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Entomologie criminelle : des insectes pour dater le moment de la mort

Dossier - Police scientifique : les vraies méthodes d'investigation
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DossiersPolice scientifique : les vraies méthodes d'investigation
 

L'entomologie criminelle, basée sur l'étude des insectes qui se nourrissent du cadavre, permet de déterminer le moment de la mort, quelques mois ou quelques années après sa survenue.

Entomologie criminelle. © Judy Gallagher, CC BY 2.0
Les larves de mouche peuvent aider à la datation du cadavre. © Algirdas, Wikimedia, domaine public

Dès que les rigidités cadavériques sont dépassées et que la température corporelle est similaire à la température ambiante, la détermination de la date de la mort de l'individu devient difficile, voire impossible. Si un cadavre est déjà en décomposition, il n'est alors plus possible de déterminer l'heure exacte de la mort. Ce qui intéresse les enquêteurs, c'est de déterminer, le plus précisément possible, le jour de la mort.

Putréfaction

La putréfaction correspond à la dégradation des tissus par des micro-organismes anaérobies (qui vivent en absence de dioxygène). Les premiers à commencer la dégradation sont ceux de la flore intestinale, trois jours après la mort. Les espèces bactériennes et fongiques se succèdent ensuite pour dégrader les tissus, puis les graisses et enfin pour minéraliser les os. La putréfaction conduit le cadavre à dégager une odeur particulière. Là encore, les conditions environnementales (air ambiant, eau...) affectent le processus de putréfaction.

Principe de l’entomologie criminelle

L'entomologie criminelle est l'étude des insectes qui se trouvent sur le cadavre. Comme les insectes réagissent spécifiquement aux conditions climatiques (température, humidité), ils deviennent des indicateurs privilégiés de l'estimation de l'intervalle post-mortem, et servent parfois à la datation du cadavre au jour près.

Les insectes que l'on trouve dans l'environnement des cadavres forment une catégorie spéciale. Ils ont des organes chimio-sensibles extrêmement développés et sont aptes à détecter des cadavres à des dizaines de mètres de distance. Ces insectes peuvent être classés dans quatre catégories :

  • les nécrophages qui mangent les tissus du cadavre ;
  • les nécrophiles (prédateurs se nourrissant des nécrophages ou parasites des nécrophages) ;
  • les omnivores (se nourrissant en particulier de tissus, poils...) ;
  • les opportunistes (utilisant le cadavre comme refuge).
Tineola bisselliella est un lépidoptère de la famille des Tineidae, qui se développent sur les cadavres en décomposition. © Olaf Leillinger, Wikimedia, CC by-sa 2.5

Les escouades pour déterminer la date de la mort

Actuellement la grande majorité des entomologistes de la police scientifique se basent sur la méthode créée par Pierre Mégnin (fin du XIXe siècle) pour calculer l'intervalle postmortem. Cette méthode se base sur une succession de 7 ou 8 escouades d'insectes nécrophages, qui font intervenir une centaine d'espèces de la mort à la disparition totale du cadavre, mais dont l'ordre n'est pas toujours respecté.

  • Au cours des trois premiers mois, plusieurs escouades se succèdent. Les premiers arrivent seulement quelques minutes à quelques heures après la mort (voire avant, à l'agonie). Ce sont des mouches (diptères de la famille des Calliphoridae et des Muscidae) qui viennent pondre leurs œufs ou déposer leurs larves dans les orifices naturels. Elles deviennent adultes en deux semaines.
  • Les suivants (des diptères Calliphoridae  et Sarcophagidae) arrivent après un mois, attirés par une odeur prononcée (due à la fermentation butyrique et aux bactéries anaérobies).
  • Suivent des coléoptères (Dermestidae) et des lépidoptères (Tineidae) qui arrivent au neuvième mois suivant la mort, attirés par les odeurs de graisse rance.
  • Entre trois et six mois, les diptères (SyrphidaePiophilidaeMuscidae) et coléoptères (Cleridae) sont attirés par une forte odeur de fermentation caséique.
  • Quatre à huit mois après le décès, la fermentation amoniacale attire d'autres diptères (MuscidaePhoridae) et d'autres coléoptères (SilphidaeHisteridae).
  • Six à douze mois après le décès, une escouade d'acariens dessèche le cadavre.
  • Un à trois ans après le décès, des coléoptères (Dermestidae) et des lépidoptères (TineidaeOecophoridae) se nourrissent du cadavre desséché.
  • La huitième escouade, après trois ans, des coléoptères (TenebrionidaePtinidae), fait disparaître les débris laissés par les escouades précédentes.

Analyse par les experts

Lorsque l'on découvre le cadavre, les enquêteurs de la police scientifique récupèrent les insectes, mais aussi ceux aux abords, même morts. Ils utilisent pour cela des papiers adhésifs attrape-mouche et des pinces ou des pinceaux. Ils prennent aussi la précaution de mesurer les conditions environnementales (la température, l'hygrométrie...) puisque le développement des arthropodes en dépend.

La moitié d'entre eux est conservée dans du formol, alors que l'autre est mise en culture au laboratoire. Il faut alors réussir à identifier les insectes et déterminer leur stade de développement afin de pouvoir dater le cadavre (avec plus ou moins de précisions) en fonction des connaissances entomologiques et des conditions climatiques.