Santé

Les PCB : interdits… mais toujours présents !

Dossier - Aliments : une source de produits dangereux ?
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Claire Peltier, Futura

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Nos aliments contiennent-ils des molécules dangereuses pour notre santé ? Futura-Sciences décortique les effets des différentes substances qui suscitent les interrogations des scientifiques et des consommateurs.

  
DossiersAliments : une source de produits dangereux ?
 

Les PCB sont des molécules fabriquées industriellement, polluantes et peu biodégradables. Malgré l'interdiction de leur production et de leur utilisation depuis près de vingt-cinq ans, les PCB sont encore retrouvés dans l'environnement... et dans les aliments.

Maquereaux. © Ye Choh Wah - Shuttestock
 
Les PCB sont un ensemble de molécules qui ont toutes la même structure de base : un biphényle chloré. © D.328, Wikimedia, GFDL 1.2

Utilisation des PCB

La famille des polychlorobiphényls (PCB) renferme 209 molécules différentes. Ce sont des hydrocarbures halogénés (des composés aromatiques chlorés) de haut poids moléculaire, constitués d'un biphényle comportant jusqu'à cinq atomes de chlore sur chaque phényle. Ils n'existent pas à l'état naturel et sont obtenus par des procédés industriels, par chloration du biphényle. 

Utilisés dès les années 1930 pour leurs propriétés isolantes (transformateurs électriques) ainsi que leur stabilité chimique et physique (encres, peintures), leur production et leur utilisation ont été interdites en France en 1987 lorsque leur toxicité a été avérée. Du fait de leur stabilité et leur faible capacité à se dégrader, les PCB sont classés parmi les polluants organiques persistants. Avec le temps et des rejets accidentels, ils se sont accumulés dans l'environnement, en particulier dans les sédiments marins ou d'eau douce.

Certains, les plus chlorés, réagissent comme les dioxines, et sont appelés PCB de type dioxine (dioxin-like PCB ou PCB-DL), opposés aux PCB-NDL (non dioxin-like PCB). Douze d'entre eux sont régulièrement dosés car ils sont considérés comme les plus toxiques. 

Les PCB et la santé

Ces molécules possèdent la particularité d'être semi-volatiles et hydrophobes. Elles s'accumulent ainsi facilement dans les graisses. On les retrouve dans les tissus adipeux humains, le lait maternel ou les lipides sanguins, et ne sont éliminés qu'après cinq à onze ans par les selles. 

La toxicité des PCB est majoritairement liée à leur accumulation dans l'organisme au cours du temps (c'est ce que l'on appelle la charge corporelle). Ainsi, une exposition aiguë (forte mais ponctuelle) à ces molécules au travers d'un aliment très contaminé n'aura que peu d'impact sur la santé. Toutefois, de fortes expositions aux PCB (rejets accidentels, activités professionnelles) peuvent provoquer des effets cutanés (chloracné, pigmentation des ongles et de la peau), oculaires (hypersécrétion) et des troubles hépatiques (altération transitoire de l'activité d'enzymes hépatiques). 

Pour des niveaux d'exposition plus faibles mais chroniques, les manifestations les plus préoccupantes liées aux PCB sont des effets neurocomportementaux, de tels effets ont été observés chez le jeune enfant fortement exposé aux PCB pendant la grossesse et l'allaitement. D'autres effets ont été rapportés chez l'adulte : perturbations métaboliques, effets sur la thyroïde.

Les poissons gras peuvent être contaminés par les PCB. © Pescador, Flickr, CC by-nc-sa 2.0

Des PCB dans les poissons

Les poissons gras présents dans les eaux polluées, au sommet de la chaîne alimentaire, peuvent être particulièrement contaminés. Par exemple, certaines régions comme l'estuaire de la Seine, surveillées par le RNO (Réseau national d'observation de la qualité du milieu marin) de l'Ifremer, présentent des concentrations 17 à 22 fois supérieures à la médiane nationale (qui est de 16,4 microgrammes par kilogramme de poids sec).

Contrôle des PCB dans les aliments

Ainsi, l'alimentation est à l'origine de 90 % de notre exposition aux PCB. Toutefois, des teneurs maximales en PCB sont fixées pour beaucoup d'aliments (viandes, poisson, produits laitiers, œufs, graisses, huiles). Si ces seuils sont dépassés, les aliments sont considérés comme impropres à la consommation et leur vente interdite.

Pour s'assurer du maintien des recommandations, la Direction générale de l'alimentation effectue des contrôles annuels. Sur les 1.800 analyses réalisées en 2008, seules quatre non-conformités ont été relevées et ont fait l'objet d'une enquête épidémiologique sur l'origine de la pollution. En 2009, 2.415 analyses ont été réalisées au stade de la commercialisation, et un seul prélèvement s'est avéré non-conforme.

Carte des contaminations aux PCB en France entre 2000 et 2005. Les eaux fluviales du Nord et de l'Est de la France sont particulièrement contaminées. © Agence de l'eau

Plan national d’actions PCB

Depuis 2008, les trois ministères chargés de l'Écologie, de la santé et de l'agriculture conduisent un un plan national d'actions « PCB ». Les différentes mesures ont pour but d'augmenter les contrôles, de réduire les sources de pollution, de fermer des zones de pêches dans des zones trop contaminées. De leur côté, l'ANSES et l'INVS suivent régulièrement le niveau d'exposition de la population, qui serait en constante amélioration.

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