale et centrale, qui est une forme chronique, pouvant durer de plusieurs mois à plusieurs années. Après l'inoculation, on distingue une phase lymphatico-sanguine, au cours de laquelle le parasite envahit l'ensemble de l'organisme par les voies sanguines et lymphatiques. Les symptômes sont alors nombreux, mais souvent atypiques, ce qui rend le diagnostic difficile.
    Photo : 12 - Inflammation d'un nœud lymphatique au niveau du cou, décelable à la palpation chez un malade. © Gérard Duvallet.

    Fièvre, maux de tête, fatigue, inflammation des nœuds lymphatiques (Photo : 12) sont les signes principaux. En l'absence de traitement, les parasites envahissent le système nerveux central en franchissant la barrière méningée. Cette seconde phase de la maladie, ou phase nerveuse, ou encore phase méningo-encéphalique, aboutit à des troubles du sommeil et au coma (Voir photo ci-dessous) évoluant vers la mort.

    Photo : 3 - Malade en phase terminale de la maladie du sommeil (coma évoluant vers la mort) © Gérard Duvallet.

    Ce cycle de transmission peut être schématisé comme sur le schéma suivant :

    Cycle de transmission schématique de T. b. gambiense par les glossines à l'homme. © Gérard Duvallet

    Cette évolution lente de la maladie, non invalidante au début, fait que les personnes infectées continuent de vaquer à leurs occupations, en particulier autour des points d'eau, gîtes favoris des glossines. Les vecteurs s'infectent ainsi très facilement.

  • la forme rhodésienne, due à Trypanosoma brucei rhodesiense en Afrique orientale et australe, est une forme aiguë. Son évolution est plus rapide, de quelques semaines à quelques mois, et l'issue est toujours mortelle en l'absence de traitement. Dans ce cas, on sait que les animaux sauvages, et parfois le bétail, jouent un rôle très important de réservoir de parasites. Les glossines s'infectent essentiellement à partir des animaux et peuvent transmettre le parasite à l'homme, qui est rapidement malade.

On avait l'habitude de dire aux étudiants que dans la forme gambienne les malades dorment avant de mourir, alors que dans la forme rhodésienne ils meurent avant de dormir.

2 - La ‘nagana' chez les animaux domestiques

Photo : 5 - Le bovin de couleur claire est un zébu infecté par des trypanosomes. La maigreur importante laisse voir les côtes saillantes. Samandéni, Burkina Faso. © Gérard Duvallet

Pour le bétail, la trypanosomose africaine est connue sous le nom de « nagana », qui signifie « faiblesse » en zoulou. Chez les animaux sensibles, comme les zébus, certaines races de moutons et de chèvres, les chevaux et les dromadaires, après inoculation et période d'incubation, les signes de l'infection sont les suivants : amaigrissement, souvent fortement marqué (Photo : 5) ; retard de croissance ; baisse de fécondité ; taux d'avortement élevé ; formation d'œdèmes ; perte de poils ; larmoiement ; chute de la production de lait ; aggravation des effets d'autres maladies parasitaires ; capacité de traction amoindrie...

La maladie évolue en crises successives, pouvant aboutir au décès dans les formes aigües.

Le coût économique de la maladie est considérable. On estime que la nagana réduit le nombre de têtes de bétail de 10 à 50% et la production agricole de 2 à 10%. A l'échelle du troupeau, la production de viande est réduite de 5 à 30% et la production de lait de 10 à 40%. Enfin le coût annuel des traitements du bétail s'élève à plus de 30 millions d'euros.

3 - La trypanotolérance

De nombreux animaux sauvages (antilopes, phacochères, buffles, etc.) vivent dans des zones infestées de glossines, sans paraître en souffrir.

Photo : 48 - Le bovin au premier plan est un taurin de race Baoulé, trypanotolérant, devant des zébus de plus grand format, mais trypanosensibles. Ferme de Banankélédaga, Burkina Faso. © Gérard Duvallet

De même, 5% du bétail en Afrique présente une défense naturelle contre la maladie ; c'est le cas des taurins de races Ndama, Baoulé (Photo : 48), Muturu, Lagunes, des moutons Djallonké, des chèvres naines. Ces animaux semblent contrôler la parasitémie et l'anémie qui accompagnent la maladie : on parle de trypanotolérance.

Des recherches sont en cours pour tenter de comprendre les mécanismes en jeu dans la trypanotolérance, de manière à pouvoir les exploiter pour les animaux sensibles.