Santé

Étude clinique : tester le médicament sur l’Homme

Dossier - Le cycle du médicament
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Le développement d’un médicament passe par différentes étapes, toutes essentielles. Toutes les informations permettant de comprendre ce long processus, des laboratoires de recherche à notre trousse à pharmacie, sont dans ce dossier.

  
DossiersLe cycle du médicament
 

L'étude clinique est l'étape clé dans la fabrication d'un médicament, mais aussi la plus critique. Les quatre phases progressives effectuées par les firmes pharmaceutiques sont donc très étroitement surveillées par des organismes publics.

Prescription médicale. © DarkoStojanovic, DP

L'étude clinique est le passage obligé de tous les médicaments de l'état de développement à l'état de commercialisation. Les molécules testées n'ont pour la plupart jamais été ingérées par l'Homme, ce qui en fait une étape critique. Un protocole strict est alors mis en place selon les bonnes pratiques cliniques (BPC), et son suivi est contrôlé par des organismes officiels pour assurer la protection des personnes volontaires aux essais cliniques.

L'étude clinique se déroule en quatre phases. © mutuelleprevoyancesante.fr

« La firme doit déposer une demande d'autorisation et doit justifier exactement pourquoi  elle fait l'essai et quelles sont les conditions de sécurité », explique Philippe Lechat, directeur de l'évaluation des médicaments et des produits biologiques à l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps). « L'autorisation des essais cliniques est donnée par l'Afssaps. En plus, l'autorisation des essais cliniques passe par l'avis du CPP (comités de protection des personnes ou comité d'éthique dans les autres pays) donc vous avez un double filtre. Les CPP évaluent aussi la méthodologie et la qualité de l'information de ces essais. »

Ces essais cliniques se font entre trois partenaires : 

  • le promoteur (le laboratoire pharmaceutique à l'origine de l'essai) ;
  • les investigateurs (les médecins qui proposent les essais aux patients) ;
  • les patients (malades qui répondent à des critères précis).

Phase 1

La phase 1 d’un essai clinique correspond à l'évaluation de la toxicité et de la tolérance du médicament. Généralement, cette phase a lieu sur un nombre limité de volontaires non malades, auxquels sont injectées des doses croissantes de médicaments, sous haute surveillance. Les résultats permettent de vérifier les doses tolérables du médicament chez l'Homme qui avaient été calculées à partir des résultats obtenus chez l'animal. De plus, on recherche d'éventuels effets secondaires et l'on étudie le devenir du médicament dans l'organisme (son absorption, son métabolisme, son élimination...).

Les essais cliniques sont réalisés par des médecins sur des patients volontaires. © a.drian, Flickr, CC by-nd 2.0

Phase 2

La phase 2 d’un essai clinique correspond à la vérification de l'efficacité du médicament (établissement de la preuve du concept d'efficacité du médicament dans la pathologie visée : proof of concept), à la détermination de la relation dose-effet  chez les patients. Elle est donc réalisée sur un petit groupe de patients volontaires (quelques centaines). 

Phase 3

La phase 3 d’un essai clinique est un essai à grande échelle, qui est effectué sur un large panel de patients (quelques milliers), représentatif des personnes à qui est destiné le médicament. Celui-ci doit être comparé à un médicament déjà existant, ou au cas échéant à un placébo. Ces tests sont effectués en double-aveugle, où ni le médecin ni le patient ne sait quelle molécule est donnée. Les essais de phase 3 doivent permettre d'établir le rapport bénéfices/risques du médicament étudié, ce qui implique de pouvoir établir des comparaisons avec les traitements de référence utilisés dans la pathologie visée par l'indication du nouveau médicament.

Des études complémentaires sont effectuées au cours de la phase 3 pour préciser les différentes interactions médicamenteuses, les paramètres pharmacocinétiques chez certains patients, le rapport bénéfice/risque dans certaines populations à risque.

La phase 3 aboutit à la présentation du dossier d'Autorisation de mise sur le marché (AMM). Si elle est accordée, cette AMM comportera la définition des conditions d'utilisation du médicament rassemblées dans le Résumé des caractéristiques du produit (RCP), la notice d'information aux patients et les conditions d'étiquetage des boites de médicaments.

L'AMM comporte également les conditions de surveillance post-AMM du médicament avec un plan de pharmacovigilance et un plan de gestion des risques qui rassemblent toutes les mesures à prendre pour encadrer l'utilisation du médicament et minimiser si nécessaire les risques auxquels les patients seront exposés lors de la prise du médicament, en fonction des données enregistrées lors du développement préclinique et clinique du médicament.

Enfin, parallèlement au développement des médicaments chez l'adulte, les industriels doivent déposer et suivre un plan de développement des médicaments chez l'enfant afin que les présentations galéniques et les doses puissent être correctement adaptées chez l'enfant. Il s'agit des plans d'investigations pédiatriques (PIP).

Phase 4 

La phase 4 de l'essai a lieu après l'obtention de l'autorisation de mise sur le marché du médicament. C'est une longue phase de surveillance, destinée à détecter d'éventuels effets secondaires du médicament tout au long de sa commercialisation. La surveillance et les études réalisées en post-AMM doivent se conformer aux plans de pharmacovigilance et au plan de gestion des risques (PGR) définis dans le cadre de l'AMM.