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L'ours est un animal social

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Dans sa thèse, soutenue le 31 mars dernier à l'Université des Sciences de la Vie et de l'Environnement de Ås, Ole-Gunnar Støen montre que les ours sont des animaux plus sociaux que ce que l'on a cru jusqu'à maintenant. Ole-Gunnar Støen a étudié l'organisation sociale et la dispersion des ours bruns pendant 4 ans dans le cadre du Projet de Recherche Scandinave sur les Ours Bruns (Det Skandinaviske Bjørneprosjektet, voir ci-dessous). Il s'est appuyé sur des données sur les structures spatiales et l'organisation sociale chez les femelles pour voir de quelle façon la relation de filiation influence le chevauchement des territoires et la formation de matriarchies chez les ours.

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Ses recherches montrent que les ours bruns sont beaucoup plus territoriaux que ce que l'on croyait. Leur reproduction et leur comportement social sont régulés en fonction de la présence d'autres ours dans leur environnement proche. Le genre, la filiation et la proximité sont des facteurs déterminants pour leur migration.

Støen a en particulier montré que la migration des femelles est d'autant moins importante que la proximité est forte. Dans des territoires où cohabitent plusieurs ours femelles apparentées, un système hiérarchique peut se mettre en place avec des femelles dominantes et sous-dominantes. Les femelles dominantes sont plus agressives et territoriales, elles instaurent des barrières sociales que les jeunes ours sous-dominantes ne franchissent pas. Un tel système limite la migration des ours femelles et influence car il opprime les femelles sous-dominantes. Les ours mâles, au contraire, émigrent beaucoup plus loin et le territoire sur lequel ils s'établissent ne chevauche jamais celui de la mère ou de leurs parents. Ils évitent ainsi la consanguinité.

Projet de Recherche Scandinave sur les Ours Bruns

Ce projet, qui a commencé il y a maintenant 20 ans, est le seul projet de recherche international sur les ours bruns.

Les ours ont été chassés en Norvège et en Suède pendant plusieurs centaines d'années. Des primes étaient même accordées aux chasseurs par les gouvernements suédois et norvégiens pour favoriser l'extermination de cet animal considéré comme nuisible. À la fin du 19ème siècle, l'association des chasseurs et l'Académie des Sciences de Suède requirent la protection de cette espèce. Le gouvernement supprima les primes de chasse en 1893 et travailla ensuite à la réinsertion des ours bruns en Suède. Ceci a permis le retour progressif des ours dans leurs anciens territoires, mais il manquait néanmoins des connaissances solides sur l'écologie des ours bruns (milieux de vie, reproduction, comportement social, etc) pour assurer la pérennité de leur réinsertion.
C'est pourquoi le Projet de Recherche Scandinave sur les Ours Bruns a été lancé en 1984.

La radiotélémétrie est l'instrument essentiel du projet : pour suivre les ours au quotidien, entre 100 et 120 ours ont équipés d'émetteurs (VHF et GPS). La génétique est également utilisée comme source d'information sur la filiation, l'émigration et l'immigration. Elle sert aussi à interpréter les données sur l'organisation sociale, la croissance et la reproduction, récoltées par radiotélémétrie.

Par Karine Blandel