Santé

Les immunités innée et acquise, entre archaïsme et modernité

Dossier - Immunologie : à la recherche de l’âme sœur
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Les lymphocytes T sont les acteurs majeurs de la réponse immunitaire dite adaptative. On trouvera dans ce dossier une description des processus qui leur permettent, à travers une chorégraphie complexe, d'assurer une veille permanente au sein de l’organisme et de jouer ainsi leur rôle de sentinelles en réponse aux agressions.

  
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Le système immunitaire met schématiquement en jeu deux modes de défense contre les agressions : l'immunité innée et l'immunité adaptative qui ont toutes deux pour fonction la détection de tout ce qui est en principe étranger à l'organisme (virus, bactéries, parasites, cellules cancéreuses, etc.).

S'il est difficile de donner des définitions strictes des deux systèmes, l'immunité innée se définie néanmoins classiquement par le fait que c'est un système « archaïque », très conservé au cours de l'évolution et présent dans la plupart des organismes multicellulaires, même très primitifs ; le caractère invariant et le nombre limité des récepteurs impliqués dans la reconnaissance des pathogènes, ainsi que le faible éventail de leur spécificité, en sont aussi des caractéristiques importantes. Enfin, c'est une immunité à mise en jeu immédiate. On peut donner ici en exemple la famille des récepteurs Toll-like (TLR), dont on connaît plus d'une dizaine de membres exprimés par de très nombreuses cellules (comme les polynucléaires, les macrophages, les cellules dendritiques, certains lymphocytes, les cellules natural killer et même certaines cellules d'origine non hématopoïétique comme les cellules épithéliales). Chacun reconnaît une ou quelques structures moléculaires bien définies, partagées par de très nombreux pathogènes, comme certaines molécules ubiquistes des membranes bactériennes. On parle souvent de PAMP (« pathogen-associated molecular pattern ») pour désigner ces molécules qui n'ont en général aucune ou une faible variabilité dans leur composition. Un des exemples les plus connus est celui du LPS, endotoxine bactérienne provenant des bactéries Gram-négatives et reconnue par le TLR4.

- Figure : 1

Légende : Les cellules de l'immunité innée sont pour beaucoup des phagocytes naturels. Lors d'une infection, bactérienne par exemple, ces cellules vont reconnaître grâce à des récepteurs spécifiques (comme les TLR ou récepteurs « Toll-like ») les composants bactériens. Ceci provoquera leur activation conduisant entres autres à la libération de nombreuses substances solubles à activité bactéricide et inflammatoire qui viendront contrecarrer l'infection.

Les résultats de cette reconnaissance sont multiples (phagocytose, production de composés bactéricides et inflammatoires, pour ne citer qu'eux) conduisant dans le meilleur des cas à l'élimination du pathogène (figure 1). Vue sous un angle finaliste on peut donc dire que l'immunité innée est un système de « déblayage » par lequel l'organisme détruit en première intention les micro-organismes qui l'agressent. Ceci en fait une première ligne de défense absolument essentielle quand les barrières physiques naturelles de défense (peau, poumons, etc.) sont franchies.

L'absence de flexibilité du système inné, incapable de s'adapter aux changements des pathogènes et à leur multiplicité extrême, a provoqué l'apparition chez les vertébrés d'une seconde ligne de défense dont les cellules effectrices sont les lymphocytes B et les lymphocytes T (LT). En quelques mots, disons qu'il s'agit d'une réponse de mise en jeu lente mais en principe hautement spécifique, c'est à dire véritablement dédiée à la reconnaissance d'un pathogène ou plutôt de ce que l'on peut appeler une signature antigénique. Le mot antigène vient d'ailleurs de « antibody generation » pour bien souligner ce fait, initialement découvert pour les lymphocytes B producteurs d'anticorps. Cet antigène, reconnu par un récepteur spécifique à la surface du lymphocyte, est en général un peptide de quelques acides aminés, lui-même issu d'une protéine venant du pathogène. La diversité des peptides à reconnaître est immense. Le corollaire de cette diversité est la nécessité de disposer d'un répertoire de reconnaissance par ces récepteurs absolument gigantesque, puisque ce système doit être potentiellement capable de reconnaître n'importe quel antigène étranger. Ceci est généré grâce à des systèmes très complexes de remaniements de l'ADN qui code pour ces récepteurs (recombinaisons génétiques, mutations) permettant une variabilité partielle de leur structure et modifiant ainsi à façon leur spécificité (on parle de la diversité du répertoire). Le terme d'immunité adaptative vient donc de cette capacité assez extraordinaire du système immunitaire à développer un récepteur spécifique capable de répondre en théorie à toutes les agressions grâce aux signatures antigéniques que celles-ci auront générées. L'autre caractéristique essentielle bien connue de l'immunité adaptative est la mémoire immunitaire par laquelle l'organisme garde le souvenir d'une signature antigénique antérieure qu'il aura rencontrée grâce à des populations de lymphocytes mémoires à très longue durée de vie.