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PELGAS : mieux comprendre l'écosystème pélagique

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Afin de mieux comprendre le fonctionnement de l'écosystème pélagique, 23 scientifiques de l'Ifremer, d'instituts espagnols (IEO, AZTI), marocain (IRH) et d'autres organismes nationaux embarqueront le 30 avril à Santander à bord du navire Thalassa dans le cadre de la campagne PELGAS (PELagiques GAScogne). Cette campagne, d'une durée d'un mois, a pour objectif d'étudier le fonctionnement de l'écosystème pélagique dans son ensemble et d'évaluer la biomasse d'anchois.

PELGAS : mieux comprendre l'écosystème pélagique

Une campagne d'expertise et de recherche

Effectuée dans le cadre du règlement sur la collecte de données (DCR) et à ce titre cofinancée par l'Union européenne, la campagne PELGAS permet d'évaluer, chaque année depuis 2000, la biomasse d'anchois disponible au printemps. Elle répond aux demandes d'évaluation formulées par l'Union européenne, le stock d'anchois étant géré par un TAC (Total Admissible de Capture) partagé entre la France et l'Espagne.

La campagne PELGAS constitue la partie française de l'évaluation de l'abondance et de la distribution des stocks de poissons pélagiques de la façade atlantique européenne par méthode acoustique. Ses résultats seront couplés à ceux des campagnes similaires menées par les équipes espagnoles (PELACUS qui s'est déroulée en avril également sur la Thalassa) et portugaises, suivant des méthodes et des stratégies d'échantillonnage standardisées. L'ensemble de ces résultats permettra d'établir le meilleur diagnostic possible pour l'année 2006 sur le peuplement pélagique exploité depuis Gibraltar jusqu'à la mer Celtique. Simultanément, une campagne sera menée par l'AZTI selon une autre méthode qui consiste à évaluer le stock de géniteurs d'anchois dans le golfe de Gascogne à partir de l'estimation du nombre d'oeufs pondus.

Lors de la campagne PELGAS, les scientifiques de l'Ifremer mèneront également des travaux de recherche sur le fonctionnement de l'écosystème pélagique dans son ensemble et à chaque niveau trophique, afin d'acquérir de nouvelles connaissances, principalement sur l'anchois et ses interactions avec l'environnement. A l'avenir, l'évaluation des ressources devra en effet reposer non plus sur une approche stock par stock, mais sur une approche dite écosystémique, qui s'appuie sur un ensemble de modèles mathématiques où se croisent données biologiques, écologiques, économiques, technologiques, sociales...

Dans cette perspective, la campagne PELGAS associe plusieurs disciplines : l'océanographie physique, l'écologie planctonique, la recherche halieutique, l'étude des prédateurs supérieurs.

Plusieurs types d'observations

Au cours de la campagne, des observations seront réalisées depuis la côte espagnole jusqu'à la pointe de la Bretagne :

- de jour, en continu, selon un réseau de radiales standardisé, par prospection acoustique, associée à des pêches d'identification des espèces détectées (pour collecter de nombreux paramètres biologiques) ; par l'étude de la distribution des oeufs grâce au système de pompage CUFES (Continuous Underwater Fish Eggs Survey) ; et par le recensement des prédateurs supérieurs (oiseaux et mammifères marins) ;
- de nuit, sur certaines positions réparties sur l'ensemble de la zone, par des pêches planctoniques et des profils verticaux de mesure par bathysonde des paramètres physiques.

Ces mesures in situ seront associées en temps réel puis a posteriori à l'imagerie satellitale et à l'utilisation de modèles hydrodynamiques développés par l'Ifremer dans le cadre de la recherche en océanographie opérationnelle côtière. L'ensemble des ces données permet de mieux connaître la dynamique du milieu pélagique et de ses ressources.

Vers une meilleure compréhension du cycle biologique de l'anchois

La campagne PELGAS étudie principalement l'anchois, une espèce à faible longévité (4 ans), qui atteint sa maturité sexuelle à 1 an. Les poissons d'un an constituent le recrutement, âge auquel l'anchois commence à apparaître dans les captures. En définissant le recrutement de l'année n par l'abondance des anchois de 1 an au début de l'année n+1, on a constaté que les abondances enregistrent des fluctuations fortes et irrégulières entre 1987 et 2002. Les scientifiques ont établi que ces variations de recrutement résultent des différences inter-annuelles de la mortalité qui frappe les stades larvaires et juvéniles de l'anchois.

Les recherches se sont portées sur cette période la plus "critique" du cycle biologique de l'anchois. Le Défi golfe de Gascogne a permis d'élucider les principaux phénomènes naturels responsables de cette mortalité, et d'en comprendre les mécanismes. On sait aujourd'hui calculer la survie des larves d'anchois 3 mois après leur éclosion, et, dans le golfe de Gascogne, dresser la cartographie d'indices de la survie à l'automne des anchois nés en début d'été.

Les scientifiques de l'Ifremer cherchent à estimer le plus précisément possible combien de ces juvéniles survivront à l'hiver (1 sur 100 en moyenne) et donneront des anchois de 1 an au printemps suivant. Pour mieux comprendre le phénomène, deux campagnes d'observation des juvéniles ont été menées en automne 2005 : la campagne de recherche Ifremer JUVAGA, et la campagne d'observation réalisée par des navires professionnels dans le cadre d'un partenariat entre le Comité National des Pêches Maritimes et des Elevages Marins, la Direction des Pêches Maritime et de l'Aquaculture et l'Ifremer. La campagne PELGAS permettra d'évaluer l'état réel de la "classe 2005" (celle pêchée en 2006). La comparaison entre les campagnes d'automne et celle-ci sera riche d'enseignements. Elle permettra de mieux comprendre l'ensemble du cycle biologique de l'anchois pour éclairer les mesures de gestion qui seront décidées au plan européen.