Santé

Le bromure de méthyle contamine-t-il nos fruits ?

Dossier - Aliments : une source de produits dangereux ?
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Claire Peltier, Futura

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Nos aliments contiennent-ils des molécules dangereuses pour notre santé ? Futura-Sciences décortique les effets des différentes substances qui suscitent les interrogations des scientifiques et des consommateurs.

  
DossiersAliments : une source de produits dangereux ?
 

Le bromure de méthyle est un fongicide dangereux aujourd'hui interdit. Il serait pourtant encore utilisé illégalement dans certains pays pour traiter les fruits et les légumes.

Corbeille de fruits frais. © Diapicard - Domaine public
Le bromure de méthyle (fongicide dangereux) contient un atome de carbone (gris), trois atomes d’hydrogène (blanc) et un atome de brome (rouge). © DR

Le bromure de méthyle (ou bromométhane) est un gaz incolore et inodore de formule CH3Br, qui peut être produit naturellement par des organismes marins. C'est donc un composé chimique organique halogéné (le brome est un halogène).

Ses propriétés fongicides lui ont valu d'être utilisé comme produit phytosanitaire dans la production fruitière par pulvérisation sur les cultures, mais aussi pour stériliser un grand nombre de matériaux et de sols, et d'éliminer d'autres animaux nuisibles (rats).

L'effet du bromure de méthyle sur la santé humaine

Le bromure de méthyle est très toxique par inhalation (mais peut aussi être absorbé par la peau). Les personnes les plus exposées sont donc celles qui utilisent directement le produit.

Selon sa fiche internationale de sécurité chimique qui résume les risques pour la santé humaine et l'environnement, le bromure de méthyle peut irriter les yeux, la peau et les voies respiratoires. Les symptômes commencent par des vertiges, des maux de tête, des douleurs abdominales, des vomissements, voire des hallucinations et des convulsions. L'inhalation peut causer un œdème pulmonaire et avoir des effets sur le système nerveux central, les reins et les poumons, voire entraîner la mort. Des expositions prolongées ou répétées entraînent des effets sur le système nerveux, les reins, le cœur, le foie et les poumons. 

Les études réalisées sur les animaux et l'Homme n'ont pas mené au classement du bromure de méthyle comme cancérigène, malgré l'observation d'une augmentation de tumeurs chez certains animaux exposés. Étant un agent alkylant, il est aussi possible qu'il soit génotoxique mais les doses dangereuses ne sont pas connues.

Les effets des résidus sur les produits alimentaires

Toutefois, une fois répandu sur les aliments pour les protéger contre des parasites ou des animaux, le bromure de méthyle ne reste pas sous cette forme. La majorité du bromure de méthyle se diffuse rapidement dans l'atmosphère, tandis que des résidus d'ions bromures inorganiques peuvent rester sur les produits. Selon des études réalisées, « les résidus de bromure ne posent probablement pas de problème pour la santé humaine si les produits qui les contiennent sont consommés en quantités normales » explique l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). 

La partie méthyle peut aussi entraîner des méthylations des protéines ou des acides aminés dans les produits fumigés (la l-méthyl-histidine, la S-méthyl-cystéine, et des composés O-méthylés), mais aucun d'entre eux n'aurait des effets toxiques avérés selon la FAO.

Les fraises, ainsi que des céréales et d’autres fruits et légumes, pouvaient contenir des résidus de bromure de méthyle. Ce produit, désormais interdit, ne devrait plus être retrouvé sur nos aliments. © ARS, USDA, Wikimedia, domaine public

Son effet sur l’environnement

Le bromure de méthyle était particulièrement répandu sur les céréales, les fruits (notamment les fraises) et les produits alimentaires destinés aux exportations. Dans le passé 70.000 tonnes étaient utilisées chaque année. Après fumigation sur les fruits, le gaz rejoint la haute atmosphère où il contribue à appauvrir la couche d’ozone. Sa durée de vie est assez courte (1,2 an), mais il détruit rapidement les molécules d'ozone.

Les alternatives au bromure de méthyle

Sa dangerosité aussi bien pour l'Homme que pour l'environnement l'ont conduit à être interdit (sauf dérogation) par le protocole de Montréal, un traité signé en 1987 par l'ensemble des gouvernements pour protéger la couche d'ozone. Dès 1999, l'utilisation du bromure de méthyle a été revue à la baisse. Depuis 2005, seules les mesures de quarantaine (pour éliminer des parasites de quarantaine) et avant expédition des produits (moins de 21 jours avant expédition) sont encore appliquées, seulement dans le cas où des produits de substitution ne sont pas disponibles. La France a arrêté définitivement l'utilisation de ce produit. Les dérogations qui ont été accordées pour certains pays ont expiré le 18 mars 2010.

Pour remplacer le bromure de méthyle, trop nocif pour l'environnement, des produits chimiques et non chimiques peuvent être utilisés selon les usages (chloropicrine, dazomet...).

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