Santé

Repérage visuel dans l'espace : les zones du cerveau impliquées

ActualitéClassé sous :vie , vue , cerveau

L'équipe de Paolo Bartolomeo (Unité Inserm 610 « Neuro-anatomie fonctionnelle du comportement et de ses troubles » dirigée par Bruno Dubois), vient de montrer, grâce à l'opération de deux patients, quelle était la localisation des parties du cerveau responsables de l'attention visuelle dans l'espace. Cette fonction essentielle pour l'individu, lui permet en permanence d'être informé de la nature des signaux - potentiellement dangereux de son environnement.

En rouge, l'exérèse chirurgicale. En violet, la voie pariéto-frontale dont l'inactivation a provoqué une déviation à droite en bissection de lignes (illustrée schématiquement par la figure de droite).

Pour la première fois, ces résultats mettent en évidence de manière directe un trajet pariéto-frontal. Les bases neurales de la négligence spatiale unilatérale, jusqu'alors controversées, semblent établies. Ces données, qui devraient permettre de mieux comprendre les mécanismes de la cognition spatiale, et donc de mieux en soigner les dysfonctionnements, font l'objet d'un article paru dans la revue Science, datée du 30 septembre 2005.

Grâce à des mécanismes d'orientation de l'attention, nous sommes capables d'explorer l'espace qui nous entoure et de sélectionner l'information qui nous intéresse. Des lésions cérébrales peuvent endommager ces mécanismes, provoquant ainsi une négligence spatiale unilatérale, un trouble qui touche environ la moitié des patients porteurs d'une lésion hémisphérique droite, soit aujourd'hui plusieurs milliers de nouveaux cas par an en France.

Ces patients agissent comme s'ils ignoraient la moitié gauche du monde. La négligence rend donc impossible toute activité demandant de l'attention, comme la conduite automobile, par exemple. La plupart des patients atteints ont une lésion de type vasculaire. Cependant, l'ablation chirurgicale de tumeurs de hémisphère droit peut également produire un trouble spatial unilatéral.

Afin d'éviter des séquelles cognitives lors de l'ablation de tumeur cérébrales, le chirurgien peut réveiller les patients pendant l'intervention (le cerveau n'a pas de récepteurs à la douleur) et inactiver temporairement de petites régions du cerveau (environ 5 mm) avec des stimulations électriques. Si le patient arrête de parler ou produit des réponses incorrectes, le neurochirurgien laisse cette région intacte afin de préserver les fonctions cognitives du patient.

Habituellement, seules les fonctions sensori-motrices et le langage sont testées à l'occasion de telles interventions. En appliquant cette procédure aux fonctions visuo-spatiales, l'équipe de Paolo Bartolomeo a pu explorer directement et précisément les mécanismes de la conscience spatiale au niveau des structures corticales et sous corticales chez l'homme.

A l'occasion de l'ablation d'une tumeur au cerveau, d'un homme de 27 ans et d'une femme de 28 ans, les chercheurs ont soumis ces patients à un test consistant à marquer d'un trait de crayon le centre d'une ligne horizontale. Les chercheurs se sont aperçus que, selon les zones du cerveau inactivées, - très mal connues jusqu'alors -, les traits dessinés par les patients déviaient vers la droite ou restaient centrées. Grâce a une technique innovante d'imagerie cérébrale, appelée le « tracking de fibres », les chercheurs de l'Inserm ont découvert l'importance pour la conscience de l'espace d'une route de communication, le faisceau occipito-frontal supérieur, liant les lobes pariétaux et les lobes frontaux du cerveau et peu connue à ce jour.

Les auteurs concluent donc que ces observations permettent d'apporter des éléments nouveaux au débat sur la localisation des lésions corrélées à l'apparition d'une négligence. Jusqu'alors, les méthodes d'investigation dans ce domaine étaient relativement imprécises, et portaient sur la superposition des lésions vasculaires de plusieurs patients. Les résultats confirment que les dommages de la substance blanche sur le trajet pariétofrontal, sont à l'origine de la survenue de la négligence spatiale unilatérale.

Sur le plan clinique, le test de bissection de lignes a permis au chirurgien de respecter les régions dont l'inactivation temporaire donnait lieu a un trouble. Par conséquent, les patients étudiés n'ont pas développé de signes de trouble post-opératoire. Ce résultat souligne l'importance de tester en situation intra-opératoire les fonctions visuo-spatiales, et pas seulement le langage, chez les patients qui doivent subir l'ablation d'un tumeur cérébrale, afin d'éviter le développement de troubles invalidants du traitement de l'espace.