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L’étude des Snips

Dossier - Diversité génétique et questions de races
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La lecture du génome humain a révélé l’ensemble de notre patrimoine héréditaire. On peut aujourd’hui mesurer précisément les différences génétiques entre personnes et populations. Ces différences réintroduisent-elles l’idée de « races » humaines biologiquement différentes ?

  
DossiersDiversité génétique et questions de races
 

Entre deux personnes prises au hasard, on trouve donc environ 3 millions de différences ponctuelles dans l'ADN (une lettre changée), plus environ neuf cent mille différences portant sur la duplication ou l'absence d'un segment d'ADN. Nous considèrerons essentiellement les différences ponctuelles, la découverte des autres différences est très récente et les études sont en cours.

Les différences ponctuelles sont appelées SNP (Single Nucleotide Polymorphism) ou « Snip », elles consistent en un changement d'une base en un point précis de l'ADN :


                                       Région du SNP         

A1 ...GTTACCTGGCATGGCACATTGCTTTAA... dans l'ADN de Marie

A2 ...GTTACCTGGCATAGCACATTGCTTTAA... dans l'ADN de Jacques

On dit que cette zone de l'ADN peut exister sous la forme de deux allèles, celui qui porte un G (en gras dans le schéma) et celui qui porte un A. 

Les Snips sont inégalement répartis dans l'ADN mais, en moyenne, on en trouve un toutes les mille bases (ce qui fait trois millions de Snips en tout dans les trois milliards de bases de l'ADN).

La question que nous posons peut donc être reformulée : les Snips définissent ils des groupes humains ? On peut tout d'abord se demander s'il existe des allèles spécifiques pour certaines populations, la réponse est négative : presque tous les allèles sont présents dans chaque population. Certains allèles sont-ils néanmoins plus fréquents dans certains groupes humains ? C'est le cas pour 10% environ des Snips. Au total, 80 à 90% de la variation génétique sont retrouvés à l'intérieur de chaque ensemble, 10 à 20% seulement entre les moyennes des groupes. Il y a donc plus de variabilité à l'intérieur d'une population (les Européens, par exemple) qu'entre la moyenne d'un groupe et celle d'un autre.

Malgré cette faible différence entre groupes, peut-on trouver des « assortiments » caractéristiques d'allèles ? En termes savants : la corrélation des allèles permet-elle de définir des ensembles ? Cela dépend, en fait, des Snips que l'on choisit pour faire une telle étude. En voici un exemple : l'ADN de 84 personnes (Européens, Africains, Chinois et Japonais) a été analysé pour 8500 Snips déjà répertoriés (et étudiés dans différentes populations). On regarde alors si les résultats permettent de classer ces personnes en plusieurs ensembles. Les données sont présentées sous forme d' « arbres de proximité » regroupant les individus selon leur similitude génétique (Eu : Européens, AF : Africains, Jp : Japonais, Ch : Chinois).

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Si l'on effectue l'analyse avec les 1000 Snips dont les fréquences alléliques varient le moins entre les groupes, on voit que les personnes ne sont pas différenciées (à part les deux familles F1 et F2 : F : père, M : mère, C : enfant).

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Mais si l'on choisit les mille Snips les plus variables, la distinction est très nette, et l'on voit apparaître une branche « européenne », une branche « asiatique » qui mélange Japonais et Chinois, et une branche « africaine ». Une analyse sophistiquée (bien plus complexe que les « empreintes génétiques pratiquées en recherche de paternité ou en criminologie) permet donc bel et bien de rattacher l'ADN d'une personne à un groupe d'ascendance. 

On peut aussi choisir les Snips les plus caractéristiques des populations d'origine et les employer pour étudier les populations actuelles. Une telle étude, pratiquée sur des citoyens Nord-américains dont la « race », répertoriée lors des recensements, est auto déclarée (c'est-à-dire que chaque personne coche elle-même la case de son choix sur le formulaire de recensement), est présentée sur le triangle suivant :

Ici les trois populations de référence qui définissent les Snips employés sont africaine, européenne et amérindienne. Elles définissent les trois sommets du triangle. Les personnes dont l'ADN a été analysé se déclarent « Afro-américaines » (cercles rouges), « Blanches » (croix bleues) ou « Hispaniques » (croix vertes) (voir le formulaire de recensement ci-dessous). Chaque point représente un individu, positionné dans le triangle en fonction de la proximité de son ADN avec les trois références.

On voit que les « Blancs » forment un groupe assez compact, proche de la population européenne de référence. Les Afro-américains, par contre, se répartissent tout au long de la base du triangle, une partie d'entre eux étant plus proche des Européens que des Africains : cela correspond au fait que pendant longtemps aux Etats-Unis tout individu ayant ne serait-ce qu'un ancêtre Noir était répertorié comme Noir. Cette contrainte n'existe plus aujourd'hui puisque la race est autodéclarée, mais il en reste des traces...

Quant aux « hispaniques », ils ont clairement une ascendance mixte, européenne et amérindienne, dans des proportions variables. Cela correspond au métissage important ayant eu lieu au Mexique, qui est généralement leur pays d'origine.

Cliquer sur l'image pour l'agrandir - Formulaire du recensement pratiqué en 2000, aux Etats-Unis
Image agrandie du questionnaire

En somme, on voit que l'ADN (moyennant une analyse très détaillée) permet de rattacher une personne à un (ou plusieurs) groupes ancestraux, et que ces groupes ancestraux coïncident grosso modo avec les grandes origines géographiques. Ces groupes ne sont pas exclusifs, et les ascendances mixtes sont très fréquentes (voir le triangle). Evidemment, ces groupements n'impliquent aucune hiérarchie...