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Les anti-évolutionnistes

Dossier - Darwinisme : une théorie bien vivante
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« L'imposture darwinienne », « Evolution : une théorie en crise », « Le darwinisme en question : science ou métaphysique ? ». A lire les titres des magazines ou de certains livres, on pourrait avoir l’impression que la théorie de l’évolution traverse une crise dramatique. Les biologistes seraient-ils contraints de remettre en question l’idée même d’évolution ? Cette théorie serait-elle devenue obsolète ? Et d’ailleurs peut-on confondre darwinisme et théorie de l’évolution ?

  
DossiersDarwinisme : une théorie bien vivante
 

« Sur la question de l'évolution, le débat n'est pas tranché sur la façon dont Dieu créa la Terre. » (George W. Bush). « Les spécimens de fossiles, vieux de millions d'années, déclarent : "Nous n'avons jamais subi d'évolution; nous avons été créés". » (Harun Yahya). Plus d'un siècle après la mort de Darwin, l'idée que l'homme descend d'un singe reste toujours aussi scandaleuse, du moins dans certains milieux religieux. Les créationnistes s'opposent radicalement à la théorie de l'évolution : ils s'en tiennent à la lettre de la Bible et soutiennent que tous les animaux (et l'homme) ont été créés par un acte divin, sans évolution ultérieure (le créationnisme). Qu'ils soient chrétiens ou musulmans, les fondamentalistes n'ont pas renoncé à combattre l'idée même d'évolution.

Certains créationnistes ont des notions de zoologie extrêmement floues. Celui-ci confond ainsi les araignées de mer (qui sont des crabes) et les araignées-crabes, ou thomises (qui sont des araignées) ! Photo tirée de l'atlas de la création de Harun Yahya

Le sujet est à ce point sensible que plusieurs présidents américains, notamment Ronald Reagan et les deux Georges Bush, père et fils, ont estimé nécessaire de prendre position, afin que la Bible soit enseignée au même titre que la théorie de l'évolution. Mais les tentatives des créationnistes pour obtenir un partage « équitable » du temps d'enseignement entre science et Bible ont été régulièrement rejetées par la Cour Suprême. Les magistrats ont en effet considéré que l'enseignement de la Bible était une affaire strictement religieuse, et que l'exposé de la « théorie » créationniste était donc contraire à la constitution des Etats-Unis. Ce pays n'est pas le seul dans lequel les créationnistes sont actifs. En Pologne, un ministre de l'éducation a récemment pris position contre la théorie de l'évolution. En Turquie, les fondamentalistes musulmans en ont fait un de leurs chevaux de bataille.

Autre confusion créationniste, entre une "grenouille" (en réalité une rainette), qui est un amphibien sans queue, et une salamandre fossile (amphibien muni d'une queue). Photo tirée de l'atlas de la création de Harun Yahya

Décidés à investir l'enseignement pour propager leurs idées, les créationnistes cherchent aussi, pour convaincre, à se revêtir des habits de la science. Face à un public qui ne connaît pas du tout la biologie, leurs arguments peuvent sembler pertinents. Ils présentent ainsi l'existence de fossiles ressemblant à des animaux actuels comme une preuve de l'absence d'évolution, puisqu'il s'agit pour eux d'animaux qui sont restés inchangés pendant des millions d'années. C'est ainsi qu'ils présentent le coelacanthe, un étrange « poisson » muni de pattes et de poumons qui a été découvert vivant en 1938 alors qu'on croyait ce groupe éteint depuis 60 millions d'années. En réalité, ce type d'animaux ne pose pas un problème insoluble aux biologistes. Les fossiles ne sont pas plus semblables aux animaux actuels que deux espèces voisines ne le sont aujourd'hui : l'éléphant d'Afrique et l'éléphant d'Asie se ressemblent et sont pourtant deux espèces parfaitement distinctes, ayant évolué différemment. Ces fossiles permettent de débattre des rythmes et des modalités de l'évolution, mais ne remettent aucunement en cause sa réalité.  

La plupart des créationnistes ne tiennent pas compte de la quasi-totalité des découvertes réalisées depuis un siècle et demi dans le domaine de l'évolution. Ce refus des avancées de la recherche rend évidemment difficile toute discussion, mais l'obstacle le plus important vient du mode de pensée qui fonde ce refus. En effet, à une théorie scientifique, ils opposent leur foi. Science contre croyance, le débat est totalement inutile car les mécanismes même du raisonnement ne sont pas les mêmes : la foi et la méthode scientifique ne sont pas incompatibles (de nombreux chercheurs sont croyants), mais ils ne gagnent rien à être confrontés.

Certains créationnistes ont compris que leur discours ne pouvait toucher que des convaincus, tant il est éloigné de la réalité matérielle que nous pouvons observer. Ils se sont résignés à admettre que les animaux se sont transformés au cours du temps, mais attribuent ces transformations à l'intervention directe d'une « Intelligence » supérieure. C'est la position dite Intelligent design (dessin intelligent). Ses partisans américains préfèrent ne pas faire directement référence à Dieu. Ils présentent ainsi leurs idées comme scientifiques et non religieuses afin d'imposer leur enseignement dans les écoles. Pour eux, les structures biologiques sont si complexes qu'elles n'ont pas pu apparaître par hasard, par le seul jeu de la sélection naturelle. L'évolution aurait donc été guidée de l'extérieur selon un plan préétabli. Comme pour les créationnistes, leur discours sort du domaine scientifique puisqu'il est par nature ni démontrable, ni réfutable.

 

Si l'on affirme que l'œil n'a pas pu apparaître par le seul jeu de la sélection naturelle, il s'agit non d'une hypothèse scientifique mais bien au contraire d'une démission de la pensée rationnelle, d'un refus de l'idée même que l'on puisse un jour comprendre les mécanismes en jeu dans l'histoire de la vie. Les scientifiques cherchent à décrire le monde réel et à en comprendre les lois. Les créationnistes et les pseudo-évolutionnistes ne s'intéressent pas particulièrement à l'histoire des animaux et des hommes car l'objet de leurs réflexions est en fait de trouver un sens à notre existence. La science ne peut trouver aucune réponse à ce type de question, pas plus qu'elle ne peut fonder notre morale. Ces questions relèvent de la philosophie, de la religion ou de la politique, mais ne peuvent être traitées par la méthode expérimentale. A l'inverse, aucun texte sacré n'a été conçu comme un traité d'astronomie, de biologie ou de paléontologie. La Bible ou le Coran ne reflètent en matière de science que l'état des connaissances à l'époque à laquelle ils ont été écrits, comme le montre leur analyse historique. Science et croyance sont aussi légitimes l'une que l'autre mais explorent des mondes différents, avec des méthodes différentes et des objectifs différents. Si l'on mélange ces deux modes de pensée, ni la science ni la religion n'en sortent grandies.